‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 13 sur 97 · PREMIERE PARTIE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE I

verts ces quelques postulats simples, indiscutables qu'on retrouve à la base de l'humanité : « l'existence de la Divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, la sainteté du Contrat social et des lois. .. »

Rousseau espère bien — sans qu'il le dise ouvertement — que cette religion civile ou naturelle supplantera peu à peu en les rendant inutiles les religions positives, toutes inciviles. Son État est à la l'ois religieux par la mission morale qui est sa raison d'être et anti-religieux par son action nécessaire, quoique tolérante, contre les anciens cultes qui sont autant d'obstacles à l'accomplissement de sa mission.

Si cette interprétation du Contrat est valable, on comprend mieux, ce me semble, la place de la religion civile dans l'ensemble du système. La Loi est la volonté générale, dit Rousseau, mais pour que la Loi soit réellement la volonté générale, pour qu'elle n'opprime pas les individus, il faut qu'elle soit autant que possible acceptée par eux tous librement et sciemment. Comment en sera-t-il ainsi s'il n'y a pas accord préalable entre eux sur les principes mêmes de la société? Tout se tient donc logiquement dans cette conception. Otez la religion civile à l'Etat de Rousseau et vous lui enlevez du même coup la possibilité, l'être.

Cette conception de l'État n'était ni originale, ni singulière dans son temps. Tous les philosophes du XYIII^ siècle l'ont admise implicitement. Tous ont cru que la Loi pouvait et devait être un instrument de bonheur, tous ont proclamé que l'État avait une mission morale à remplir.

De quel droit auraient-ils mis l'Église sous la surveillance de l'État, s'ils n'avaient pas attribué à celui-ci un idéal supérieur ?

Les Révolutionnaires ne tirent qu'appliquer dans leurs constitutions et leurs lois ces données théoriques qui, sans être particulières à Rousseau, n'ont été par personne formulées avec autant de rigueur. L'institution de leurs cultes civiques ne sel^a que la réalisation imprévue et presque

inconsciente, puis voulue et systématique du dernier chapitre du Contrat social.

La foi révolutionnaire, ses premières manifestations. — La convocation des États Généraux donna aux doctrines des philosophes, qui flottaient dans l'air, l'occasion d'entrer dans la pratique, de subir l'épreuve des faits, et les transforma peu à peu, de simples vues de l'esprit qu'elles étaient encore, en véritables croyances religieuses.

Au début de 89, il semble que les Français, en proie à un fébrile enthousiasme, vivent dans l'attente d'un miracle qui va changer la face de la terre. Les députés, qu'ils ont envoyés aux États-Généraux, sont les artisans de ce miracle. Ils ont reçu mission d'opérer la régénération, non pas seulement de leurs concitoyens, mais de l'espèce humaine tout entière. Ce mot de régénération revient sans cesse dans tous les documents de l'époque, sous la plume des plus savants comme des plus ignorants, et particulièrement dans les centaines d'adresses à l'Assemblée nationale.

Le législateur prêtre du bonheur social. — Les premiers actes des « législateurs », c'est ainsi qu'on appelle ces prêtres du bonheur social, leur résistance aux projets des aristocrates, le 14 juillet, la nuit du 4 août ne font que justitier et qu'accroître la confiance mystique que le peuple a mise en eux. A ceux d'entre eux, même les plus humbles, qui meurent, des honneurs funèbres sont prodigués'. Les simples s'ingé-

I. Honneurs funèbres rendus à Besançon à M. Blanc, premier député du Tiers-Etat de cette ville, décédé à Versailles au mois de juillet. A Besançon, le 18 Juillet 1789 (Bibl. de la Ville de Paris, 12.272). Sous forme de lettre non signée. On lit p. 7 : « Si de tels honneurs ont été dus et conférés à ïxm de MM. les députés, à raison de la fermeté que tous ont montrée jusqu'ici (car on n'a eu en vue que de les honorer tous en la personne de l'un d'eux), à quoi ne doivent-ils pas prétendre et s'attendre s'ils deviennent artisans de notre bonheur, par des règlements sages et utiles ? »

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