‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 42 sur 97 · LE MOUVEMENT ANTICLERICAL SOUS LA CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT ANTICLERICAL SOUS LA CONSTITUANTE

L Les patriotes et la réforme du catholicisme. — La Constitution civile. IL Les curés réformistes et la question du mariage des prêtres. — La Feuille Villageoise.

III. Campagne anticléricale.— Anacharsis Cloots et la séparation de l'Eglise

et de l'État. — Naigeon. — Sylvain Maréchal et le Culte domestique. — Le Magistrat-Prêtre. — Pamphlets anticléricaux. — Le mouvement anticlérical inquiète les jacobins.

IV. La religion de la Patrie considérée comme un complément de la Cons-

titution civile. — Mirabeau et les fêtes nationales. — Talleyrand. — Conclusion.

Les patriotes et la réforme du catholicisme. — En 1789, personne ou presque personne parmi les révolutionnaires, même les plus avancés, ne songeait à attaquer de front le catholicisme et à lui opposer une religion nouvelle. Personne

OU presque personne parmi eux ne désirait séparer l'Eglise de l'État, tous étaient étrangers à l'idée d'un Etat entièrement laïque.

Ce n'est pas à dire cependant que beaucoup d'entre eux ne fussent pas des anticléricaux convaincus et décidés, qu'ils ne prissent pas à leur compte les critiques du Contrat social contre le christianisme, religion incwile. Mais pour des nécessités de tactique, parce qu'ils sentaient que la grande majorité du peuple était encore très croyante, ils remisaient leur anticléricalisme au fond de leur cœur et affectaient à l'occasion un grand respect du christianisme. Ce n'était pas de leur part pure affectation et pure tactique. Ils pensaient avec Rousseau, avec Voltaire, avec la grande majorité des philosophes que le peuple ayant besoin d'une religion, il eût été imprudent de lui enlever celle qu'il avait, avant qu'il fût mûr pour cette « religion civile » qu'ils considéraient comme la religion de la société future. Et, en attendant, ils feignaient d'accepter le christianisme, afin de le réformer, de l'épurer, de le mettre en harmonie avec la nouvelle institution politique, en un mot, afin de lui enlever peu à peu son caractère antisocial.

Dans ses Mémoires de l'Académie de Nîmes, parus en 89, Rabaut Saint-Étienne donnait de cette tactique une définition fort exacte, toute inspirée de Jean-Jacques : « Ce n'est point, dit-il, à détruire le ressort moral de la religion qu'il faut travailler. Il faut songer seulement à l'ôter des mains où il est si mal placé, et l'associer au ressort moral de la politique, en le mettant dans les mains de l'administrateur unique des intérêts sociaux ». Autrement dit, il faut mettre la religion sous la surveillance et le contrôle de l'Etat. Il faut constituer le catholicisme en religion nationale. Mais ce n'est là qu'un premier pas : « Diminuez, continue Rabaut, insensiblement les processions, les confréries, les cérémonies des places et des rues... Abolissez les annates, restreignez les assemblées du clergé, faites-les présider par un homme du Roi. Le temps viendra, après avoir subordonné le clergé au gouvernement, de rendre la Religion civile, de la faire concourir avec les lois.

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