‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 21 sur 97 · PREMIÈRE PARTIE 3l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE 3l

« Il fut des citoyens avant qu'il fut des maîtres, Nous rentrons dans les droits qu'ont perdus nos ancêtres. »

(Henriade.)

Nous allons voir fleurir la Liberté publique. Sous l'ombrage sacré du pouvoir monarchique.

(Voltaire, Brut us.)

On s'assemble, on conspire, on répand des alarmes. Tout bourgeois est soldat, tout Paris est en armes \

(Henriade.)

L'autel de la Patrie eut une fortune aussi rapide que la cocarde nationale. En quelques mois il fit le tour de France. Tantôt c'était un riche particulier qui en dotait ses concitoyens-, tantôt c'était une souscription publique qui en faisait les frais, tantôt encore il était construit par les citoyens de toutes les classes qui maniaient la pelle et la pioche avec un bel entrain patriotique. Ses formes varièrent avec les ressources des localités, le goût et le caprice des habitants. Mais partout il fut le lieu de réunion préféré des patriotes , le but de leurs pèlerinages civiques , le premier et le plus durable sanctuaire de la nouvelle religion'. Légiférant sur un fait accompli, la Législative décréta, le 2t) juin 1792, que « dans toutes les communes de l'Empire, il serait élevé un autel de la Patrie, sur lequel serait gravée la Déclaration des Droits avec l'inscription : Le citoyen naît, vit et meurt pour la patrie. »

Les autels de la Patrie, qu'on appelait aussi autels de

1. D'après le procès-verbal intitulé: Cérémonie religieuse et civique qui a eu lieu le 26 juin lygs en l'honneur de Gouvionà Franconville-la-Garenne, s. d. in-8, II p. Bib. nat., Lb39 6012.

2. Gomme à Autun. Voir l'article de M. Le Téo, Etude sur l'Autel de la Patrie d' Autun dans La Révolution française, 1889, t. XVII, p. 187 et suiv.

3. Dès le début l'autel de la Patrie fut environné d'un respect religieux. Le 6 décembre 1790, des écoles du Collège irlandais ayant renversé en jouant ['un des vases de l'autel de la Patrie au Champ-de-Mars, les patriotes crièrent à la profanation et demandèrent un sévère châtiment des coupables. (Tourneux, Bibliographie, t. I" . n"* 2087 et suiv.).

Sa LES OUIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES

la LiheL'lô, resteront debout jusqu'aux premiers jours de l'Empire.

Arbres de la Liberté. — A peine les autels de la Patrie étaient-ils dressés que les arbres de la Liberté venaient les ombrager. D'après Grégoire, le premier qui fut planté en France l'avait été par Norbert Pressac, curé de Saint-Gaudens, près Civray, en Poitou. « En mai 1790, le jour de l'organisation de la municipalité, il fit arracher dans la forêt un chèneau de belle venue et le fit transporter sur la place du village où les deux sexes réunis concoururent à le planter. Il les harangua ensuite sur les avantages de la Révolution et de la Liberté .... » '

Le récit de Grégoire, puisé d'ailleurs dans le Moniteur -, est sans doute matériellement exact, mais il est certain que les paysans du Périgord, imités peut-être dans d'autres régions de la France, n'attendirent pas l'exemple du curé poitevin pour planter le mai libérateur : « L'arbre de mai, ce mât traditionnel, point de ralliement des paysans les jours de fêtes votives » ^ devint en Périgord un symbole révolutionnaire dès le mois de janvier 1790. « Sous une forme plaisante, dit M. G. Bussière, il donnait aux seigneurs d'originales remontrances, il leur rappelait notamment leur façon abusive de mesurer et de cribler le blé des rentes , on y suspendait des cribles, des balais, des mesures de grains, des radoires, des plumes de volaille et, suprême ornement, des girouettes, de quoi rabattre l'orgueil du châtelain.... Ces plantations des mais, comme la forêt qui marche, faisaient leur descente du Nord au Midi par les vallées de la Dordogne, de la Gorrèze, de la Vézère, se répandaient sur les rives, gagnaient peu à peu les coteaux, proclamaient à tous les vents la déchéance de la féodalité ^ ».

1. Histoire patriotique des arbres de la liberté rééditée par Charles Dugast, Paris, i833, in-S", p. s'il et suiv. Bib. de la Ville de Paris, 8242.

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