I. Moniteur, réimp., t. XIV, p
a8 LES ORIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES
termes l'état d'esprit des auteurs de la première Déclaration des Droits : « L'Assemblée constituante crut devoir garantir son ouvrage par l'établissement d'une sorte de culte politique, qui entretient dans l'âme des régénérés l'inquiétude inséparable de toutes les grandes passions, et la table des Droits de l'homme fut le talisman avec lequel elle se promit de conserver le feu sacré qu'elle avait si facilement allumé... ' » On ne saurait mieux caractériser ce culte politique, imprécis d'abord et inconscient, qui naquit avec la Révolution, qui se précisa ensuite, s'agrandit et s'extériorisa dans les cultes révolutionnaires proprement dits.
Jusqu'à la tin de la Révolution, la pratique des serments civiques resta strictement obligatoire. Ainsi le citoyen rendit témoignage de son adhésion aux dogmes nécessaires à la vie de la société, à la bonne marche des institutions, considérées comme sacrées. Ainsi le magistrat promit de se consacrer tout entier au bonheur commun. Ainsi furent départagés les bons et les méchants, les tidèles et les profanes, ceux-ci frappés d'incapacités, traités en suspects, en coupables, en sacrilèges. C'est par un serment que s'était constituée, le 20 juin 1789, l'Assemblée nationale, c'est par un serment que la Convention ouvrit sa première séance, par un serment que s'était terminée l'insurrection du 10 août, que commença celle du 3i mai. C'est par des serments qu'au temps du Directoire les patriotes crurent enrayer la réaction royaliste et réveiller la foi politique '-. Les fonctionnaires qui refusaient le serment furent considérés comme ennemis de l'Etat, rebelles aux lois. Le député Delleville demanda qu'ils fussent déportés (11 ventôse an IV), et la peine fut inscrite dans la loi. Les électeurs eux-mêmes, comme on l'a vu.
1. Convention, séance du 16 messidor an III, dans le Moniteur, réimp., t. XXV, p. 149.
2. Le 22 nivôse an IV, le député Duhot fit décréter que les Cinq Cents jureraient tous les ans, au 21 janvier, haine à la royauté. Le même serment fut exigé de tous les fonctionnaires.