Arch. Pond., t. 61, p. 406 etsuiv
guider dans le dédale des pourparlers et des compromissions.
En même temps que M . Trémisot s'entretenait avec M. Law, il envoyait M. Louet à Mangalor afin de préparer une paix séparée entre Ali-Raja et le roi de Bednouret rendre ainsi sans objet tout l'effort delà diplomatie ang-laise.
Les Anglais l'ayant appris s'en plaignirent vivement par lettre du 4 octobre. M. Trémisot put répondre tranquillement qu'il n'y avait aucune contradiction dans sa conduite. Ne travaillait-on pas de part et d'autre à la paix générale ? Une guerre éventuelle n'était qu'un moyen d'y parvenir. Tel était l'esprit de l'accord du \ev février ; mais si l'on pouvait arriver au même résultat par d'autres moyens, qui pouvait s'en plaindre?
Sans élever d'objections essentielles contre cette manière devoir, M. Law, dans une nouvelle conférence qui eut lieu encore à Moilan le 15 octobre, demanda aux Français de l'admettre en tiers dans leurs négociations avec le Canara. M. Trémisot refusa, sous prétexte que les Ganarais et les Maures avaient trop de haine contre les Anglais et qu'il ne servirait à rien de faire de telles ouvertures . Et nos négociations avec le Canara continuèrent ; seulement nous fîmes part aux Anglais de toutes nos démarches. Le 16 octobre, M. Trémisot écrivit à M. Law^ que M. Louet était parvenu à obtenir une suspension darmes; le 19,iirinvita aux conférences pour la paix ; le 24, il lui envoya les propositions des belligérants et enfin, le 4 novembre, il l'informa que les parties ne pouvant s'entendre, tout était rompu ^
i. Arc. PonH.. t. 64. p. i2.
M. Law, vexé peut-être d'avoir été écarté des négociations, entreprit de démontrer que rien n'était impossible avec de l'argent. Il entra en conversation avec le Ganara par des intermédiaires aussi discrets que mystérieux ; et, dans les derniers jours de 1733, on apprit officieusement à la Côte Malabar la conclusion d'une entente avec le roi de Ganara, aux dépens du Sultan de Gannanor.
Le Gonseil de Pondichéry, l'ayant su par la rumeur publique, s'en plaignit à M. Law et au Conseil de Madras. Pourquoi protégeait-on Ali-Raja en février et le sacrifiait-on en décembre ? Cela dépassait toute imagination, et M. Lenoir avouait ne plus rien comprendre aux événements survenus à la Côte Malabar.
11 se fût trompé à moins ; le Conseil de Mahé ne l'informait de rien. Tout ce que le Gonseil supérieur savait, il l'apprenait par des lettres de Tellichéry. Il se trouva ainsi dans l'obligation de demander des explications à Mahé, qui les lui fournit seulement par lettre du mois d'avril 1734 ; encore, dans cette lettre, le Conseil de Mahé se plaignit-il amèrement que Pondichéry contrecarrât sa politique par une correspondance inopportune avec les Anglais. Le Conseil supérieur lui répondit avec justesse et modération : « Si vous nous eussiez donné avis dans le temps de la négociation de M. Louet et de ce qui s'est passé à cette occasion entre vous et les Anglais, vous nous auriez évité le chagrin de vous reprocher votre négligence et à vous la peine de vous justifier par un raisonnement aussi mal fondé qu'il est injurieux au Conseil. Nous ne sommes point si jaloux de notre autorité qu elle nous fasse tomber dans des craintes déraisonnables. Si nous avons quelques craintes, elles ne pro-
viennent que du zèle que nous avons pour les intérêts de la Compagnie, qui demanderaient que vous fussiez plus exacts à nous rendre compte de votre gestion Ce n'est point non plus le désir actuel de vous trouver en faute qui nous fait vous dire notre sentiment sur votre conduite ; nous vous disons sincèrement ce que nous pensons et souhaiterions fort que vous agissiez de même avec nous^. »
Peu de jours après l'envoi de cette lettre, il en arriva une autre de Mahé, datée du 10 mai. Les termes devaient être plus offensants encore, si l'on en juge par la réponse du Conseil supérieur, u Vous dites que vous êtes las d'entrer en congé avec nous ; il y a longtemps que nous en sommes las aussi. C'est ce qui nous a fait prendre le parti d'envoyer à la Compagnie vos lettres et les nôtres dans le dessein de ne plus vous demander d'explications et de mettre fin à toute discussion. Ce parti, loin de vous réussir, n'a servi qu'à vous aigrir davantage et vous n'avez plus gardé de ménagements dans vos lettres qui sont des plus offensantes. Nous vous avons déjà écrit ce que nous pensions 2. »
Il nous est assez difficile, à si longue distance et au milieu de combinaisons si fuyantes, de déterminer exac tement, sur le fond même des négociations, qui avait raison, de Pondichéry ou de Mahé ; nous notons simplement au passage, parce que c'est un fait, que nos intérêts extérieurs, dans les Dépendances, n'étaient pas toujours suivis avec méthode ni avec discipline.
Le désaccord entre les deux Conseils reposait en réa-