‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 58 sur 97 · I. Moniteur, réimp., t. X, p · texte numérisé non relu

I. Moniteur, réimp., t. X, p

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el. pour lermiiier, celle profession de loi d'athéisme ', tout eela indi<iue (pi'à cette dalc la rupture entre la Révolution et la Religion ancienne, même épurée, était déjà consommée dans l'esprit de Jieaucoup de chefs patriotes. Ils n'osent pas encore dire tout haut leur pensée. Ils l'enveloppent de nuages ; mais il est évident que leur prudence toute de circonstance ne durera qu'un moment et que l'heure des résolutions franches et décisives sonnera bientcM.

Les évèques constitutionnels qui, jusque-là, n'avaient pas relevé les attaques indirectes dont la religion avait été l'objet, parurent s'émouvoir cette fois. Les applaudissements chaleureux (jui avaient accueilli le discours d'Isnard, la demande d'impression que formulèrent un grand nombre de membres, leur montraient assez que la situation était grave. Au milieu de « grands murmures », Le Coz demanda la parole « comme citoyen et comme prêtre ». « Point de prêtres ! » s'écrièrent plusieurs voix. « Je dis, continua Le Coz, que demander l'impression du discours de M. Isnard, c'est demander l'impression d'un code de l'athéisme ». Les murmures redoublèrent. Pendant plusieurs minutes, Le Coz dut s'interrompre tant l'agitation était vive. L'énergie du Président lui permit de continuer. « .... Je soutiens et je prouverai que le discours de M. Isnard tend à détruire toute morale religieuse et sociale. Il est impossible qu'une société existe si elle n'a pas une morale immuable et éternelle.... » A ces mots, ce fut une tempête; les rires, les clameurs redoublèrent: on demanda que Le Coz fût rappelé à l'ordre. Désespérant de se faire entendre, il descendit enfin de la tribune.

Sans doute, l'Assemblée se ressaisit et rejeta, après deux épreuves douteuses, l'impression du discours d'Isnard. Mais le coup était porté. Par son attitude précédente, l'Assemblée avait montré qu'elle partageait en majorité les opinions de l'orateur. Elle le montrait mieux encore en invitant son

1. Sans doute, Isnard prolesta dans le Moiiileiir qu'il n'était pas athée, mais on sent que celte protestation a])rès coup lui fut dictée par la politique. Moniteur, réiinp., t. X, p. 4i''-

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Comité de législation à lui présenter un nouveau projet de décret qui ne pourrait que s'en inspirer.

On comprend que de telles séances tussent bien laites pour encourager la campagne anticléricale commencée par une poignée de journalistes.

Le projet de François de Neuf château. — Le i6 novembre, François de Neufchàteau, rapporteur d'une des sections du Comité de législation, vint lire un projet de décret qui donnait entière satisfaction à Isnard et à ses amis. Les prêtres réfractaires qui ne prêteraient pas le serment civique verraient leur traitement supprimé, ils seraient mis en surveillance, ils pourraient être éloignés de leur domicile par un arrêté du directoire du département, etc. Chose plus signilicative, l'article XV du projet ordonnait la révision de la Constitution civile du clergé : .

« Les décrets de l'Assemblée constituante des 12, -i^ juillet et 27 novembre 1790, continueront d'être suivis et exécutés, mais avec les moditications que l'achèvement de la Constitution rend aujourd'hui nécessaires.

« i" La formule du serment civique portée en l'art. V du titre II de l'acte constitutionnel sera substituée au serment provisoire prescrit par les décrets. — 2° Le titre de Constitution civile du clei-gé, n'exprimant pas la véritable nature de ces lois et rappelant une corporation qui n'existe plus ', sera supjirimé et remplacé par celui de Loi concernant les rapports civils et les règ-les extérieures du culte catholique en France. — 3" Les évêques, curés et vicaires ne seront plus désignés sous le titre de fonctionnaires publics, mais sous celui de ministres du culte catholique salariés par la nation. »

Il était à prévoir que la révision de la Constitution civile ne se bornerait pas à ces changements dans les mots. La voie était ouverte à d'autres réformes plus profondes,

I. Le Moniteur note qu'au moment où il donna lecture de cet article, des applaudissements éclatèrent. Moniteur, réimp., t. X, p. 388.

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d'autaiil plus que l'arlicle XVI et deinier oigaiiisail une propagande civique pour contrebalancer la propagande des réfraclaires : « Comme il importe d'éclairer le peuple des

campagnes sur les pièges qu'on lui tend l'Assemblée

regardera couime un bienfait public les bons ouvrages qui lui seront adressés sur cette matière, et, d'après le rapport qui lui en sera fait, elle les fera imprimer et distribuer aux frais de l'Etat, el réconq)ensera leurs autevu'S ».

Ainsi l'Etat entreprendrait l'instruction du peuple, mais où s'arrêterait cette instruction ? La piopagande civique serait forcément l'œuvre des écrivains « philosophes ». Se montreraient-ils longtemps res])ectueux du culte olHciel ? Leurs attaques contre le culte papiste n'atteindraient-elles pas par ricochet la Religion elle-même ?

De toute manière, les deux derniers articles du projet de François (de Neufchàteau) étaient gros de conséquences.

Ces conséquences, l'Assemblée ne les soupçonna pas tout d'abord. Elle salua François (de Neufchàteau) d'applaudissements unanimes et réitérés, et, sur la proposition de Yergniaud, elle accorda la priorité à sa motion, dont elle adopta, séance tenante, plusieurs dispositions.

Mais, le lendemain, une vive oi)position, qui ressembla à certains moments à de l'obstruction, faillit faire repousser le décret. On vit, spectacle à méditer, un évêque constitutionnel, Torné, prendre la défense indirecte des réfractaires et s'opposer vivement à la suppression de leurs traitements et pensions. Peut-être que les discours philosophiques des jours précédents lui avaient fait soupçonner confusément que la cause des prêtres constitutionnels était au fond solidaire de celle des réfractaires, et que les rigueurs contre les uns seraient le prélude des rigueurs contre les autres?

Inversement, les philosophes trouvèrent que le projet de François (de Neufchàteau) était encore trop doux. Isnard, soutenu par Duliem et Albitte, reprit sa proposition de déporter les réfractaires hors du royaume. Mais l'Assemblée refusa d'aller jusque-là.

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