LES OUIGIISES DE WERTHER
sur tant de réalité. Le livre fut sans doute terminé en août 1774 , car Gœthe écrit vers ce temps à Lotte :
« Ma chère Lotte, je me rappelle à l'instant que j'ai depuis longtemps à répondre à ta dernière lettre. C'est que tu as été tout ce temps, peut-être plus que jamais, m, cum et stib moi. (Demande à ton seigneur de te traduire cela) . Je le ferai bientôt imprimer pour toi. Je sens que la chose réussit, chère Lotte. Ne suis-je pas heureux quand je pense à vous ? »
Le 23 septembre 1774, l'œuvre est imprimée, mais aucun exemplaire n'a encore paru ; Gœthe adresse celui qu'il possède aux deux héros qui sont à Hanovre. Le futur grand homme est sous le poids de l'incertitude du succès, il parle en humble personnage ; nous le verrons sous d'autres habits dans quinze jours ou un mois, au jour de la victoire, quand il n'est question en Allemagne que d'un livre, que d'un seul, les Souffrances du jeune Werther.
« Si vous avez déjà le livre, écrit-il aux époux, vous com- [)rendrez le pli ci-joint. J'ai oublié de l'y mettre, tant j'ai de presse et d'occupation en ce moment. Le vacarme de la foire m'étourdit, mes amis sont ici, le passé et l'avenir se mr;lcnt merveilleusement.
» Que deviendrai-je ! Oh ! votre position est faite à vous, combien elle vaut mieux que la mienne ! Ne passez pas encore le livre à d'autres personnes, je nous prie. Aimez tou-
LES ORIGINE? DE ^VERT^ER. Al\
jours le vivant , et estimez le mort. Vous devez maintenant comprendre les passages obscurs de mes lettres antérieures.
» GOETHE
Le billet suivant à Lotte était contenu dans le précédent.
« Lotte ! en lisant ce petit livre , tu sentiras combien je l'aime. Cet exemplaire a une valeur telle pour moi, que je le regarde comme l'unique dans le monde. Tu devais le posséder. Lotte! Je l'ai baisé cent fois, je l'ai enfermé à part, pour que personne n'y touchât. 0 Lotte ! ne le montre à personne, je t'en prie, à Meyer excepté. Il ne sera publié que pendant la foire de Leipzig. Je voudrais que chacun de vous le lût seul, toi à part, Kestner à part; je voudrais que chacun m'écrivît un petit mot sur ces pages. Lotte! adieu Lotte !
» GOETHE
Ainsi c'est l'esprit nimbé d'azur, c'est Tanie ouverte aux sérénités que Gœtlic voit son œuvre finie, imprimée, prête à paraître. Il attend l'assaut du public. Mais avant de savoir s'il sera vainqueur ou vaincu, il hii élail réservé d'avoir à .soutenir contre Kestner le ])lus singulier débat à propos de son livre.
Ici commence un divertissement dont Kesiner fait tous les frais.
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L'honnête Kcstncr, en effet, se montre là clans un éclat (le méthodisme et de positivisme assurément fait pour le rendre fort comique. La correspondance qu'il va établir entre lui et Goethe, au sujet de TVerther, est une véritable comédie à laquelle son ami Fauteur donne la réplique sur un ton d'abord très-conciliant , mais qui devient triomphal quand il voit l'accueil que hii fait l'Allemagne.
Kestner reçoit l'exemplaire dans le courant d'octobre; il le lit, et il est en somme fort mécontent de se trouver dans les chausses et sous les habits (['Albert. Sa timide nature le met, du reste, dans une frayeur extrême de publicité. Le voilà, lui et sa Lolle, exposés à tous les regards, en situation d'être commentés, portraiturés, critiqués. Cette pensée seule lui fait tourner la tête. Lui, Kestner, bon petit homme marié selon son bon cœur et selon la bonne âme de Charlotte, le voilà en public! Lui (]iii no demandait qu'à appartenir à son foyer, à adorer ses dieux lares, à suivre l'ordre régulier de la vie dans notre planéle, le voilîi d;iiis le domaine de lonl le monde,