DEUXIEME PARTIE lOJ
Les conférences populaires. — Toutes ces l)rochurcs élaienl répandues par les soins des Jacobins et de leurs sociétés alFiliées. Le 127 février 1792. au moment où la ,a:uerre étrangère paraissait imminente, la société-mère invita les sociétés affiliées à organiser partout, surtout dans les campagnes, des conférences populaires pour répandre les bons principes et faire l'éducation politique du peuple. « Comment s'est établie la religion chrétienne ? lisait-on dans la circulaire. Par les missions des apôtres de l'Evangile. Comment pouvons-nous établir solidement la Constitution ? Par les apôtres de la liberté et de l'égalité... » Tous les dimanches, les missionnaires civiques se rendraient dans les villages, distribueraient la Déclaration des Droits, la Constitution, VAlmanach du père Gérard, la Lettre de Creuzé-Latouche ', et accompagneraient la distribution d'un prône approprié.
Les Jacobins se promettaient, avec raison, le meilleur effet de ces conférences : « Ces missionnaires envoyés par vous, frères et amis, contracteraient l'alliance la plus auguste et la plus formidable qui ait jamais existé : l'alliance de tout le peuple français. Ils seraient les précurseurs des maîtres ([u'enverra un jour l'Assemblée nationale pour la nouvelle éducati(m publique... Cette première instruction serait, dans la crise ([ui se prépare, un remède efficace à nos maux: elle suppléerait à l'institution ({ue l'Assemblée nationale n'a pas encore eu le temps d'établir, institution sans laquelle il n'y a point de bonnes mœurs, d'amour de la patrie, de respect pour les lois et, par conséquent, ni Constitution, ni liberté... »
Beaucoup de sociétés et de simples particuliers n'avaient pas attendu, pour agir, l'invitation venue de Paris. Dès la tin de 1791, à Strasbourg, l'ancien libraire Salzmann, aidé d'un curé patriote, commentait, tous les dimanches, les événements politiques de la semaine. Ces jours-là, trois à quatre mille
I. Lettre de J. A. Creuzé-Latouche. député de Chàtellerauit.à l'Assemblée Nationale, aux municipalités et aux habitants des campagnes du département de la Vienne. Imp. du Cercle social, 3' édition, i~9i, in-8'. (Bibl. Nat., Ld' 3484).
Io4 LES ORIGINKS DKS CULTES REVOLUTIONNAIRES
personnes de toutes les classes de la société, a soldats, domestiques, ouvriers, femmes, etc., » remplissaient l'immense salle de la maison commune, où Salzmann tenait son prêche patriotique. « La foule était si jj^rande, dit le voyageur allemand Reichardt, que nous avions peine à avancer, et le bruit assourdissant. Aussitôt que Salzmann eût gagné une petite estrade adossée à une colonne et que, d'un signe de main, il eut réclamé le silence, tout bruit cessa; on aurait entendu voler une mouche! Sur les physionomies, on lisait un vif désir d'être renseigné au sujet des bruits inquiétants mis en circulation par les journaux ou par la rumeur publique. L'allocution de Salzmann, pratique et tout à fait appropriée, fut accueillie par des témoignages de sympathie qui m'ont fait plaisir ' . . . . »
Vers le même temps, La Révellière-Lépaux et ses amis du clul) d'Angers organisaient une série de missions patriotiques dans les Mauges et en Vendée. « L'objet de ces missions était de détruire les calomnies qu'on répandait contre les patriotes, les fausses idées que l'on donnait, aux habitants des campagnes, de la Révolution et des principes d'après lesquels elle s'était opérée; de leur faire sentir les avantages qui en devaient résulter, surtout pour eux.... » A Chemillé, la mission patriotique dirigée par La Révellière, promena par la ville le drapeau tricolore en grand cortège. « Un vieillard à cheveux blancs portait le drapeau, escorté de jeunes tilles qui tenaient en leurs mains des rubans aux trois couleurs -. »
Lanthenas et les sociétés populaires. — Dès les premiers mois de 179a, le girondin Lanthenas, ami de Guadet et de Roland, projetait de faire des conférences civiques une institution permanente et quasi-oflicielle, une sorte d'école de dressage des citoyens aux vertus constitulion-
1. J. F. Reicliardt, Lettres intimes, traduites par A. Laquiante, 1892, in-S". — Lettre du 3o janvier 1792.