PREMIERE PARTIE
étaient astreints au serment, sous peine de la privation des droits civiques.
Par le mysticisme qui s'y mêle, par les espérances de bonheur ([u'elle suscite, par son caractère oblig-atoire, par sa continuité, il semble donc ([ue la foi ré\ olutionnaire a toutes les apparences d'une foi relij^ieuse.
Le symbolisme révolutionnaire . — Mais ce qui achève de justitier cette identilication, c'est que la foi révolutionnaire, à l'exemple de la foi religieuse, s'exprima extérieurement, presque dès le début, par des symboles définis et exclusifs et qu'elle s'accompagna en même temps de pratiques, de cérémonies rég-ulières, qu'elle fut liée à un culte.
Le symbolisme révolutionnaire, qui s'est formé comi*ne au hasard, sans idées préconçues et sans plan d'ensemble, avec une spontanéité remarquable, au cours des années 1789, 1790 et 1791, fut l'œuvre commune de la bourgeoisie et du peuple. La bourgeoisie, élevée et comme baignée dans la culture classique, hantée des souvenirs de la Grèce et de Rome, emprunta généralement à l'antiquité les objets, les légendes, les emblèmes les plus propres à manifester au dehors ses espérances et à servir de signes de ralliement aux partisans de l'ordre nouveau. Comme elle était accoutumée à se réunir dans les loges, alors fort nombreuses, elle joignit à ses emprunts classiques quelques adtUtions maçonniques. Enfin elle copia naturellement les cérémonies de l'ancien culte. Mais le symbolisme ainsi inventé fût resté froid, académique, si le peuple, en l'adoptant, en le faisant rapidement sien, ne lui avait communiqué chaleur et vie.
La cocarde. — Le premier des symboles révolutionnaires fut la cocarde tricolore arborée dans la période de tièvre qui suivit le i4 juillet. La nouvelle de l'outrage fait au signe patriotique par les gardes du corps à Versailles suttit
3o LES ORIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES
pour provoquer l'émeute des 5 et 6 octobre. De Paris, le culte des trois couleurs se répandit comme une traînée de jpoudre dans toute la France. Les Fédérations arborèrent avec orgueil le drapeau tricolore, et le cœur des foules battit plus vite à sa vue. A la Fédération de Strasbourg (i3 juin 1^90), des bons villageois demandèrent avec attendrissement comme une faveur d'être admis à toucher le drapeau des gardes nationales. Les couleurs de la nation ne tardèrent pas à remplacer universellement les couleurs du Roi. Le Roi lui-même dut arborer le signe de la religion nouvelle et faire défense, le 29 mai 1^790, de porter d'autre cocarde que la nationale.
Bientôt une série de mesures législatives rendirent le signe obligatoire pour tous les citoyens ' et même pour toutes les citoyennes '.
Autels de la Patrie. — En même temps qu'ils symbolisaient leur foi dans les trois couleurs, les Français élevaient de toutes parts sur les places publiques des autels de la Patrie. Le premier de ces monuments fut sans doute celui que le franc-maçon Cadet de Vaux tit construire dans sa propriété de Franconville-1 a-Garenne au début de 1790. « Elevé sur un tertre formant un bois sacré », cet autel fait d'un seul bloc de pierre avait la forme triangulaire. Il était surmonté de « faisceaux d'armes, avec leurs haches. » — Au milieu se dressait « une pique de 18 pieds de hauteur surmontée du bonnet de la Liberté, ornée de ses houppes. » — La pique supportait « un bouclier antique offrant d'un côté l'image de M. De La Fayette avec cette légende :
Il hait la tyrannie et la rébellion.
(Henriade.)
de l'autre une épée, des étendards en sautoir, le tout en métal fondu ». Sur les trois faces de l'autel on lisait ces inscriptions :