G. Bussière, ibid
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Les arbres de la Liberté devinrent très vite populaires. Les patriotes les entourèrent d'une vénération ombrageuse et bientôt punirent de peines sévères ceux qui les mutilaient. C'est ainsi que, par son arrêté du 22 germinal an IV, le Directoire ordonna au Ministre de la Justice d'exercer des poursuites contre les délinquants ou plutôt les criuiinels de cette espèce et de leur faire appliquer « les lois portées contre toute espèce de crime contrerévolutionnaire et attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple français ». Deux ans après, la loi du 24 nivôse an VI punit de quatre ans de détention « tout individu convaincu d'avoir mutilé, abattu ou tenté d'abattre ou de mutiler un arbre de la Liberté ' ».
Considérée comme des choses sacrées, la mort des arbres de la Liberté était une calamité, un deuil public. L'un d'eux ayant été coupé à Amiens, pendant la mission d'André Dumont, le tronc fut porté à la mairie « couvert d'un drap noir », précédé d'une musique et suivi par un cortège de 9.000 hommes en armes ".*
De tous les symboles révolutionnaires, l'arbre de Ja Liberté sera peut-être le plus vivace dans l'àme populaire. Il reparaîtra un instant en 1848. Il reparaît même de temps à autre de nos jours.
Antres symboles. — Les Tables de la Déclaration des Droits, les Tables de la Constitution, gravées sur le métal ou sur la pierre, furent à leur tour offertes à la vénération publique. Les vieillards les portaient sur des brancards et les déposaient sur l'autel de la Patrie. Là, le président de la fête les élevait dans ses mains, comme
1. La même loi spéciliait dans son article 111 : « A l'avenir toute commune dans l'arrondissement de laquelle un arbre de la Liberté aura été abattu, ou aura péri naturellement, sera tenue de le remplacer dans la décade, sauf à renouveler cette plantation, s'il y a lieu, par un arbre vivace, dans la saison convenable, aux termes de la loi du 3 pluviôse an II ». L'époque du remplacement des arbres de la Liberté morts était (ixée à la fête du 21 janvier (art. II).
2. Aulard, Actes du Coiniié de Salut public, t. X. p. 546-547.
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le prêtre élevait l'ostensoir, et les présentait à la foule qui était admise à les adorer pendant le reste du jour.
Presque partout, l'unité de la Patrie fut représentée par le faisceau des 83 dépaj^tements , la Liberté conquise par une de ces Bastilles en miniature que le patriote Palloy avait fait creuser dans les pierres de la forteresse, ou encore par la pique, par le bonnet phrygien dont l'usage se répandit dès la tin de 1790. Le l)onnet phrygien, plus communément appelé bonnet de la Liberté, bonnet rouge, apparaît déjà à la Fédération de Lyon, où il est porté au bout d'une lance tenue par une déesse de la Liberté (3o mai 1790), à la Fédération de Troyes (8 et 9 mai 1790) où il coiffe une statue de la Nation. Le Niveau, ce vieux signe de la maçonnerie, symbolise l'Egalité dès l'année 1789. La Fraternité est figurée par les mains entrelacées, autre signe maçonnique.
Tels sont les principaux symboles dans lesquels s'incarna tout d'abord le patriotisme.
D'autres, la Nature, la Raison, les bustes des Martyrs de la Liberté, la Montagne, Vœil de la surveillance, etc., apparaîtront plus tardivement et passeront avec les circonstances qui leur auront donné naissance et les partis qui les auront imaginés.
On me demandera peut-être si j'ai le droit d'assimiler ces symboles révolutionnaires aux symboles des religions ordinaires. On me fera sans doute remarquer que ceux-là ne sont que de simples allégories, sans etïicacité propre, tandis que ceux-ci sont pourvus aux yeux de leurs lidèles de vertus spécifiques. Je répondrai que je ne méconnais nullement les différences foncières qui séparent la religion révolutionnaire des religions révélées. Evidemment, le patriote qui arborait la cocarde nationale n'attribuait pas généralement à ce morceau d'étoffe le pouvoir de faire des miracles, et, à cet égard, son état d'esprit était autre que celui du catholique qui suspend à son cou une médaille bénie ou quelque précieuse relique. Il n'en est pas moins