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Aulard. Société des Jacobins, t. III, p

2. Voir le Compte-rendu du Journal des Débats et de la correspondance de la Société des amis de la Constitution, n" du 28 mars 1792, dans Aulard, Société des Jacobins, t. III. p. 4^1-4^2.

DF.rXIEMK l'AUTIK III

remettre ensuite sous l'esclavai(e de la superstition... » Le brouhalia recommença, le club j^arut ])artag'é en deux partis presque d'égale force. — Sentant la majorité lui échapper, Robespierre (piifta dans sa réplique le ton dédaij^neux avec lequel il avait jusque-là combattu les déclnMStianisateurs. Il couvrit de Heurs Guadet, « législateur distingué par ses talents >), Il s'eflbrça seulement de lui prouver qu'il s'était mépris sur sa véritable pensée : « je ne viens [)as combattre des principes communs de M. Guadet et de moi. Car je soutiens que tous les patriotes ont mes principes, et il est impossible (pie l'on puisse combattre les j^rincipes éternels que j'ai énoncés. Quand j'aurai terminé ma courte réponse, je suis sûr que M. Guadet se rendra lui-même à mon opinion... » Et Robespierre proteste qu'il « abhorrait autant que personne toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme et toutes les passions en se couvrant du pouvoir secret de l'Eternel, qui a créé la Nature et l'Humanité... » Mais, d'accord en principe avec les anticléricaux et aussi ennemi des prêtres qu'ils pouvaient l'être, Robespierre explique, dans un langage d'une belle sincérité et d'une grande noblesse, qu'il ne pouvait pas confondre la cause de la divinité avec celle de « ces imbéciles dont le despotisme s'était armé », qu'il croyait à la Providence, que cette croyance lui était nécessaire, comme elle était nécessaire au Peuple '. Quand il eut tini, le tumulte recommença. Gobel s'elTorça en vain de mettre aux voix j)lusieurs motions. En désespoir de cause, il dut lever la séance.

I. Comme l'a très bien dit M. Jaurès, on sent dans le déisme de Robespierre « une sorte de tendre respect pour Tàme du peuple, pour l'humble conscience du pauvre ». A l'inverse des autres révolutionnaires qui « tolèrent de haut les préjugés du peuple », ses erreurs,. . . Robespierre « s'accommode à elles et semble se mettre à leur niveau. . ». Jean Jaurès, Histoire Socialiste, La Convention, t. !"% p. 2^4.

lia LES ORIGINES DES CULTES REVOLÎ TÎONNAIRES

Progrès des idées philosophiques. — En dépit de la résistance des opportunistes, le parti anticlérical gagnait chaque jour du terrain. Robespierre parvenait encore et non sans peine à le tenir en respect aux Jacobins, mais il paraissait dominer de plus en plus à la Législative, où les amis de Guadet et d'Isnard, les Brissotins, formaient la majorité. Le 12 mai 1792, l'Assemblée fut le théâtre d'une scène qui annonce déjà 1793. Le vicaire de Sainte- Margueritte, l'abbé Aubert, l'un de ces prêtres philosophes qui des premiers avaient violé le célibat, se présenta à la barre accompagné de son épouse. Le Président lui accorda la parole et Aubert put se glorifier d'avoir donné l'exemple à suivre aux curés patriotes : « Il est temps ([ue les ministres du culte romain se rapprochent de leur sainte origine ; il est temps qu'ils rentrent dans la classe des citoyens ; il est temps enfin qu'ils réparent par l'exemple des vertus chrétiennes et sociales tous les scandales, tous les maux que le célibat des prêtres a causés... ».

Non seulement ces déclarations, outrageantes pour les évèques et les prêtres constitutionnels qui siégeaient là en grand nombre, furent applaudies, à la presque unanimité, dit le Moniteur \ mais Aubert fut invité aux honneurs de la séance avec son épouse et les parents qui l'accompagnaient.

Vers le même temps, la Feuille Villageoise, dont la campagne anticléricale redoublait de violence, notait avec satisfaction les progrès que faisait la tolérance. A Liancourt, le curé consentait à recevoir dans le cimetière catholique, en terre sainte, le corps d'un protestant. A Pignan, près de Montpellier, à Valence (Drôme), à Jaillieu près Bourgoin (Isère), les ministres protestants et catho-

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