PREMIERE PARTIE
identique en son fond. Les Déclarations des Droits de 1793 et de l'an III ne difï'èrent pas essentiellement de celle de 1791. Elles reposent toutes les trois sur la même conception de l'État-Providence. Toutes les trois aussi, elles considèrent les droits politiques comme le prolongement des droits naturels. La tendance morale est seulement plus forte dans celle de Tan III que dans les deux autres.
Pendant tout le cours de la Révolution, les législateurs, ces « premiers organes des lois de la nature ». gardent la plus haute idée de leurs fonctions. « Représentants du peuple, s'écrie Manuel le 21 septembre 1792, la mission dont vous êtes chargés exigerait et la puissance et la sagesse des dieux. Lorsque Cinéas entra dans le Sénat de Rome, il crut voir une assemblée de rois. Une pareille comparaison serait pour vous une injure. Il faut voir ici une assemblée de philosophes occupés à préparer le bonheur du mondée » — « Notre mission est grande: elle est sublime, » ajouta Couthon à la même séance. Le lieu des séances de l'Assemblée s'appelle couramment le « temple de la Constitution », et l'expression n'est pas seulement une périphrase pompeuse. On imprimait en livrets d'un petit format le texte de la Constitution, afin que chacun put le porter sur soi, comme un bréviaire ou un livre sacré. A la première séance de la Législative, douze vieillards allèrent en procession quérir le livre de la Constitution. Ils revinrent, ayant à leur tête l'archiviste Camus, qui portait, à pas lents, en le soutenant de ses deux mains et en l'appuyant sur sa poitrine, le nouveau Saijit- Sacrement des Français. Tous les députés se levèrent et se découvrirent. Camus garda les yeux baissés , l'air recueilli.
En l'an III encore, quand la foi révolutionnaire était déjà bien tombée, le député Rouzet définissait en ces