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LES PREMIERS HABITANTS DES GAULES

On ignore quels furent les premiers habitants des Gaules : cet aveu s'impose à la plupart des pays.

Les recherches dites préhistoriques ne donnent aucune conclusion : les dates manquent. On prend pour très anciens des faits relativement modernes. En se mettant en dehors de la chronologie, on s'enlève toute autorité ; le vrai nom de cette nouvelle science serait extra-historique* Tout y est confusion : entre les divers âges des reliques antiques, pierre, bronze et fer, la classification est impossible.

Le plus important de tous ces âges, celui de la pierre, flotte dans le vague. A la venue des Romains, on fabriquait, un peu partout, non-seulement des haches polies, mais des silex éclatés. La hache de pierre a figuré dans les rangs des Saxons à la bataille de Hastings, et il ne serait pas difficile de montrer que l'usage survécut à cette époque. En Gaule, l'âge de pierre est celtique, au même titre que le bronze et le fer.

De leur côté, les habitations lacustres, dont l'emploi paraît être local, nous ramènent à la période romaine.

Les observations anatomiques ont donné lieu à beaucoup de déclamations. Le fameux crâne d'Engis, par exemple, a son similaire dans une pièce du Musée Britannique considérée comme le type du pur Caucasique(i). Celui de Néanderthal, bien que bizarre, ressemble à la tête du

(i) On trouve cette forme dans la plupart des sépultures de la Suisse.

ig6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE

héros Robert Bruce, et à celle d'un médecin contemporain (i). Quant aux restes de Cro-Magnon, si ces beaux ossements sont des types de races, l'Humanité n'a qu'à pleurer sa dégénérescence. (2).

On veut nous donner, comme signes de race, certaines modifications des os des membres ; cela n'est pas sérieux, au point de vue de l'anatomie. La perforation de l'olécrâne, le fémur à colonne, la platycnémie du tibia ne sont que des accidents plus ou moins généralisés, toujours explicables par les fonctions des muscles correspondants et qui appartiennent à toutes les époques, ainsi qu'à tous les groupes de l'Humanité. (3).

Les recherches préhistoriques ont enseigné bien peu de chose : J'y cherche une indication précise, origine, parenté, état anatomique et physiologique. (4). Leur résultat à été de jeter le trouble dans la critique historique, en exagérant les procédés d'induction et en substituant l'hypothèse à la tradition.

Quant aux monuments mégalithiques, menhirs, dolmens, cromlechs,

(1) Huxley 's, Maris place in nature ; C. Vogt, Leçons sur V Homme.

(2) Broca, Mémoires d'Anthropologie., 1. 11.

(3) La perforation de l'olécrâne résulte d'un arrêt ou d'une imperfection du développement ; cette apophyse du cubitus n'a pas la force de résister à la pression de la poulie de l'hjmérus. L'effet est toujours fréquent dans la femme, et général chez l'Orang jeune.

L'exagération de la ligne âpre, qui produit le fémur à colonne, indique la vigueur des muscles postérieurs de la jambe : ce caractère éminemment humain est opposé à celui des singes, dont le fémur est cylindrique.

Enfin, la platycnémie, qui aplatit latéralement le tibia, augmente la puissance des muscles de la région : « La surface d'insertion du jambier postérieur, dit Broca, est portée sur la face interne ; la surface du muscle poplité et celle du fléchisseur commun des orteils s'ajoutent à la face interne. » Sans doute ; mais il faut tenir compte aussi du surcroit de force donné au jambier antérieur, qui s'insère sur les deux tiers supérieurs de la face externe du tibia ; alors on voit qu'il en résulte plus de mobilité dans le gros orteil et dans tout le pied. Ces caractères ne sont pas spéciaux à l'homme préhistorique.

(4) Les 33 squelettes trouvés dans la grotte Duruty, à Sordes, ont présenté, aux yeux de MM. de Quatrefages et Hamy, des catactères semblables à ceux des ossements de Cro-Magnon ; il y aurait donc parenté entre tes riverains de la Dordogne et ceux de l'Adour et des Gaves.

il serait difficile de leur assignerune valeur ethnographique. On lestrouve partout, depuis la Scandinavie jusqu'à l'Inde, en Afrique, au Pérou ; partout, ils signalent des époques où l'histoire ne peut atteindre. Se rattachant surtout au culte de la tombe, l'usage en a pu survivre aux Sociétés qui donnèrent les premiers modèles : il est donc impossible de leur attribuer une date et une signification (i)>

On a dit que les premiers sujets étaient des Nègres, ce qui n'est point confirmé. On a prétendu aussi que c'étaient des Basques : rien ne l'établit. Dans l'idiome, qui est à peu près la seule caractéristique de ce peuple, la philologie contemporaine a cru reconnaître une assez étroite parenté avec les langues finnoises et même avec celles de l'Amérique (2). Si les Basques sont venus des rivages de la Baltique ou des hauteurs de Y Altaï, antérieurement aux Celtes, ils pourraient être les hommes inconnus de l'âge du renne. (3). Ayant traversé la Gaule du N. E. au S. O., comme la plupart des invasions postérieures, refoulés ensuite vers le Golfe de Gascogne et finissant par franchir les Pyrénées, ils se seraient réfugiés sur le versant méridional de la chaîne.

Mais c'est pure conjecture : le fait remonte si haut et il est si mal justifié, que c'est comme s'il n'existait pas. En France et notamment dans l'Aquitaine antique, leur trace n'est nulle part : les mœurs, les institutions, le langage s'en désintéressent également.

Les premiers habitants de la Gaule, comme ceux de toute l'Europe occidentale, furent des Scythes d'Europe, dont le plus ancien établissement fut au bord du Tyras ou du Dniester ; des Tirites, et peut-être des Caucasiens

(1) Dans l1 Aquitaine, la proportion des monuments mégalithiques paraît décroître, en allant de TE, àl'O., mais celle des tumulus paraît augmenter.

(2) Pr. Lucien Bonaparte, H. de Charencey, etc.

(3) Bergmann, Les Gètes, veut qu'ils soient de race Sabméenne ou Laponne, refoulés par les Celtes, dont ils auraient formé l'avant-gardc.

Mém. de lu Soc. d'Eth. — I. - 1884. 26

Les mœurs de ces peuples troglodytes et chasseurs sont celles de nos hommes préhistoriques lesquels, selon toute probabilité, sont desTirites, et en tout cas, des Scythes d'Europe. Les Basques peuvent être les épaves, le résidu de ces populations refoulées dans les hautes vallées de la Navarre ; mais ici, les mœurs encore signalent l'intervention Moskhe et peut-être celle de l'élément Tubalien, qui s'associent pour composer les races du Caucase, et que les auteurs grecs ont également qualifiés de Scythes d'Europe.

Les traces de ces Scythes préhistoriques existent ailleurs qu'en Navarre; mais le travail des recherches est à faire.

Il y a aussi des Ligures. Ce nom désigne précisément un peuple ou même un groupe qui s'est établi, vers le xme siècle avant notre ère, sur les bords de la Méditerranée, autour du golfe de Lyon, depuis les Pyrénées jusqu'à la Toscane. Un sens plus étendu et moins exact comprend tous les peuples venus d'Espagne qui ont occupé le sud-est de la Gaule, l'Italie et la Sicile : ce sont gens d'origine chamique, dont on retrouve les traces jusqu'aux bords du Nil et même jusqu'à l'Euphrate(i). Plusieurs se fixèrent dans la contrée qui fut plus tard la Province romaine ; quelques-uns ont pu traverser la Garonne et occuper, sur la rive gauche de ce fleuve, une zone plus ou moins profonde : on serait tenté d'en retrouver des souvenirs. Mais leurs rapports avec la famille des Aquitains restent encore à l'état de mystère (2).

Les Phéniciens, quoique précédés par la fable, finissent sous un jour plus historique. L'action immédiate de ce peuple navigateur et commerçant s'exerça principalement sur les côtes de la Méditerranée ; mais, soit qu'ils aient pénétré en force dans l'intérieur des terres, comme les tradi-

(1) Question élucidée dans nos Origines et Migrations des Berbers. (Voy. Revue Orientale et Américaine, juillet 1 878).

(2) Voyez, au Dictionnaire, Ligures.

tions le rapportent (i), soit pour toute autre cause, des monuments irrécusables montrent leur intervention en Aquitaine (2).

Les Grecs, les Romains, les Germains, dans ce que nous en savons, appartiennent exclusivemenl à l'histoire, La part de la domination romaine est immense.

(5) La légende conduit Hercule au Centre de la France, où il aurait fondé Alesia [Diodore, L. IV). Inutile de rappeler qu'Hercule est la personnification des Phéniciens.

(1) Voyez, au Dictionnaire, Belisama, Ilhun, etc.

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