‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 57 sur 97 · Moniteur, rtiinp., t. X, p. 287, Séance du 3 novembre · texte numérisé non relu

Moniteur, rtiinp., t. X, p. 287, Séance du 3 novembre

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invoqué par les partisans de la liberté : « ou le prêtre n'est que fanatique ou il est perturbateur ; s'il n'est que fanatique, la loi ne doit pas l'atteindre, parct^ (jue la liberté des cultes est permise: s'il est perturbateur, il existe contre lui des lois communes à tous les citoyens. »

Pour réfuter le dilemme, Isnard soutint que, par le caractère même dont il était revêtu, le prêtre était déjà en dehors du droit commun et que, jîar suite, il ne pouvait pas être soumis aux lois communes. Il dénonça l'intluence du prêtre sur la société : « Le prêtre, dit Montesquieu, prend l'homme au berceau et l'accompagne jusqu'au tombeau; donc il n'est pas surprenant qu'il ait de si g^rands moyens de puissance. » Contre les mauvais prêtres, il n'y avait qu'un parti à prendre : l'exclusion du royaume; et, aux applaudissements des tribunes et d'une partie de l'Assemblée, Isnard s'écria : « Je dirai qu'il faut renvoyer ces pestiférés dans les lazarets de Rome et de l'Italie. » A aucun prix, il ne fallait leur permettre de continuer à prêcher, à messer, à confesser. Comme grisé par les applaudissements, Isnard continua en exlialant son mépris non seulement pour les mauvais prêtres, mais pour le prêtre : « Le prêtre n'est pas pervers à demi ; lorsqu'il cesse d'être vertueux, il devient le plus criminel des hommes ». Les applaudissements redoublèrent. Que l'Assemblée ne se laisse pas arrêter par de vains scrupules, qu'on ne parle pas ici du respect des consciences. Les réfractaires « ne pleurent sur le sort de la religion que pour recouvrer leurs privilèges ». Et, de nouveau, Isnard se reprenait à dire son mépris du prêtre, en termes de plus en plus véhéments, et les applaudissements recommençaient : « Chacun sait qu'en général le prêtre est aussi lâche que vindicatif, qu'il ne connaît d'autre arme que celle de la superstition, et qu'accoutumé à combattre dans l'arène mystérieuse de la confession, il est nul dans le champ de bataille. Les foudres de Rome s'éteindront sous le bouclier de la liberté .... mais passons là-dessus...» Sans s'expliquer clairement, Isnard laissa

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entrevoir que la Constitution civile ne serait pas le dernier mot de la Révolution. La Révolution, à l'en croire, n'était pas terminée. « Non, il faut un dénouement à la Révolution française, je dis que, sans le provoquer, il faut marcher vers lui avec courage ; plus vous tarderez, plus votre triomphe sera pénible el arrosé de sang...» Quel était ce dénouement ?

Isnard ne s'expliquait pas. Mais les catholiques crurent comprendre. Le Moniteur note qu'il s'éleva des murmures dans une partie de l'Assemblée. Isnard tit face aux interruptions et aux murmures, et sa parole ardente continua à prêcher l'action, l'énergie aux patriotes endormis. Il faut écraser les réfractaires, il faut employer les grands moyens. « Il faut couper la partie gangrenée pour sauver le reste du corps ». Sinon, « le parti des prêtres sermentés, qui comprend celui de tous les patriotes, c'est-à-dire des cinq-sixièmes de la nation, sera indigné de se voir abandonné. Lassés de combattre vos ennemis, ils deviendront

peut-être les vôtres », et, comme s'il prévoyait dans

un avenir prochain que celte éventualité se réaliserait, que les prêtres jureurs abandonneraient la Révolution et se retourneraient contre elle, Isnard s'écriait : « Il faut que le Corps Législatif soit étayé du reste de la nation, si vous voulez résister aux attaques qui peut-être se préparent, et vous ne pouvez vous attacher la conliance qu'en châtiant avec sévérité les perturbateurs du repos public et tous les factieux. Je dis tous les factieux, parce que je suis déterminé à les combattre tous, parce que je ne suis d'aucun parti ; mon Dieu, c'est la loi ; je nen ai point d'autre. Le bien public, voilà ce qui m'embrase ' ».

Cette violente diatribe contre les prêtres, cet appel à la force, ces menaces voilées contre le clergé constitutionnel, qu'Isnard ne défend si chaudement que pour des raisons politiqueSj et dont il n'est pas loin de suspecter déjà le patriotisme

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