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L'AQUITAINE A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE

Le pays était si peu soumis que, moins de vingt ans après (3j avant n. e.), Agrippa dut exécuter une expédition sur les rives inférieures de la Garonne (i). Dix ans encore s' étant écoulés, Auguste accomplit l'annexion, mais en principe seulement, par la suppression des anciennes distinctions d'amis, d'alliés, de tributaires (an 27); le décret eut un commencement d'exécution, lorsque Auguste entreprit la guerre de Cantabiie (an 23). Mais c'est à Messala Corvinus (an 17) qu'échut la gloire d'assujettir « la Tarbelle Pyrèné et d'humilier l'Adour. » (2) Les honneurs du triomphe, accordés à ce général, témoignent qu'il fut le premier conquérant de l'Aquitaine jusqu'alors indépendante (3).

Enfin, quatre ans plus tard (an i3 avant n. e.), les Gaules, définitivement annexées à l'Empire, reçurent une nouvelle organisation. Le peu d'informations que nous possédons sur l'œuvre d'Auguste montre qu'il

(1) Appien, Guerres civiles, v.

(2) Hune fore Aquitanas possit qui fundere gentes

Quem tremeret forti milite victus Atur.

Tarbella Pyrene

Testis.

Ainsi s'exprime Tibulle, Elégies, 1, 8, qui accompagna Messala dans cette campagne.

(3) Le triomphe n'était accordé qu'au général qui avait remporté la vietoire sur un peuple étranger, Justoet hostili bello, et avait tué au moins 5, 000 hommes dans une action. Il fallait aussi avoir accru le territoire de l'empire, et non pas simplement avoir recouvré ee qui avait été perdu : cela exclut le cas d'insurrection. Cf. Valére Maxime, n, 3, 1 ; Rosini, etc.

s'inspira des idées de César : on conserva la Narbonnaise et la Belgique : mais la Celtique fut divisée en deux parts : la première nommée Lyonnaise, la seconde réunie à l'Aquitaine, dont elle prit le nom. On eut ainsi quatre provinces ou grands commandements, l'organisation d'Auguste étant surtout militaire. Soixante civitates, plus grandes que nos départements, répondirent à l'organisation civile.

L'antique Aquitaine, la vraie, celle de César et la nôtre, fut subdivisée en quatre civitates, qui conservèrent un caractère ethnique ; autour du peuple le plus important de la région, l'on groupa les voisins plus petits ou moins bien placés (i); mais la distinction en peuples survécut pendant un siècle. Il est vrai que Strabon, Mêla et même Ptolémée ne mentionnent que les grandes divisions d'Auguste ; mais le premier reconnait que l'Aquitaine comprenait plus de vingt peuples divers. Ce n'est pas assez : il y en avait trente et Pline a conservé les noms de la presque totalité (2). Entouré de documents administratifs où les Romains excellaient, et quoique ayant bien d'autres choses en tête, le grand encyclopédiste trouve le moyen de travailler avec quelque méthode : en tenant compte des procédés cartographiques de l'époque, on voit qu'il part du N. E., qui est notre nord ;

(1) Tarbelli, partie occidentale des Landes et Basses-Pyrénées. Ausci, Gers et Sud-Onest de la Haute-Garonne.

Vasates, Sud-Est de la Gironde, Est des Landes. Convena, Hautes-Pyrénées, Sud de la Haute-Garonne, Ariége.

Des fractions furent détachées en faveur des Tolosatcs, des Nitiobriges et des Biturigei Vivisci.

(2) M. Desjardins, Géogr. de la Gaule, suppose que Pline emprunte ses noms aux Commentaires d' Agrippa.

Mémoires de la Soc. d'Etlin. — I. — 1884. "28

longe d'abord la rive de la Loire vers l'O.; puis, les côtes de l'Océan jusqu'aux Pyrénées (i). Ensuite, selon la méthode du temps, il fait volte-face et, du S. Est qui est notre sud, se transporte au bord de la Garonne, par les collines; puis, il descend le cours de l'Adour, parallèlement aux Pyrénées ; enfin, il va des Pyrénées, à travers les Petites Landes, jusqu'à Bordeaux. Le surplus est un complément dont je n'ai point à examiner la valeur.

Le tableau ci-contre traduit les intentions de Pline. L'Aquitaine de César, la future Novempopulanie, tient une place bien plus considérable que le reste de la province : probablement, Pline est sous l'impression des données fournies par les conquérants postérieurs à César.

L'occupation romaine transforma lentement les mœurs de la Gaule. L'oppide, camp retranché servant de refuge en cas d'invasion, fit place à la ville habitée d'une façon permanente, urbs, centre de la cimtas ou arrondissement administratif et commercial (2) : les peuples reçurent le nom du centre ou leur imposèrent le leur. Accomplie dès le Ier siècle après notre ère, l'évolution fut consacrée par Hadrien qui, en 120, substitua quatorze provinces aux grandes divisions d'Auguste. Dans cette organisation, l'Aquitaine d'Auguste est partagée en trois provinces, dont la troisième est à peu près l'Antique Aquitaine primitive ; cela paraît dans l'Itinéraire d'Antonin. Un demi siècle plus tard, vers le temps de Dèce, la distribution ecclésiastique adopta les circonscriptions civiles.

(1) Dans les idées antiques, les points cardinaux opéraient un quart de conversion à gauche.

(2) Civitas, arrondissement ; pagus, canton ; vicus, commune ; mais il ne faut pas s'y fier.

L'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem confirme cet état de choses (1). Constantin, sans toucher aux divisions intérieures, avait mis sous la main d'un seul Préfet la presque totalité des pays celtiques : Gaule, Espagne, Grande Bretagne formaient l'une des quatre grandes divisions de l'Empire.

On ne sait à quelle époque parut le nom de Novempopulanie (2). Ammien- Marcellin le prononce, à la date de 335 ; il devient officiel, sous Valentinien (3). Théodose le consacre : portant à dix-sept le nombre des provinces de la Gaule, il rend à la Novempopulanie une partie des territoires qui en avaient été distraits : les civitates sont douze au lieu de neuf. Cette organisation a pris le nom d'Honorius, parce qu'elle est reproduite en deux documents datant des premières années de son règne (4). Le plus récent divise la Gaule en deux catégories (5) ; dans la seconde, on voit, sous le nom des « sept provinces », les populations du Midi et du Centre où les institutions romaines avaient trouvé le meilleur accueil. La Novempopulanie est la quatrième de ces provinces : ses subdivisions, successivement politiques et ecclésiastiques, sont indiquées dans le tableau ci-contre.

Honorius ne jouit pas longtemps d'une aussi belle ordonnance : six ans plus tard, dès le iep janvier 407, Alains, Suèves et Vandales ravagent la Gaule, d'où ils passent en Espagne. Les Burgundes les suivent de près et s'établissent dans l'Est. Dans les dix ans qui suivent, ce n'est qu'invasions

(1) On lui suppose la date de 333.

(2) Voyez, au Dictionnaire, Novempopulania.

(3) Ammien-Marcellin, I, xv. — Festus Rufus, Breviarium, dédié à l'empereur Valcns. en 368.

(4) La Notifia dignitaium Impcrii nomme noire pays Novempopulana ; la Notifia Provinciarum et Civitatum Gallia reprend le titre de Novempopuli, employé par Ammien. Elles passent pour être des années 400 et 401.

(5) Provinciœ Gallican a et Septem Prov'mciœ.

2l6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE

de Goths et usurpations de tyrans obscurs. Enfin, en 417 et 419, Honorius cède aux Wisigoths établis en Espagne l'Aquitaine, « depuis Toulouse jusqu'à l'Océan » (1). La tradition veut que le dernier roi, Alaric II, ait transporté le siège de son gouvernement à Aire-sur-1'Adour, où il aurait promulgué son abrégé du Code théodosien (2). L'année suivante (507), la bataille de Vouillé, où il périt, livra aux Francs l'Aquitaine et la majeure partie des autres possessions des Wisigoths dans les Gaules. Selon l'usage, les Wisigoths s'étaient emparés des deux tiers de la propriété territoriale, tout en laissant aux indigènes leurs juges et leurs lois : cet état de choses disparut d'autant plus facilement, que leur expulsion fut complète, en Aquitaine du moins, où il n'en resta que de misérables débris rélégués dans les faubourgs des villages (3).

Clovis, après sa victoire, ayant passé l'hiver à Bordeaux, reçut, au printemps suivant (508), la soumission de la Novempopulanie ; puis, il se fit reconnaître à Toulouse. La domination des Francs fut du nombre de celles que l'on qualifie d'occupations restreintes, c'est-à-dire limitées à quelques points principaux : Bayonne, Dax,Comminges. Les doutes qu'on a opposés tombent devant ce fait, que les évêques qui avaient fait partie du concile d'Agde, réuni par Alaric en 506, ou leurs successeurs, assistèrent aux synodes convoqués par les rois Francs, au vie siècle. (4).

(1) Idace, Chronique. — Isidore et Prosper disent : l'Aquitaine et quelques cités voisines. — Le fait a été contesté, en ce qui concerne quelques parties des montagnes, parce qu'en 466, Evaric les ravagea ; mais cette exécution paraît se rattacher à l'esprit hostile que son arianisme y avait soulevé et qui survécut jusqu'à l'expulsion des Wisigoths, en 507. — Cf. Marca, Hist. de Béarn, I, 3.

(2) Voyez au Dictionnaire, Attires et Viens Juïius.

(3) Les Cagots, dont le nom signifierait .: chiens de Goths. Il est possible que le Moyen- Age ait confondu ces maudits avec les Lépreux d'Orient et même les Bohémiens. En Bretagne, on donne le surnom de Kakenrx aux cordiers et aux tonneliers, qui passent pour lépreux ..et descendants des juifs dispersés après la destruction de Jérusalem par Titus.

(4) Marca, Hist. de Béarn, I, 17, 18 ; Orléans, 511, $33, 541, 549; Màcon, 585.

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