‹ Les origines de Nôtre-Dame-de-CharitéChapitre 29 sur 34 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

Afin de ne pas tomber dans une extrême ingratitude au regard de ma très chère Fille en Notre-Seigneur, et ma fille aînée, Anne le Haguais, dame de Camily, que notre très cher Frère M. de Than a associée avec lui dans la fondation de notre maison de Caen, et avec grande raison, car Dieu lui a donné un cœur de mère au regard de toute la Congrégation, spécialement de cette maison à laquelle elle a fait tout le bien qu'elle a pu, je supplie tous mes chers frères de la regarder et honorer en cette qualité, et de lui rendre pendant sa vie et après sa mort tout ce qui est dû à la Fondatrice et à la Mère d'une Congrégation. Je lui donne une chose qui m'est très précieuse, qui est une petite image de la Bienheureuse Vierge que je porte à mon cou dans une niche d'argent, où il y a aussi de la vraie croix, laquelle image m'a été donnée de la part de la même Vierge, pour marque de l'alliance spéciale .qu'elle m'a fait la faveur d'avoir avec elle.

Jean Eudes, Prêtre-Missionnare,

« Fait à Paris, ce jour de mai 1672. »

On peut bien dire que la réputation de sainteté du Vénérable Eudes, très-grande pendant sa vie, devint générale après sa mort

parmi tous les chrétiens que l'erreur Janséniste n'avait pas souillés. Les habitants de Caen apprenant le trépas du Bon Père Eudes, comme ils l'appelaient, dirent unanimement : le Saint est mort. Mais nulle part cette réputation de sainteté ne se conserva mieux qu'à Notre-Dame-de-Charité. Chaque maison nouvelle en emporta le précieux dépôt. Il est vrai que le Vénérable se plut souvent à récompenser cette fidélité à garder sa mémoire par des grâces merveilleuses, de vrais miracles, qui, s'ils avaient été c an o ni qii entent examinés, auraient pu servir pour sa Béatification.

Le premier fait de ce genre dut se passer dans les quinze jours qui suivirent sa mort. Voici le récit qu'en fit elle-même la S"" Marie de Saint-Paul le Poutrel, qui reçut cette faveur :

« Dieu a voulu, pour manifester sa gloire et celle de notre digne Père et Instituteur, que je sois née avec une infirmité aussi humiliante que pénible ; j'étais, en outre, fort incommodée d'un froid très sensible autour des reins, et je les avais si faibles, que je ne pouvais me livrer à aucun travail, dès qu'il était un peu pénible, sans en ressentir de très grandes incommodités. Après avoir use inutileinent des remèdes des médecins, durant toute une année, huit jours après la mort de notre digne Père, notre chère Mère Marie de l'Enfant- Jésus de Bois-David, troisième supérieure de notre maison de Caen, fut inspirée de me porter à faire une neuvaine à notre saint Instituteur, à qui j'avais bien de la dévotion. Je promis de dire en son honneur et en reconnaissance des grâces que Dieu lui avait faites, trois Pater, trois Ave et un Salve Regina à la très Sainte Vierge, pour qu'il lui plût de manifester la gloire de son bon et fidèle serviteur. Et avant que ma neuvaine fût finie, je fus parfaitement guérie, sans que depuis je me sois trouvée incommodée, ne ressentant plus le froid ni le mal et faiblesse de reins. De plus, il s'est fait autour des reins comme un bourrelet de chair qui me donne une grande force. Pendant ma neuvaine, je me sentis portée à m'employer à faire le travail le plus rude et le plus pénible; et plus je travaillais, plus je sentais de force. J'étais pour lors âgée de 26 ans. »

Lorsqu'elle écrivait cette attestation, la S"" Marie de Saint- Paul était Supérieure de Guingamp. Dans la même pièce elle rappelle des grâces obtenues, même pendant la vie du Vénérable :

« Ce n'est pas la seule faveur que j'ai reçue de Dieu par l'entremise et le crédit de ce bon Père : je lui dois, après Dieu, le bonheur d'être religieuse. Il m'obtint de notre très chère Mère Marie du Saint-Sacrement Pierre l'entrée au noviciat, contre la volonté de mes parents, qui peu après y consentirent d'une manière miraculeuse. En toutes mes difficultés, j'ai éprouvé son pouvoir et son secours, particulièrement depuis que je suis en charge. Il est à souhaiter et je souhaite que tout le monde connaisse ses mérites, et les grâces dont

Dieu a gratifié son Serviteur, qui a été un fidèle économe ; plusieurs en seront participant en recourant à sa favorable intercession. »

Cette bonne Mère inspira sans doute à ses Sœurs de Guingamp sa dévotion au Vénérable Fondateur, car l'étude des archives de ce monastère y montre cette vénération bien établie.

A Caen, à la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, et une des années qui suivirent la mort du Vénérable Serviteur de Dieu, une autre religieuse fut encore favorisée d'une guérison bien prodigieuse :

« Me vovant affligée d'un mal d'yeux qui m'ôtait le pouvoir de distinguer les objets, j'appréhendais fort de demeurer dans ce triste état ; néanmoins, pensant que c'était la main de Dieu qui me frappait, je tâchais de me soumettre à sa volonté sainte. Bien que résignée à tout souffrir, l'idée me vint de m'adresser à notre digne Instituteur, pour obtenir d'être délivrée de cette peine. Mais craignant de n'être pas assez soumise, je renouvelais souvent mon acte de conformité au bon plaisir de Dieu, lorsc^u'un jour cette autre pensée se présenta à mon esprit : mais si Dieu veut manifester dans cette occasion le pouvoir dont il glorifie notre bon Père, je serais infidèle de résister à l'inspiration qu'il m'envoie. Sur ce, je m'adressai à lui avec confiance ; et je me trouvai guérie et rétablie en mon état ordinaire, mais avec une certaine impression de la béatitude de mon bienfaiteur. »

La protection de ce bon Père s'est surtout fait sentir en faveur des novices de ces deux Instituts qui rencontraient, dans leur santé ou dans des circonstances extérieures, des obstacles à leur sainte vocation. Nous en citerons plusieurs exemples.

La mort de M™' de Camilly fut encore unanimement regardée comme une faveur due à l'intercession de son saint Directeur et comme l'effet des promesses qu'il lui avait faites. On assure que cette grande chrétienne priant sur son tombeau dans l'octave de son décès, lui demanda la grâce d'être bientôt délivrée des misères de cette vie et de l'attirer au ciel après lui. Se sentant sûre d'être exaucée, elle annonça à plusieurs de ses amis qu'elle n'avait plus que peu de temps à vivre. En effet, trois mois après, le samedi i6 novembre, elle vint se confesser et communier à l'église du Séminaire. Sa santé paraissait très bonne et rien n'annonçait une mort prochaine. Elle s'en retournait, lorsqu'un pauvre vint lui demander l'aumône ; elle voulut le satisfaire, mais les personnes qui l'accompagnaient, la virent s'agenouiller dans la rue, joindre les mains, lever les yeux au ciel, et, dans cet humble posture et dans l'exercice même de la charité, rendre sans effort son âme à son créateur.

C'est le cas de rappeler : Telle vie, telle mort. Les soixanteseize années de son existence avaient été remplies par les œuvres de charité. Depuis l'âge de vingt-deux ans, époque où elle s'était placée sous la direction du V. Eudes, elle avait renoncé à l'usage de la soie pour ses vêtements et à tous les plaisirs mondains, et fait chaque jour de nouveaux progrès dans les voies de la perfection. Ni les aridités dans l'oraison, ni la privation habituelle de toute consolation sensible ne purent la décourager ou retarder ses progrès. La pensée des jugements de Dieu avait toujours fait une grande impression sur son âme ; aussi cette mort subite, mais si bien préparée, fut regardée comme une grâce signalée par tous ceux qui la connaissaient. Dieu lui épargnait ainsi les angoisses des dernières luttes.'

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