‹ Les origines de Mahé de MalabarChapitre 67 sur 86 · Arch. Col., Ca 75. p · texte numérisé non relu

Arch. Col., Ca 75. p

dans le passé. Le pays était tranquille et le poivre descendait régulièrement à la côte, soit par la rivière de Mahé, soit par le port de Bargaret ou la rivière de Cotte. Nos navires chargeaient sans difficultés et Bayanor percevait aisément les droits de douane qui lui étaient dus. Le traité de 1726 ne nous le permettant pas, nous n'intervenions jamais dans les affaires intérieures de l'Etat, sauf si nous en étions sollicités, et l'on évitait généralement de nous demander notre concours. D'ailleurs, la protection matérielle que nous pouvions donner à Bayanor, le cas échéant, suffisait pour maintenir son autorité parmi ses sujets. La paix ne fut légèrement troublée qu'une fois, en 1734 ; quelques sujets de Bayanor se mirent en révolte, et les Anglais leur fournirent, dit-on, des armes et des munitions. Bayanor, dans cette occurrence, nous demanda de lui avancer une certaine somme d'argent et de garder son palais et son camp ; pendant ce temps, lui-même combattrait les rebelles. Il fut seulement stipulé qu'au règlement des comptes, les révoltés seraient rigoureusement tenus de nous fournir tous les poivres de leur territoire ; ainsi la question commerciale revenait ou se dissimulait toujours en chaque négociation. Avec notre concours, l'ordre fut rapidement rétabli.

On a vu plus haut, au récit des affaires de Bednour, comment, au printemps de 1735, Bayanor entra avec Cotiatte, Coyonnaire et les quatre Nambiars dans une coalition formée par M. Trémisot pour paralyser l'ambition du roi de Canara, et comment, afin de cimenter cette union, M. Trémisot fit à Bayanor une avance dé 200.000 fanons remboursable par annuités en poivre ou en argent. Ni Bayanor ni Cotiatte n'avaient encore commencé à liquider leurs dettes en 1736, et ils ne faisaient

pas le moindre effort pour se libérer. Le Conseil de Pondichéry savait bien que plus on tarderait, plus il serait difficile de les faire payer. La guerre avec le Canara une fois terminée, on courait même le risque de voir Cotiatte rompre avec nous sous un prétexte quelconque, non pour ne rien nous donner, mais pour obtenir une réduction importante de sa dette. « Vous connaissez mieux que nous la perfidie des princes de la côte Malabar, écrivait le Conseil supérieur le 2i février 1737 ; nous croyons même qu'ils ne subsistent pour la plupart que des troubles qu'ils ont l'adresse de faire naître '. »

Bayanor mourut au mois d'août 173G, dans la fleur de l'âge ; son frère l'avait précédé dans la tombe de quelques années. Il laissait sa succession et ses dettes à ses enfants en bas âge, dont l'aîné fut proclamé Bayanor sous la régence de sa mère. Afin, sans doute, de témoigner de l'intérêt porté par la France aux affaires de Bargaret, M. Trémisot crut devoir assister à la réunion des notables du pays, tenue après les funérailles pour nommer la régente et présider à son installation.

Une femme et un enfant au pouvoir ! Cette double faiblesse donna à M. Trémisot l'idée d'acquérir de nouveaux avantages pour notre établissement de Mahé. L'un des plus séduisants était l'occupation des deux montagnes neutres qui dominaient la ville depuis le traité de 1726. M. Trémisot proposa au Conseil de Pondichéry de s'en emparer, et l'ingénieur Paradis étudia les moyens d'exécution. Si l'on s'en fût rapporté aveuglément aux suggestions du Conseil de Mahé, les motifs de rupture n'auraient pas manqué. « Bayanor, écrivait-il le 21 décembre

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