I. Aulard, Société des Jacobins, t. III, p
Dans une lettre à un de ses amis, publiée à la fin de son pamphlet, Palissot fait suivre le récit de l'incident de réflexions amères : « Ma foi, les prêtres doivent leur [aux Jacobins] voter des remerciements. Ils nous ont lait rétrograder d'un siècle au moins devant eux.. Combien les prêtres vont se croire redoutables, lorsqu'ils apprendi'ont qu'on les redoute encore au
point de n'oser éclairer le peuple! M. Robesp (sic) dit qu'il faut s'en
remettre au temps ; mais c'est tout ce que veulent les prêtres, ils ne demandent que du temps, ils en connaissent toute l'importance. . . Le brave Manuel
a parlé comme un héros, il s'est élevé avec force contre Robesp (sic), il
a été vivement applaudi, je l'ai été moi-même, mais nous n'en avons pas moins été sacrifiés aux prêtres, et c'est chez les Jacobins que s'est fait ce dernier sacrifice de victimes humaines.. . »
IIO LES OP.IOINKS DES Cil. TES HEVOI.I'TTOXNAIRES
Félog^e (lu (Icluiil, il demanda (jue la Société envoyât des commissaires à ses obsèques, « (|ui se feront sans doute, poursuivit-il, dans une église, car nous sommes si libres que la philosophie n'a pas encore de cimetière. » — Encore une fois, Manuel retrouva en face de lui Robespierre : « Il est des morts, dit celui-ci avec dédain, qui méritent indulg-ence. » Et, désavouant la campagne de déchristianisation, il lit passer à l'ordre du jour, sous prétexte que Cérutti n'était pas jacobin '.
Robespierre et Giiadet. — Mais, à aucun moment, l'antagonisme n'éclata mieux entre les deux partis philosophiques qu'à la grande séance du 26 mars 1792 -. Ce jour-là, Robespierre donna lecture d'un projet d'adresse aux sociétés atïiliées pour stimuler leur i)ropagande patriotique. Il y parlait, à plusieurs reprises, de la Providence, qui avait protégé la Révolution contre ses ennemis et qui la ferait triompher encore des nouveaux périls que la guerre menaçante, pourrait lui faire courir. « Mais craignons, disait-il, de lasser la bonté céleste, qui, jusqu'ici, s'est obstinée à nous sauver malgré nous! » Les anticléricaux du club ne purent y tenir. Ils tirent un tel tumulte que l'évèque Gobel, qui présidait, fut réduit à se couvrir pour ramener le silence. L'impression de l'adresse de Robespierre, réclamée à grands cris, fut repoussée ; puis Guadet, montant à la tribune, répondit à Robespierre et lit le procès de la Providence : «... J'ai entendu souvent dans cette adresse répéter le mot de Providence, je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous ; j'a^oue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais cru qu'un homme, qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme, put concourir à le