CHAPITRE XVII
Morts des Sœurs Marie du Saint-Esprit et Marie de l'Assomption Eustache de Taillefer, de la Mère Patin. — Une lettre du Vénérable.
L'Ordre de Notre-Dame-de-Charité reconnu par les pouvoirs civils et religieux, après vingt-cinq ans de cruelles épreuves, allait enfin pouvoir se développer régulièrement. Plusieurs bons sujets se présentèrent au noviciat, et la Mère Patin, pleine d'un nouveau courage, s'appliqua plus que jamais à leur formation religieuse. Elle sentait toute l'importance de cette obligation au commencement de l'Institut. C'est aussi vers cette époque qu'elle envoya M'"" Heurtant, devenue plus tard la Mère Marie de la Trinité, commencer l'établissement de Rennes. Dieu lui réservait avant sa mort la consolation de voir les débuts de ce second établissement.
Mais la maladie et la mort vinrent aussi éprouver la maison. A cette nouvelle, le fondateur, toujours plein de sollicitude pour ses chères Filles, écrivit à la Mère Patin :
« Ma très chère Mère,
« Je suis fort touché de la maladie de nos chères Sœurs et spécialement de celle de ma chère fille, Marie du Saint-Esprit, mais la très adorable volonté de Dieu soit faite en tout et partout ! Je vous prie de l'assurer que j'aurai grand soin d'elle au saint autel, où je n'oublie jamais aucune de toutes les autres. Quand quelqu'une de nos Sœurs est en grand danger, il est bon que quelques unes des autres partagent entre elles les exercices de la préparation à la mort, qui sont en la septième partie du Royaume de Jésus, afin de les faire pour la malade. Il faut le lui dire, afin qu'elle y consente et qu'elle s'y
unisse de cœur et de volonté. Je vous prie, ma chère Mère, de faire connaître cet avis à toutes nos Sœurs pour qu'elles s'en souviennent. Je les salue toutes cordialement et les remercie de leurs prières pour cette mission, sur laquelle Dieu verse de grandes bénédictions.
« Je suis de tout cœur, ma chère Mère, « Tout vôtre,
« Jean Eudes, Prêtre-Missionnaire. »
Tous les ans, au commencement du Carême, le Vénérable impose à ses enfants cette préparation à la mort ; dans le livre dont il parle, il la conseille à tous les chrétiens désireux de leur salut. Ici se trouve indiqué un moyen ing-énieux de la faciliter au moribond^ lorsque ses facultés affaiblies lui ont enlevé presque toute connaissance.
La S' Marie du Saint-Esprit doit être M"' de Saillanfaye ; sa vocation sort des voies ordinaires. Plusieurs prétendants se disputaient sa niain et pour l'emporter voulaient recourir aux armes. Cette demoiselle était, du reste, entièrement étrangère à ces luttes. Pour éviter des meurtres, la justice la fit enfermer à la Charité. Elle n'y fut pas longtemps sans éprouver le désir de se donner toute à Dieu^ et d'échapper aux dangers du monde. Aussi demanda-t-elle avec instance son entrée au noviciat. Peut être cependant les larmes et les prières de sa mère l'auraient-elles détournée de son pieux projet, sans un entretien qu'elle eut le bonheur d'avoir avec le V. Eudes. Celui-ci dit trois fois la messe du Saint-Esprit à son intention et la communia de sa main ; il l'assura ensuite que sa vocation venait de Dieu, Ces paroles eurent tant de force sur son esprit que la tentation disparut aussitôt et qu'elle devint un modèle de toutes les vertus. Une seule crainte troublait son âme, celle de ne pouvoir être admise à la sainte profession, ses parents refusant de fournir la dot nécessaire. Dieu l'appela à lui après une longue maladie. Elle mourut le 15 décembre 1666,
La lettre qui parle d'elle a dû être écrite de la mission de Cerisy-Mont-Pinchon, ou de celle de Saint-Esny, dans le diocèse de Coutances.
Une perte plus grande pour l'Institut fut celle de sa première professe, Marie de l'Assomption Eustache de Taillefer. Par sa persévérance et son énergie, elle préserva deux fois la maison d'une ruine complète, aussi son histoire est bien connue du lecteur. La fin de sa vie offre 4es exemples admirables d'humilité. Son caractère si fortement trempé était porté à la vivacité ; s'il lui
échappait quelques traits de promptitude, elle en faisait de si sincères réparations, qu'elles édifiaient bien plus que la faute n'avait pu scandaliser. La Mère Patin se sentait invinciblement portée à l'humilier et à la mortifier. C'était le moyen choisi de Dieu pour faire avancer cette grande âme dans la perfection. Jamais^ fait bien rare, son respect et sa confiance pour sa supérieure n'en furent diminués.
Sa charité sera aussi difficilement égalée. S'il ^survenait quelques travaux plus pénibles, elle était toujours prête à y prendre part^ sans égard pour ses infirmités. Cette activité lui coûta la vie. Après avoir aidé à tasser des fagots, elle fut prise d'une violente fluxion de poitrine, qui la mit bientôt dans le plus grand danger. Elle fit paraître dans sa maladie un vif désir d'aller s'unir à son Dieu et une patience très édifiante. La veille de sa mort, la Mère Patin lui proposa de demander pour elle la santé à notre Seigneur ; la malade parfaitement résignée la pria de ne le point faire, par détachement de la vie et par abandon à la divine volonté. Elle expira dans une paix parfaite, le 30 Mai 1668, âg-ée de 46 ans, elle était professe depuis 16 ans.
Pendant la mission d'Evreux, la communauté envoya à son bon Père ses souhaits d'heureuse année avec l'annonce de la prochaine profession de la S' Marie Angélique de Balde. La réponse à cette lettre est importante, car elle fait voir la continuité et l'efficacité de son zèle à répandre la dévotion au Saint Cœur de Marie, et à établir partout sa fête comme fruit de ses missions.
« Ma très chère Mère,
« Votre belle et grande lettre, toute pleine de bonté, de charité et de cordialité, a rempli mon cœur d'une joie et d'une consolation toute particulière. Je vous en rends mille grâces, et je vous assure que ce même cœur est tout plein d'affection et de tendresse pour vous et pour toutes mes chères Filles. J"ai un soin tout spécial d'offrir tous les jours à Notre-Seigneur, dans le saint sacrifice de la Messe la Mère et les Filles, et de prier pour tous leurs besoins spirituels et corporels.
« Je rends grâces infinies à notre très adorable Sauveur et à sa très aimable Mère de toutes les faveurs qu'ils ont faites à la fille de M. de Bellecourt (ou de Balde), et les supplie de la rendre une digne fille de leur très saint Cœur, dont la fête est maintenant établie et fondée en six églises de cette ville. Nous voici à la fin de notre mission, sur laquelle Dieu a versé de très grandes bénédictions : Je vous prie, ma trè« chère Mère et mes très chères Sœurs, de nous aider à l'en remercier, ainsi que de la nouvelle croix
qu'il a mise sur mes faibles épaules, en m'imposant rétablissement d'un nouveau séminaire, auquel nous travaillons maintenant.
« Au reste, ma très chère Mère, Mgr de Maupas vous reconnaît et vous aime comme une de ses plus chères Filles, et vous donne en cette qualité sa sainte bénédiction. Je serai encore ici huit ou dix jours; ensuite je serai obligé d'aller à Rouen pour une nouvelle mission ; j'y aurai grand besoin de vos prières et de celles de toutes nos chères Sœurs. J'aurais eu une trèi grande joie de vous aller voir auparavant, si le temps me l'eût permis, mais il est trop court. Adieu donc, ma très chère Mère, je ne vous oubherai jamais devant Dieu, ne m'oubliez pas aussi, car je suis de tout cœur, et à vous et à toutes mes très chères Filles, « Tout vôtre,
<( Jean Eudes, Prêtre-Missionnaire.
« Evreux, ce 13 jinvier 1667. »
Dieu ne devait pas laisser longtemps cette sainte religieuse goûter le bonheur de voir enfin affermie l'œuvre à laquelle elle avait consacré sa vie. Les peines intérieures et les mortifications extérieures avaient usé sa santé. Le V. P. Eudes n'obtenait pas sans difficulté qu'elle ménageât ses forces, dans l'intérêt même de celles pour lesquelles elle les dépensait. Les trois dernières années de sa vie ne furent qu'une suite de maladies se succédant les unes aux autres. Elle les supportait avec une admirable patience, ne se dispensant qu'à la dernière extrémité des exercices communs. Si une sœur se montrait touchée de ses douleurs, elle répondait : « Ah ! ne me plaignez pas, je serais martyre de ne pas souffrir ! » Parole digne des plus grands saints.
C'est alors que ses vertus brillèrent du plus vif éclat. Le discernement dans la conduite des âmes est peut-être le don qui se fit le plus remarquer en elle. M. de Bernières la donna lui-même comme directrice à une personne très élevée en oraison, avouant ne connaître personne plus capable de l'éclairer. Plusieurs de ses religieuses étaient délivrées de leurs peines et de leurs tentations dès qu'elles les lui avaient confiées. Bien des fois, elle a affermi la vocation de ses novices, par l'assurance qu'elle leur donnait de l'appel de Dieu. Une postulante, qu'elle avait demandée au ciel pendant toute une année, par la récitation de l'office de l'Immaculée Conception, vint un jour la trouver et lui dire : « Ma <( Mère, il faut que je m'en aille plus tôt que plus tard, je vois « bien que je ne puis rien faire, la vertu de la Religion est trop « sublime pour moi, ce m'est une témérité d'y tendre. » Cette bonne Supérieure, discernant aussitôt d'où venait cette violente tentation, se mit à genoux, invoqua le Saint-Esprit, puis prenant
(Ml main un crucifix, lui dit ; « Voudriez-vous bien, mon Enfant, « quitter un Dieu si bon, qui vous aime tant, qui a tant souffert « pour vous. Je vous assure qu'il vous veut toute à lui, n'en (( doutez point. Ce que vous éprouvez n'est qu'une pure tentation, (( demeurez en paix et n'y pensez plus. » L'effet de ces paroles fut immédiat. La postulante fut délivrée de sa peine, prit peu après l'habit et devint une excellente religieuse.
Les esprits les plus endurcis ne pouvaient lui résister. Sa présence suffisait pour calmer l'irritation chez les Pénitentes. L'une d'elles en proie au désespoir, s'était enfermée dans une chambre pour se suicider, et refusait d'ouvrir la porte. La Mère Patin s'y rendit, et pleine de confiance en Dieu, lui commanda de le faire en disant : Je vous commande, au nom de Dieu, d'ouvrir cette porte. Cet ordre fut aussitôt exécuté. L'état de cette pauvre personne était horrible; elle semblait possédée. La bonne Mère s'approchant d'elle, lui mit la main sur la tète et lui parla avec tant d'amour, de douceur et de bonté, qu'elle la laissa bientôt calme et contente.
Une autre fois, pendant une de ses maladies, la maîtresse des Pénitentes' vint l'avertir qu'un différent s'était élevé entre ces dernières, et qu'elle ne pouvait les calmer. Malgré ses souffrances, elle se leva et leur parla avec tant de zèle et d'à-propos, qu'elle toucha tous leurs cœurs. En les quittant ensuite, elle leur dit qu'elle voulait faire pénitence de leur faute par des oraisons, des jeûnes et des disciplines. C'était sa coutume dans ces occasions, et toute religieuse zélée pour le salut des âmes l'imitera toujours. Il suffisait donc que cette habile directrice parût au milieu de ces pauvres filles pour y faire régner la paix. Les Pénitentes disaient elles-mêmes que sa conduite charitable était capable de convertir un monde, et qu'il n'était pas possible de lui résister.
Ces preuves de l'ascendant de la Mère Patin sur les âmes, qu'elle devait ramener à Dieu, montrent aussi que l'œuvre offrait alors les mêmes difficultés qu'aujourd'hui. Les esprits n'étaient pas beaucoup plus dociles, et le récit des missions données par le V. P. Eudes, fait voir que l'instruction religieuse devait presque toujours manquer complètement. Mais aujourd'hui comme alors la sainteté', la prière, le sacrifice, la mortification sont capables d'opérer des merveilles de grâce et de conversion.
Le temps était venu pour la V. M. Patin d'aller recevoir la récompense de tous ses travaux. La Communauté n'avait pas
encore pu se consoler de la perte de la S"" Marie l'Assomption, lorsqu'elle s'aperçut, aux infirmités croissantes de sa bonne Supérieure, que Dieu allait lui demander un nouveau et plus grand sacrifice. Trois semaines avant sa mort, la Mère Patin assembla, autour de son lit de souffrances, toutes les Sœurs du chapitre pour leur donner ses derniers avis :
« Me voici, leur dit-elle, mes bonnes et bien-aimées Sœurs, au lit de la mort ; je n'ai plus que peu de jours à vivre, ce dont je loue et remercie Notre- Seigneur. Il sait que je n'ai rien épargné de ce qui pouvait procurer votre bien et votre avancement en toutes choses. Je vous recommande l'union entre vous, la parfaite observance de vos Règles et la pauvreté religieuse. Regardez toujours Dieu en tout ce que vous ferez, et vivez dans la paix, douceur et simplicité, que je vous ai toujours enseignées; n'ayez point d'opinions différentes, mais que la volonté de l'une soit la volonté de l'autre ; je vous le recommande tout spécialement. » Puis elle crut devoir leur demander pardon : « Mes très chères Sœurs, je demande très humblement pardon à toutes vos Charités de tous les si:gets de mauvaise édification que je vous ai donnés par mon humeur chagrine. Je sais bien que, depuis quelque temps, je vous ai parlé rudement ; mais il faut vous dire, -pour ma justification, que le mal m'accablait et me faisait dire ce que je ne voulais pas. Maintenant je ne vous cacherai pas qu'il y a plus de deux ans que je souffre des maux inouïs. Des personnes habiles ont dit qu'un corps humain ne pouvait supporter de plus cruelles douleurs. Je vous dis tout cela, mes très chères Sœurs, pour vous exciter à vous supporter les unes les autres, afin que si l'on vous adresse quelques paroles un peu moins douces qu'à l'ordinaire, vous les supportiez patiemment, car vous ne savez pas ce que cette personne peut souffrir. Adieu, je quitte la terre pour aller à mon Dieu. Je vous promets que, s'il me fait miséricorde, je vous servirai plus devant sa divine majesté que je ne pouvais le faire pendant que j'étais parmi vous. »
Après avoir demandé tout spécialement pardon à ses infirmières et les avoir remerciées des soins si tendres qu'elle en avait reçus, elle finit en recommandant la dévotion à S' François de Sales ; « car je puis bien vous assurer, ajouta-t-elle, queNotre- « Seigneur a fait des miracles par lui, en faveur de l'établis- « sèment de votre Maison. »
Dieu continua de l'éprouver dans son corps et dans son âme, comme il le fait pour les âmes fortes. La grandeur de ses souffrances lui faisait dire avec humilité aux Sœurs qui la servaient : « Mon Dieu, que j'appréhende de perdre la patience ! » Par moments aussi Dieu semblait l'honorer de ses visites particulières. C'est sous l'impression d'une de ces faveurs, qu'elle s'écria un jour: « Ah! Filles de la Charité, que vous êtes appelées à de « grandes choses! puisque Dieu veut se plaire en vous, plaisez-
<( vous aussi en lui. Rendez-vous fidèles à vos observances, tra- « vaillez efficacement au salut des âmes et vous goûterez la gran- (( deur de ses miséricordes ! » Sentant de plus en plus approcher sa fin, elle dit à la Sœur assistante, la Mère Anne Marguerite Foy, sa nièce : « Je crains de n'avoir point la psrsévérance finale, je « vous prie de me faire faire tous les actes nécessaires en ce der- « nier moment. » Sa nièce lui répondit qu'elle ne devait pas douter d'obtenir cette grâce puisqu'elle ne l'attendait que de la miséricorde divine. Alors la pieuse malade, prenant le crucifix que la Sœur lui présentait, dit en baisant avec amour les plaies sacrées du Sauveur : « Ma force est en la miséricorde de mon « Dieu ; toute mon espérance est appuyée sur les mérites du <( sang et de la passion de son divin Fils. Mais je m'en suis <( rendue indigne par mes infidélités. Faites, s'il vous plait, quel- '( ques prières pour moi à la Mère de bonté. »
Elle demanda ensuite le saint viatique, ]Dour rendre grâces, disait-elle, à Notre-Seigneur de l'institution du très Saint-Sacrement, et pour faire, comme le prophète Elle, soutenue de ce pain de vie, le grand voyage de l'éternité. Quand le confesseur qui devait la communier prononça ses paroles: « Ouodcumqtic ligaveris, » elle s'écria à haute voix : « Oh ! les belles paroles ! « je crois tout ce que mon Sauveur a dit à S' Pierre et aux « autres Apôtres ; je me réjouis de mourir fille de la sainte (( Église. » Ensuite elle demanda de nouveau pardon à toutes les Sœurs et elle le fit d'une manière si touchante qu'elles fondaient toutes en larmes. Elle vécut quelques jours encore, et une sœur lui ayant témoigné la crainte que les religieuses de la Visitation ne réclamassent son corps, elle lui répondit: « Faites de « cette carcasse ce qu'il vous plaira ; jetez-la à la voirie, si vous « le voulez. » Elle eut encore le bonheur de communier plusieurs fois, et c'est après une de ces communions qu'on l'entendit s'écrier toute ravie : « Prodige, prodige de grâce sur la petite maison « de la Charité ! » Dieu, sans doute pour la récompenser des soins qu'elle avait donnés à cette communauté naissante, lui montrait les développements qu'elle devait prendre dans l'avenir.
C'est le 30 octobre qu'elle reçut pour la dernière fois la sainte communion. Le prêtre lui fit alors connaître le désir que ses Filles avaient de recevoir sa bénédiction. Elle répondit avec son humilité ordinaire. « Oserai-je le faire en votre présence, n Y ayant été invitée de nouveau, elle ajouta : « Ce sera donc par obéis- « sance, » et, s'adressant aux Sœurs, toutes en pleurs: « JNIes
(( chères Filles, je vous laisse en Notre-Seigneur et sous la pro- « tection de la sainte Vierge ; vous me demandez ma bénédiction, « je vous la donne de tout cœur, au nom du Père, qui vous a « créées, du Fils qui vous a rachetées, et du Saint-Esprit qui <( vous a inspirées. Ainsi soit-il. »
Depuis ce moment, tous les soulagements que lui offraient les Sœurs lui parurent des soins superflus : « Non, disait-elle, plus « rien, mon Dieu tout seul! » Elle s'éteignit doucement le lendemain, 31 octobre 1668, veille de la Toussaint. Sa vie avait été de 68 ans, elle avait gouverné le monastère près de vingt ans.
Son corps fut gardé deux jours, et demeura si souple, qu'il n'était pas possible de toucher à ses doigts sans qu'ils ne se pliassent, comme si elle eût été en vie. Il exhalait une agréable odeur, et les linges même, qui l'avaient touché, gardèrent longtemps ce délicieux parfum. Enfermés dans un cercueil de plomb, ces vénérables restes furent inhumés au milieu du cimetière de la Communauté.
Pendant cette dernière maladie, le V. P. Eudes était- occupé dans les missions qu'il donna à cette époque dans le diocèse de Coutances. Elles furent très-nombreuses et sans interruption sans doute à cause du jubilé, qui fut accordé cette année par le Pape Clément IX. Il prêcha à Marigny, Carantan, Notre-Dame de Cénilly, Brévent, Montfarville, Plessis, Montsurvent, Sevilly, Quettehou. Ces grands travaux, et son éloignement sont l'explication de son absence dans des circonstances si pénibles à ses chères Filles. Il ne put pas davantage les assister de ses conseils dans les décisions qui suivirent cette mort. Il est même probable qu'il apprit en même temps et la mort et la résolution d'élire une supérieure prise dans l'Ordre, car M. le Grand procéda avec une précipitation peu usitée dans ces importantes occasions.