PREMIÈRE PARTIE
visite du Roi, tut répété dans toutes les communes au milieu de cérémonies patriotiques. Entin, quand la Constitution fut achevée, une grande fête fut organisée à Paris pour la proclamation solennelle, le i8 septembre 1791. Les autorités se rendirent en cortège au Champ de la Fédération. Le Maire monta sur l'autel de la Patrie et montra aux citoyens le livre de la Constitution. Après la cérémonie, on donna à la foule le spectacle, alors très nouveau, de l'ascension d'un aérostat. Le soir, l'illumination fut générale. « Des guirlandes de feu réunissaient tous les arbres depuis la place Louis XV jusqu'au lieu appelé Etoile' ».
Le dimanche suivant, 25 septembre, la fête recommença et fut particulièrement brillante au rond-point des Champs- Elysées -.
La Constitution de l'jgi^ devait être proclamée plus solennellement encore à la grande Fédération du 10 août 1793.
Fêtes des bienfaiteurs et des martjyj^s de la Liberté. Fêtes funèbres. — Très vite les patriotes organisèrent des cérémonies d'actions de grâces en l'honneur de tous ceux qui avaient préparé la Révolution ou qui étaient morts pour elle. Avant Marat. Chalier et Le Pelletier, d'autres saints politiques, d'autres martyrs de la Liberté eurent leurs statues et leurs cultes.
Desilles. — Après la malheureuse affaire de Nancy, le 20 septembre 1790, une grande fête funèbre fut célébrée au Champ de la Fédération en l'honneur des gardes nationaux qui avaient péri en faisant rentrer dans l'ordre le^s Suisses de Chàteauvieux révoltés. L'officier Desilles, qui avait payé de sa vie ses efforts pour arrêter l'effusion du sang, était honoré d'un buste, couronné de feuilles de chêne, à la séance de l'Assemblée nationale du 29 janvier 1791. Un tableau représentant son action héroïque était commandé au peintre Lebarbier.
I. D'après le Moniteur, réimp., t. IX, p. ;7io. a. Moniteur, réimp., t. IX, p. 7;;4.
A cette occasion, le député Gouy tirait en quelque sorte la morale de ces honneurs posthumes décernés par la Révolution à ses martyrs et comparait les saints laïques aux saints religieux et aux grands conquérants.
« Jusqu'ici, disait-il, cette espèce de culte, cette apothéose, déférée par la reconnaissance et l'admiration, avait été réservée pour une autre classe de héros. C'était aux effigies consacrées par la fureur des conquêtes que se décernait cette pompe, que s'adressaient ces acclamations. Il serait digne de l'humanité, de la liberté, d'y associer enfin les martyrs du patriotisme, de faire aujourd'hui de ces cérémonies rémunératrices le prix des sacrifices civiques, dont les monuments viendraient ici vivifier ce temple de la Constitution. Une suite d'images comme celle qui reçoit aujourd'hui le tribut de vos larmes et de nos respects en seraient les gardiens les plus dignes, et, s'il était possible que cette Constitution régénératrice trouvât des ennemis, l'espoir d'occuper une place au nombre des demi-dieux dont vous auriez ici canonisé le premier, suffirait pour lui donner des imitateurs. . . »
Et Gouy proposait sans ambages de transformer les fêtes civiques en un instrument poUtique au service de l'Assemblée et des institutions nouvelles.
« Eh bien, de cette terre inanimée, il ne tient qu'à vous de créer des héros. C'est aux législateurs de l'Empire à féconder le germe qu'elle renferme dans son sein et que vos soins seuls peuvent faire éclore. Si la couronne civique, la plus honorable de toutes, ornait par vos ordres le front de la victime immolée au patriotisme, je ne doute pas que cet honneur suprême n'entlammàtles cœurs des Ôoo.ooo Français que vos décrets appellent à la sûreté ou à la défense de nos frontières. Je ne doute pas qu'il ne devînt un l)oiiclier inexpugnable contre les ennemis qui oseraient troubler nos utiles travaux et qu'une récompense aussi magnifique ne fût le rempart le plus sûr contre les adversaires présents cl futurs de la Constitution. . . »