‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 12 sur 97 · Livre P% chap. I", p. i45 de l'édition Beaulavon · texte numérisé non relu

Livre P% chap. I", p. i45 de l'édition Beaulavon

l8 LES ORIGINES DES CTJLTES REVOLUTIONNAIRES

et leur moralité au-dessus de rhiimanité, à des Législateurs qui prépareront dans le recueillement le Contrat social, la Constitution idéale, la Loi. « Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes. » (livre II, chap. VII). « Celui qui ose entreprendre d'instituer un peuple doit se sentir en état de changer pour ainsi dire la nature humaine... » (ibid.). Le Législateur proposera la Loi au peuple comme Moïse l'a proposée aux Hébreux (comme Rousseau l'a proposée aux Polonais et aux Corses). Cette Loi portera en elle-même une telle force persuasive qu'elle sera non seulement adoptée par le peuple mais vénérée par lui, sinon à l'instar d'un don surnaturel, du moins comme l'expression « d'une raison sublime. »

Il n'y a pas de place dans une pareille conception de l'Etat pour des religions particulières. Rousseau regrette la séparation du système politique et du système religieux, résultat du triomphe du christianisme (livre IV, chap. III).

Comme Hobbes, il veut « réunir les deux têtes de l'aigle et tout ramener à l'unité politique, sans laquelle jamais Etat ni gouvernement ne sera bien constitué. » Les Saint-Simoniens, Auguste Comte rêveront le même rêve.

Mais comment dans la pratique supprimer l'opposition des deux royaumes, du spirituel et du temporel, rendre à l'État les attributions morales dont l'Eglise l'a dépouillé? Rousseau répond : par la religion civile. Il ne s'agit pas du tout de constituer de toutes pièces une religion nouvelle. Nullement.

La religion civile de Rousseau n'est pas à créer, elle a toujours existé, elle est aussi ancienne que l'homme même, elle est le fond commun de toutes les religions, de toutes les sociétés. Une société ne peut pas vivre sans un minimum de postulats acceptés comme d'instinct par tous ses membres et c'est là, pour le dire en passant, une vue très profonde. Pour établir la religion civile qui donnera à l'Etat la force morale qui lui est nécessaire, le Législateur n'aura qu'à dégager de la masse des superstitions et des préjugés qni les ont recou-

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