PREMIÈRE PARTIE a
communes espérances de la foi nouvelle. « Chaque progrès de la Constitution des grands Etats dans leurs lois, dans leur gouvernement agrandit la raison et la perfectibilité humaine. Elle vous sera due, cette époque fortunée, où tout prenant la place, la forme, les rapports que lui assigne l'immuable nature des choses, la liberté générale bannira du monde entier les absurdes oppressions qui accablent les hommes, les préjugés d'ignorance et de cupidité qui les divisent, les jalousies insensées qui tourmentent les nations et fera renaître une fraternité universelle sans laquelle tous les avantages publics et individuels sont si douteux et si précaires. C'est pour nous, c'est pour nos neveux, c'est pour le monde entier que vous travaillez, vous marcherez d'un pas ferme, mais mesuré vers ce grand œuvre . . . Les peuples admireront le calme et la maturité de vos délibérations et l'espèce humaine vous comptera au nombre de ses bienfaiteurs ...»
Rabaut Saint-Etienne dira enfin, le i8 août, qu'il faut que la Déclaration devienne « l'alphabet des enfants ». « C'est avec une si patriotique éducation, continue-t-il, qu'il naîtrait une race d'hommes forts et vigoureux qui sauraient bien défendre la liberté que nous leur aurions conquise. »
Faut-il rappeler que le préambule de la Déclaration commence ainsi : « l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements », et que l'article II renferme cette phrase : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme », droits dont l'exercice, nous a dit Target, constitue le bonheur social ?
Il y a donc en résumé une foi politique, dont les dogmes principaux ont été enseignés par les philosophes :
L'Etat peut et doit assurer le bonheur social. La loi, œuvre des législateurs, est l'instrument de ce bonheur. Comme telle, elle a droit à tous les respects. C'est une sorte de talisman protecteur qu'on ne saurait trop vénérer. « Non seulement, le peuple doit observer la loi, mais il doit l'adorer.
a4 LES ORIGINES DES CULTES RÉVOLUTIONNAIRES
Le patriotisme n'est en eflet qu'un sacrifice perpétuel à la loi, en un mot, tant que le nom de la loi ne sera pas aussi sacré que celui des autels et aussi puissant que celui des armées, notre salut est incertain et notre liberté chancelante...* »
« L'Évangile fonda la Religion des consciences, précise G. Romme. la Loi est la Religion de l'État, qui doit avoir aussi ses ministres, ses apôtres, ses autels et ses écoles...^». « La Loi est mon Dieu, je n'en connais point d'autre » , s'écrie le fougueux Isnard à la tribune de la Législative '. « Le premier des cultes, c'est la Loi » répète P. Manuel. '* »
La foi nouvelle inspire des inquiétudes au clergé. — Bien qu'entraîné au début par l'enthousiasme général, le clergé sentit pourtant confusément que la foi nouvelle pourrait bien être à bref délai une ennemie ou tout au moins une rivale pour la foi ancienne. A la séance du 3 août 1789, l'évêque de Chartres émit la crainte que la Déclaration n'éveillât l'égoïsme et l'orgueil au cœur des Français et il demanda qu'on la fît précéder « de quelques idées religieuses noblement exprimées ». « La Religion ne doit pas, il est vrai, être comprise dans les lois politiques, mais elle ne doit pas y être étrangère ». — L'abbé Grégoire à son tour vint plaider le 18 août la cause de la Divinité. L'assemblée, à l'en croire, n'avait pas paru assez se soucier des droits de la Religion. Mais personne alors ne fit attention à ces craintes.
Caractère religieux de la foi nouvelle. — Pour qu'une croyance, commune à un même groupe d'hommes, ait le
I. Feuille Villageoise^ avis précédant la seconde année (1791).
2 Lettre de G. Romnie à la Feuille Villageoise, n» du 21 juillet 1791.
3. Séance du 14 nov. 1791, cité par Sciout, Histoire de la Constitution civile du clergé, 1872-81, 4 ^ol- in-8, t. III, p. 5o, note, d'après le Journal des débats et décrets.
4. Proclamation adressée aux Parisiens après le 10 août, citée par Sciout, ibid., t. in, p. 223.