Mémoires, t. I", p
4. On trouvera l'indication de quelques-uns dans Tourncux, Bibliographie, t. III, p. 386 et suiv. Parmi les premiers en date je citerai: Le cri de la nation à ses pairs ou Rendons les jirèli-es citoyens, par M. Hugou de Bassville, membre de plusieurs académies et du Comité du district des
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celle propagande se traduisit par des actes, et il y eut des prêtres qui n'attendirent pas ^3 pour prendre fenune '.
Sur d'autres [)oints encore, les j)rèlres rét'orniistes demandaient à compléter, à améliorer la Constitution civile. Carré, curé de Sainte-Pallaye (Yonne), demandait à l'Assemblée nationale de substituer à la liturg-ie latine une liturgie française et son adresse ne passait pas inaperçue \
Un curé, dont le nom n'a pas été conservé, donnait l'exemple dès 1790 de renoncer au costume ecclésiastique et se présentait « en habit bourgeois et en queue » au Club des Jacobins, où il était vivement applaudi. Le même curé avait fondé dans sa paroisse un club patrioti(|ue. Il faisait à ses ouailles un double catéchisme, « dans l'un, il expliquait les devoirs d'une religion sainte qui prêche la soumission et l'humilité; dans l'autre, il interprétait les décrets et inspirait à ses paroissiens, ses frères, ses amis et ses enfants, le respect
Filles Saint-Thomas, Paris, 1789, in 8", 86 p. (Bib. nat., Lb^o 2194); Le cahier des vœux et doléances de tous les gens de bien du baillage (sic) d'Aval, in-8', 8 p. (lîib. de la Ville de Paris, 132. 282). L'art. XIX de ce dernier pamphlet, entièrement rédigé en vers, est ainsi conçu :
Que faire seul au milieu des campagnes ?
L'esprit est faible et le diable est méchant.
A nos curés qu'on donne des compagnes.
Il est si doux d'embrasser un enfant !
1. L'abbé Bei-net de Bois-Lorette, aumônier de la Garde Nationale parisienne, bataillon de Popincourt, se maria dès 1790 (Robinet, ouv. cité, t. II, p. 18); 1 abbé de Cournand, professeur au Collège de France, se maria en septembre 1791 {ibid., p. 23), les abbés d'Herberie et Aubert l'imitèrent à la tin de 1791 {ibid., p. 23-2^).
2. Culte public en langue française, adressé à l'Assemblée nationale par M. Carré, curé de Sainte-Pallaye, département d'Auxerre (sic), i''' mars 1790, in-8". (Bib. nat., Lb^^'-* 3o53). Carré cite à l'appui de son adresse les extraits suivants des cahiers des Etats-Généraux : « Saint-Quentin en Vermandois, p. 6: « Que l'uniformité soit dans le culte extérieur de la Religion dominante, en établissant mêmes fêtes, mêmes catéchismes et même bréviaire » — Mantes et Meulan, p. 200 : « Nous devons, pour la satisfaction du Tiers-Ktat, énoncer le désir qu'il aurait de voir la liturgie commune. Nous parlons aujourd'hui avec plaisir de cette demande qui nous prouve que les sentiments sont uniformes, puisqu'on désire que la manière de prier le soit elle-même. Plût à Dieu que cette réclamation eût été faite il y a trois cents ans... » — Paris, extra muros, p. 3o. « Qu'il serait à désirer que les oflices et prières publiques se lissent en langue française ».
()8 l.ES OIUGINKS DES CULTES liKVOLUTIONNAIllES
qui esl dû aux volontés d'une nation unie de cœur et d'esprit et à son roi adoré* ».
La Feuille Villageoise. — Les curés réformistes eurent bientôt, îi la tin de 1790, un g^rand journal pour écouler leur j)rose, la Feuille Villageoise-, (pii leur fut iu:rande ouverte.
Fondée par Rabaut-Sainl-Etienne, ('erutti et (irouvelle, la Feuille Villageoise fut par excellence l'organe des novateurs religieux. Très prudente à ses débuts, elle ne se proposait en apparence que de défendre la Constitution civile et de répandre dans les campagnes l'instruction patriotique. Elle s'adressait à la fois au curé patriote et au maître d'école". Mais peu à peu, sous prétexte de réfuter les réfractaires, elle inséra des attaques plus ou moins voilées contre la religion elle-même. Dès son n^ 20 (jeudi 10 février 1791), elle publiait une Recette contre une ancienne maladie que les historiens appellent Fanatisme, remplie de critiques très vives, encore qu'indirectes, contre les dogmes catholiques. Les numéros suivants redoublaient de hardiesse, faisaient par exemple l'éloge de la religion naturelle, et, selon les théories que Dupuis développera bientôt dans son Origine de tous les cultes, retrouvaient dans le christianisme les symboles naturalistes : « Ni les moines, ni les papes, ni les siècles, ni les nouveautés de toute espèce n'ont jamais pu déplacer les quatre grandes fêtes du Soleil ou de la Religion agricole [la religion primitive]. La Saint-Jean perpétua la fête du solstice d'été, la Vierge perpétua la fête de l'équinoxe d'automne, Noël perpétua celle du solstice d'hiver, le jour de Pâques, entin, perpétua celle
1. D'après le Patriote français du 29 dccenibre 1790, cité par Aulard, Société des Jacobins, t. I", p. 44i-
2. Feuille Villageoise adressée chaque semaine à tous les villages de la France, pour les instruire des lois, des événements, des découvertes qui intéressent tout citoyen; proposée par souscription aux propriétaires, fermiers, pasteurs, habitants et amis des campagnes. Le i'' numéro date du 3o sept. 1790. Consulter sur ce journal la substantielle notice de M. Tourneux. Bibliographie, t. II, n" 10.571 .
3. Son i" numéro est précédé d'une double gravure, dont lune représente le curé patriote, l'autre, le maître d'école lisant l'un et l'autre la Feuille Villageoise aux paysans rassemblés devant l'église.
DEUXIÈME PAUTIK (ÎC)
(le réquinoxe printaiiicr et la résurrection du Christ se com- ])ina saintement avec la résurrection des cauipa,i?nes, que le printemps fait naître et refleurir. L'Eg-ypte célébrait, commémorait au même jour la résurrection s\ uibolique d'Osiris. La Pliénicie célébrait, commémorait au même jour la renaissance d'Adonis, la Phryg-ie celle d'Athys, la Grèce celle de Psyché, la Sicile celle de Proserpine, la Perse, entin, celle d'Orosmade ' ».
P. Manuel, f[ui ne tardera pas à devenir le premier chef des déchristianisateurs, s'indig-nait dans le même journal qu'on eût fait dire des uiesses pour le repos de l'àme de Mirabeau ! « Des Messes ' pour Mirabeau ! Est-ce que des pains pour les pauvres ne valent pas mieux? » Et Manuel citait avec force éloges la [)atriotique conduite d'une petite municipalité du Loiret, Mormant, dont le maire, P. Bardin, qui était en même temps curé, avait remplacé les messes, par des distributions de pain aux pauvres, « les bénédictions des pauvres étant les prières les plus agréables aux yeux de l'Eternel' ».
Sans doute, dans un avis placé en tète du second volume de leur journal, Grouvelle et Cérutti semblaient désavouer les attaques contre le catholicisme qu'ils avaient accueillies dans leurs colonnes. Mais leur désaveu était lui-même une critique de la Religion, dont ils se disaient respectueux :
« On nous a re[)roché d'avoir nous-uièmes montré un peu d'intolérance contre le papisme, on nous a reproché de n'avoir [)as toujours épargné l'arbre immortel de la foi. Mais que l'on considère de près cet arbre inviolable et l'on verra que le fanatisme s'est tellement entrelacé dans toutes ses branches qu'on ne peut frapper sur l'une sans paraître frapper sur l'autre ».
La Feuille Villageoise poursuivit sa j)ropagande anticléricale. Les curés réformistes continuèrent à y écrire à côté des