LES ORIGINES DE WEIHHEU
expansive, plume bien plus audacieuse el plus adroite que la parole, on peut bien l'appeler ]e premier baume des âmes blessées à ce doux el incomparable combat du premier amour.
C'est elle, cette plume , qui traça les i)remières lettres que nous avons offertes au lecteur; elle en tracera plus d'une encore, et, entre autres, une des plus charmantes, dont nous donnerons un extrait ; elle signale un de ces gracieux souvenirs, légers, sans doute, mais qui, dans une situation amoureuse pareille à celle de Gœthe, prennent pour le héros l'importance d'un haut événement. Le jour de la partie de promenade en voiture, grand fait de cet épisode, l'héroïne, mademoiselle Charlotte, était agréablement vêtue « cViine simple robe blanche avec des nœuds couleur de rose pâle^ aux bras et au sein... » Cette pudique et gracieuse toilette avait ravi les yeux de Goethe, et il en avait souvent parlé ! Lotte s'en souvint à propos : après le départ de l'ami, un jour qu'elle remuait ses chiffonSy elle mit la main sur les rubans rose pâle du petit bal sans apprêts. Vite, elle songea qu'ils avaient fait la joie du rêveur de Francfort, et vite elle les lui adressa dans une lettre de Kestner. L'envoi de ces rietts roses fut une fête, une heure de soleil propice, une heure d'azur divin au milieu de ses orages intimes, et il répondit par ces mots fortunés :
'< Pfink irht'ni (juten fjcifi Goldne Lotte , etc. Mcjci à
28 i.iiï^ ol\u.l^Ks HF. werther.
votre bon génie, Lotte d'or, qui vous a poussée à ine faire lui plaisir imprévu; lors même qu'il serait aussi noir que mou sort, merci à lui ! Aujourd'hui, avant de me rendre au diner, j"ai salué de tout cœur votre portrait, et, en dînant, je m'étonnai de cette lettre singulière ; je la décachetai et je la remis dans ma poche. 0 ma chère Lotte! que tout cela a changé depuis que je ne vous ai vue pom- la première fois ! Ce rid)an a bien encore cette même nuance fleurie, mais il me semble plus fané que dans la voiture... Merci à votre cœm-. Lotte, puisqu'il peut me ftiire encore un tel cadeau... Ah ! Lotte, que le ciel vous donne pour cela les plus beaux de ses fruits!...
» Goethe.
> 9 octobre 177:i. >
Les choses vont ainsi, par lettres fréquentes adressées à Keslner et très-rarement à Charlotte ; mais peu à peu on voit que ses rêves sont dans une mesure moindre et on remarque plus de liberté dans son esprit. Un mois après cette dernière expansion, le 14 novembre, il se hasarde à dire à Kestner qu'il lui a écrit a une lettre édifiante pour occuper son âme qui voulait s'emporter. » Il paraît qu'il en est déjà à la période raisonnable des accès ; il raconte « qu'il va se rendre ta Hombourg, qu'il recommence à aimer la vie; il se rend à 3ianheim, à Darmstadt, clc/, » il assiste au mariage de sa sœur... Il se met enfin un peu plus en mouvement. On voit que ses écritures ont nn pou calmé sa période d'ébullilion.
Avant (le clierchci' la lin de ce noble amour, faisons