Arch. Pond., l. 61, p
1737, ne nous a donné et ne nous donne encore tous les jours que trop de sujets de rompre légitimement le traité que nous avons fait avec lui ; aussi nous pourrions le faire sans aucun scrupule ^ » Mais il ne citait aucun fait où Bayanor se serait conduit avec injustice ou aurait donné des marques de sa mauvaise volonté.
Le Conseil de Pondichéry se trouva encore une fois en opposition avec celui de Mahé. Le Gouvernement du nouveau Bayanor venait précisément de nous témoigner son amitié et sa déférence en édictant les mesures les plus sévères et les plus graves, allant jusqu'à la mort, contre ceux de ses sujets qui chercheraient à faire sortir le poivre de Bargaret autrement que par les voies françaises. Etaient-ce là des actes d'hostilité, et n'était-ce pas plutôt nous qui cherchions à Bayanor une chicane ou une mauvaise affaire ? Sans doute l'acquisition des deux montagnes était profondément désirable ; mais pourquoi porterions-nous les premiers atteinte au traité, en cherchant à les occuper les armes à la main ? Pourquoi, lorsque personne ne nous inquiétait, compromettre la sûreté de notre établissement ? Si l'on tenait absolument à acquérir les deux montagnes, ne valait-il pas mieux essayer d'abord la voie des négociations ; avec de l'argent, on arriverait sans doute au résultat désiré. Quant à occuper ces hauteurs de force, rien n'était plus facile sur le papier ; l'exécution était plus périlleuse et surtout plus onéreuse. Le Conseil supérieur n'avait d'ailleurs aucun moyen de soutenir Mahé. A moins d'ordres contraires de la Compagnie, il était résolu à laisser la Colonie dans l'état où elle se trouvait. 11 défen-
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dit en conséquence au Conseil de Mahé de songer désormais à cette entreprise et lui recommanda au contraire de toujours s'en tenir avec Bayanor à la douceur et à la conciliation (lettres des 17 janvier et 12 février 1738).
La dette de Bayanor, que ce prince ne remboursait pas, était certainement le grief le plus sérieux du Conseil de Mahé contre lui ; mais il n'osait l'invoquer ouvertement, de peur de se voir reprocher une fois de plus ses propres imprudences. Le Conseil de Pondichéry était économe, il aimait mieux toutefois laisser cette dette en suspens que courir les dangers d'une guerre encore plus onéreuse.
Sur les ordres de Pondichéry, le Conseil de Mahé renonça, provisoirement du moins, k ses projets sur les deux montagnes et les relations continuèrent avec la régente de Bargaret, comme si aucun nuage ne devait jamais les traverser. Nous lui donnâmes même quelques secours au mois d'août 1738. Mais déjà les projets du Conseil de Mahé étaient connus dans le pays tout entier ; ils avaient semé parmi la population indigène et parmi les notables des germes de défiance qui se développaient chaque jour ; le sentiment national se retrouvait contre l'étranger. Au moment où M. Dirois arriva à Mahé, le 29 mars 1739, les rapports étaient moins sûrs que quelques mois auparavant et les Anglais cherchaient encore une fois à nous brouiller avec Bayanor. La politique de M. Adam recommençait. On sait déjà comment elle aboutit en 1740 à une rupture définitive entre le comptoir et la principauté '.
1. C'est à cette époque que nous acquîmes les deux montagnes neutres par une cession volontaire de la régente ; ce fut celte cession, impopulaire parmi les indigènes, qui déchaîna la guerre.
Ainsi, de 1727 à 1739, de tous les projets successivement formés en vue de nous étendre au delà du territoire de Mahé, aucun n'avait réussi ou même n'était sorti des préliminaires de la conception. Pour des motifs d'économie, toujours les mêmes, nolis n'avions pu nous décider à nous fixer à Barcelor, ni à Tanour, ni à la rivière Cotte, ni à Mascate, qui nous avaient été successivement offerts et nous avions reculé devant l'acquisition ou devant roccupation des deux montagnes de Mahé. Une seule de nos ambitions s'était réalisée : l'établissement de Pering-outour ; encore Peringoutour n'était-il pas un comptoir commercial, mais un poste militaire destiné à assurer la libre circulation des poivres de l'intérieur du pavs par la rivière de Mahé ou par le territoire des quatre Nambiars et de Goyonnaire. Nous nous y étions établis en 1735 et les Anglais nous en avaient laissés tranquilles possesseurs.
Peringoutour (o«r signifie village) ouPeringalam était un hameau, peuplé surtout de musulmans, situé au bord de la rivière et dominé du côté du Nord, dans le pays de Narangole, par la montagne de Ganagamallé, la plus vaste et la plus haute de toute la région — environ 150 mètres. A proximité de la mosquée, se trouvait un petit monticule, servant de cimetière. C'est au sommet de ce monticule que nous étions établis. La plaine environnante est, comme partout ailleurs, consacrée aux rizières ou couverte de cocotiers ; en dehors du Caganamallé, elle est commandée par deux collines en pain de sucre, dont l'une se nomme Olottecounou et l'autre Chanacounou. Le territoire qui sépare ces hauteurs de Poytara et de Veracounou est très accidenté.
La correspondance ne nous apporte rien d'intéressant
qui soit relatif à Peringoutour, à l'exception d'une convention passée le 12 septembre 1738 avec les Maures, qui habitaient ce pays, dans un bazar situé au pied du monticule '.
D'après l'article l^^'de cette convention, il semble que les deux parties l'aient uniquement sijjnée pour mettre les Maures à l'abri des avanies qu'ils recevaient à chaque instant des nairs du pays ; la Compagnie de France s'engageait à prendre leur défense et k assurer la police du bazar. Loffîcier du poste acquérait le droit de réprimer les désordres, d arrêter les délinquants, de les juger et de les condamner. Dans le cas où les affaires toucheraient à des us et coutumes du pays, cet officier en ferait l'information avec le concours de trois des plus anciens du bazar. Le produit des amendes serait partagé entre la mosquée et la Compagnie,
Le Conseil de Pondichéry n'avait point encore ratifié cette convention lorsque M. Dirois fut désigné pour remplacer M. Bunel. 11 laissa au nouveau chef le soin, non pas de reviser la convention, mais de lui fournir quelques renseignements complémentaires, notamment sur la valeur du pays et l'autorité des princes ou notables qui l'habitaient.
En même temps que M. Dirois prenait possession du commandement de Mahé, M. Lavs' quittait Tellichéry, pour devenir gouverneur de Bombay, 11 eut comme successeur M. William Wake, chef du comptoir d'Anjingo'. Ainsi, dans la période qui nous intéresse, trois chefs s'étaient succédé à Tellichéry, MM. Adam, Braddyl et