Souligné dans le texte
3. Expression de Bardin lui-même dans l'arrêté quil fit prendre à son Conseil municipal. L'arrêté est publié dans le n" 32 du 5 mai 1791.
^O LKS ORIGINES DKS CULTES REVOLUTIONNAIRES
philosophes : Génizez, curé de Sacy, près de Reims, à côté de Gilbert Romnie et de Lanthenas; Mahias, curé d'Achères (Seine-et-Marne), à côté de Ginguené et de Jacques Boileau ; François-Nicolas Parent, curé de Boissise-la-Bertrand, Siauve, curé d'Ampuis, qui finiront tous deux dans la Théophilanthropie, à côté de François de Neufchàteau et de M^e de Sillery. Les uns et les autres mirent leurs articles au même diapason. Dès la première année, le journal comptait i5.ooo souscripteurs, très gros chiffre pour l'époque. Je ne mets pas en doute que sans la campagne habile et prolongée de la Feuille Villageoise, l'œuvre de déchristianisation de Ghaumette et de Fouché eût été impossil)le.
Canipug/w (uiticléricdlc. — La Feuille Villageoise l'ut le journal philosophique par excellence, mais d'autres grands journaux politiques, la Chronique de Paris, de Condorcet et Rabaut ', les Bé^^olations de Paris, de Prudhomme -, menèrent avec elle le bon comljat et insérèrent dès 1790 des attaques plus ou moins directes contre la Constitution civile et contre le christianisme. Il était manifeste que les philosophes s'enhardissaient, et que le respect légèrement hypocrite, dont ils avaient fait preuve jusque-là à l'égard de la religion, commençait à leur peser de plus en plus.
Anacharsis Cloots et la séparation de l'Eglise et de l'Etat. — Dès mars 1790, Anacharsis Cloots renonçait à ménager le catholicisme : « Si une religion est nécessaire au peuple, écritil dans la Chronique de Paris ", ce ne peut être que la religion
1. Elle comptait aussi parmi ses collaborateurs Gh. de Villettc, Pierre Manuel, Anacharsis Cloots.
2. Après la mort de Loustallot, elles eurent pour rédacteurs Sylvain Maréchal, Fabre d'EglantIne, Santonax et Chauuielte.
3. Chronique de Paris du 29 mars 1790, cité par H. Baulig; Anacliarsis Cloots, historieji et théoricien, dans La Révolution française, t. XLI, p. 319. J'emprunte au même article les renseignements qui suivent.
DEUXIEME PAHTIK ^I
naturelle », et il cioit l'heure arrivée d'établir cette religion naturelle que Rousseau et Rabaut-Saint-Etienne n'avaient fait qu'entrevoir dans un lointain incertain. Non seulement il préconise le mariage des prêtres, le divorce, la diminution du nombre des évéques, puis leur suppression, mais il lui échappe de souhaiter (pi'il n'y ait pas d'autres prêtres que les pères de famille. Son anticléricalisme s'afïïrme dans les pamphlets, dans la presse et jusqu'à la tribune des Jacobins. Dans sa crainte d'une religion dominante, il s'élève bientôt à l'idée de la laïcité de l'Etat. Il propose aux Jacobins « d'imiter les Américains-Unis, qui ont le bon sens de reconnaître qu'un corps politique, que le Souverain n'a point de religion, quoique les membres du Souverain peuvent en avoir une individuellement. La religion est une relation entre Dieu et ma conscience, mais non pas entre Dieu et des consciences prises collectivement...' ». Le principe, une l'ois posé, il en tire toutes ses conséquences, il veut interdire toutes les manifestations extérieures des différents cultes^ a concentrer l'exercice des cultes dans l'enceinte des oratoires- ». Très vite, la religion ne lui paraît plus indispensalde à la vie de la société, il passe à l'athéisme et il se met à attaquer ouvertement les bases de toutes les religions. Le 20 avril 1791, il porte à Fauchet le déti de discuter publiquement les preuves et les fondements du christianisme" et, à celte occasion, il demande formellement que la Constitution civile soit rapportée et que l'Etat cesse de salarier les prêtres, qu'il appelle « des diseurs de bonne ou mauvaise aventure ».
Naigeoîi. — Anacharsis Gloots, à qui C. Desuioulins ouvrait son jourual, ne restait pas isolé dans cette campagne pour la laïcité de l'Etat. L'athée Naigeon développait des
1. Motion d'un membre du club des Jacobins, par Anacharsis Cloots. Paris, 18 mars 1790, dans Aulard, Société des Jacobins, t. I", p. 33.
2. Lettre aux auteurs de la Chronique de Paris du. 29 mars 1790 dans H. Baulijï, art. cité, p. 32i.
3. Camille Desmoulins publia son déli dans les Révolutions de France et de Bralxint du i" mai 1791.
J2 LES ORIGINES DES CULTES RE VOLrXIONXAlRES
considérations analogues aux siennes dans une Adresse à l'Assemblée Nation (lie sur la liberté des opinions, sur celle de la presse, etc., ou examen philosophique de ces questions: 7« Doit-on parler de Dieu et en général de la Jteligion dans une Déclaration des Droits de l'homme ?
30 La liberté des opinions, quel qu'en soit l'objet, celle du Culte et la liberté de la Presse peuvent-elles être lég-itimement circonscrites et gênées de quelque manière que ce soit par le Législateur * ?
Naigeon y demandait, avant (^loots, la séparation coniplète de l'Etat et des Eglises. Il voulait bannir le noui de Dieu du droit naturel, du gouvernement civil, du droit des gens, de la morale. Il se prononçait énergi(|uement pour la suppression du salaire des prêtres.
Sa brochure til impression puisque les catholiques essayèrent d'y répondre. L'un d'eux couvrit Naigeon d'injures et déclara qu'il n'était que l'organe de tout un parti [)uissant à l'Asseuiblée '.
Syh^ain Maréchal et le Culte domestique. — Sans aller aussi loin que Gloots et que Naigeon, l'athée Sylvain Maréchal souhaitait îi son tour la suppression de la caste sacerdotale ". Mais alors que Gloots et Naigeon semblaient faire la guerre à l'idée religieuse elle-même, Maréchal, estimant que le peuple n'était pas encore mùr pour le rationalisme, demandait le maintien d'un culte, mais d'un culte domestique, qui n'aurait que des avantages. Moitié plaisant, moitié sérieux, il décrivait
I. Paris, 1740. in-8", i^o p. La brochure est anonyme, mais l'exemplaire de la Bib. Nat. (Lb39 3o8i) porte sur la couverture : par Naigeon.
2* Préservatif contre un écrit intitule Adresse à ^Assemblée Aaliojiale. . . . in 8" (Bib. Nat., Lb 39 3082).
3. Dans sa brochure intitulée : Décret de rAssemblée iititioiidle /)ort(inl règleineut d'un culte sans jirêtres, ou moyen de se jtasser de /trèlres sons nuire au culte, Paris, 1:90. in-8" (Bibl. Nat , Lb^n 865o).
En tète, cette épigraphe signée Silvain M 1 (Maréchal) :
« Un intègre vieillard, instruit parles années. De ses nombreux enfants guidant les destinées, Ne peut-il mieux qu'un prêtre enseigner la vertu? D'un caractère saint n'est-il pas revêtu? »
DEUXIKME PARTIE
ce C'ulle sans prêtres ({ii'il voulait instituer. Les plus anciens de ciiaque hameau feront désormais roffice des prêtres. « Une l)arl)e vénérable leur tiendra lieu d'ornements sacerdotaux ». Le prêtre-chef de famille mariera^ enterrera, « attestera la naissance des entants ». Pour tout culte, « assis sur le seuil de sa porte pendant la belle saison ou devant un foyer chaud et commode en hiver ». il i)rononcera des homélies courtes et louchantes. Il oifrira « les prémices de la terre au Dieu de la Nature », il fera chanter des cantiques alternés aux jeunes tilles et aux jeunes hommes. Deux fois par an, il donnera la communion à ses enfants ; à l'issue de la moisson, en leur distribuant un g-àteau de fine Heur de froment : à l'issue des vendanges, en faisant faire, le tour de la table à un grand ciboire rempli de vin nouveau. A l'époque de l'ancienne fête des Rogations, le i" avril, il fera avec ses enfants le tour de son domaine en invoquant « le dieu de la fécondité ». Tous les ans, au commencement de l'hiver, vers le temps de l'ancienne fête de la Toussaint, il commémorera le souvenir des ancêtres décédés qui ont fait le plus d'honneur à la famille. A Noël, il célébrera la naissance des enfants. Le jour de l'ancien Vendredi-Saint, il adressera des consolations aux meml)res de la famille qui auront soufï'ert « soit par une maladie, soit par des peines d'esprit ou de cœur ». Quand les enfants mâles auront vingt ans, les tilles quinze, le prêtrechef de famille leur conférera la contirmation devant les parents assemblés. « Le jeune homme s'otfrira tête nue... Le pontife lui couvrira la tête du bonnet de la Liberté, en lui disant : « je te salue au nom de tes parents et de tes sem])lables. La nature t'a fait homme comme nous, nous t'en contirmons les droits, contirme-nous en les devoirs ».
Ces imaginations ne faisaient pas sourire autant que nous pourrions le croire et, aussi etricacemenl que la logique de Cloots et de Naigeon, elles minaient i)eu à peu la Constitution civile.
Le Magistrat-Prêtre. — Au culte domestique proposé par Maréchal, un anonyme qui pourrait bien être, à de certains
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indices, Boissy d'Anglas, préférait un théisme d'État. Dans une curieuse brochure, parue certainement en 1790 et dont le titre dit bien le contenu, le Magistrat- Prêtre \ il proposait, selon ses expressions, « le rétablissement de l'ordre par la réunion du Pontificat et de la Souveraineté nationale, du Sacerdoce à la Magistrature et le sacritice des intérêts des prêtres au besoin de conserver la Religion... » Autrement dit, estimant que la Constitution civile laissait encore à l'Église trop de force dans l'État, l'auteur anonyme voulait instituer une nouvelle religion d'Etat, qui ne serait pas le christianisme, mais le théisme.
Le christianisme est antisocial, c'est une religion d'esclaves, c'est le plus ferme appui des empires despotiques. L'Assemblée nationale a eu tort de salarier les ministres du christianisme romain, elle a salarié ainsi l'intolérance, l'amour de la domination, « les automates de la Providence ». Il faut donc détruire le christianisme, mais il faut le remplacer. Il n'est pas vrai qu'une société d'athées puisse subsister, Bayle n'a pu le soutenir que par un sophisme. Les athées de bonne foi n'existent pas. D'ailleurs, quand même il serait vrai que la religion ne serait qu' « une superstition épurée », « on ne peut nier que la superstition elle-même tient à la nature de l'esprit humain ». Il faut donc prendre les hommes comme ils sont. Puisqu'ils sont naturellement superstitieux et qu'il leur faut une religion, que cette religion favorise du moins la liberté, loin de lui nuire, et qu'elle soit dans la dépendance directe de la Nation. Les prêtres seront désormais des magistratsamovibles et temporaires nommés par le peuple et ils enseigneront le pur théisme. Il appartiendra à l'Assemblée nationale législative, qui va se réunir, d'apporter à la Constitution civile du clergé les réformes nécessaires, et pour cela il faut que cette assemblée soit « reconnue souveraine quant à la partie spirituelle du culte religieux ». Ces réformes faites, l'unité sera rétablie entre la Religion et la Législation, entre
I. Le Moi^islidi-iiièlic, s. 1. n. d., in-8", 16 p. (Bibl. Nat., Ld < 37r)5).