PREMIERE PARTIE l'J
religion est faite pour l'Etat... » Et ailleurs : « quand l'Etat a prononcé, l'Eglise n'a plus rien à dire ' ».
La religion civile de Rousseau. — Tous les philosophes sont d'accord au fond sur cette conception de l'Etat ' ; mais aucun d'eux ne l'a exposée d'une façon plus précise et plus systématique que Jean-Jacques dans son Contrat Social. Pour Rousseau, l'État doit être avant tout une personne morale. Le Contrat qui lui donne l'existence, l'être, est .<iaint. Saint, cela ne veut pas dire seulement « obligatoire et impératif» \ mais digne d'un respect religieux comme une chose de nature à faire le bien de l'humanité.
Personne morale, l'État a des devoirs moraux à remplir. Le premier de ses devoirs est justement de préparer le bonheur de ses membres, le bonheur dans tous les sens du terme. La tin de l'État c'est le bien commun *. L'Etat est matière et instrument de bonlieur comme la Religion. Son contrat constitutif est saint par détinition, car si ce contrat n'était pas saint, c'est-à-dire conforme à la loi morale, expression définitive du bonheur commun, il ne pourrait pas donner naissance à un État véritable, à un Etat légitime, à une personne morale.
Comment l'État remplira-t-il sa mission morale et providentielle ? Par la Loi. La Loi est le moyen par lequel l'État poursuit sa tin, qui est le bonheur commun. La Loi est par détinition l'expression de la volonté générale, qui est ellemême identique à l'intérêt général. Les hommes, étant corrompus, sont incapables de comprendre leur véritable intérêt et par suite d'avoir une volonté générale conforme au bien commun, par suite encore de faire eux-mêmes la Loi. On aura donc recours à des hommes élevés par leur intelligence
1. Cité par M. Aulard, Le Culte de la Raison. . ., p. 8 et lo.
2. Voir les textes réunis par M. Aulard dans le chapitre P'' de son Culte de la Raison : Les Philosophes.
3. Gomme l'explique le dernier éditeur du Contrat. M. Georges Beaulavon (Paris, igoS, in-8), p. i33, note i.