‹ Les origines des cultes révolutionnairesChapitre 82 sur 97 · DEUXIEME PARTIE I · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE I

Le Comité d'instruction publique et la propagande civique. Condorcet. — Le Comité d'instruction publique de l'Assemblée avait reçu mission de reprendre l'œuvre où le clergé constitutionnel avait échoué, d'organiser en même temps que l'éducation des enfants, l'instruction civique du peuple. Au moment même où le débat sur les prêtres allait s'ouvrir, les 20 et 21 avril 1792, Condorcet donna lecture au nom de ce Comité de son célèbre rapport sur (( l'organisation générale de l'instruction publique ' ». Il s'était bien gardé d'oublier que les fêtes nationales étaient une branche de l'éducation du peuple : « Les fêtes nationales, en rappelant aux habitants des campagnes, aux citoyens des villes, les époques glorieuses de la liberté, en consacrant la mémoire des hommes dont les vertus ont honoré leur séjour, en célébrant les actions de dévouement ou de courage dont il a été le théâtre, leur apprendront à chérir des devoirs qu'on leur aura fait connaître -. » Plus encore que sur les fêtes civiques, Condorcet comptait sur les conférences populaires pour détromper les citoyens et leur enseigner les vertus patriotiques. Mais alors que Lanthenas s'adressait pour organiser

1. J. Guillaume. Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Législative, 1889, in-8», p. 188 et suiv.

2. J. Guillaume, ibid, p. 192. — Le Comité d'instruction publique décida le même jour, 21 avril, de soumettre à la Législative un projet de décret concernant les fêtes nationales (J. Guillaume, p. 200). — Lors de sa réorganisation, le II mai 1792, une des sections du Comité devait s'occuper spécialement des fêtes nationales (id., p. 291, noie 3). — Le lendemain 12 mai, le rapporteiu- du Comité, Quatremère, en soumettant à la Législative un projet de décret sur la fête de Simoneau, ajoutait : « Chargé par vous de vous présenter un code d'instruction universelle, le Comité d'instruclion publique n'a pas oublié que les cérémonies civiques sont la leçon de tous les hommes et de tous les âges ; que des fêtes périodiques, instituées dans tout l'empire à des époques consacrées par les grands événements, sont les plus forts instruments qu'on puisse employer sur l'àme pour la porter à l'amour et à l'imitation de tout ce qui est beau. Il sait que ces périodes solennels doivent devenir avec le temps les plus forts appuis de la Constitution, que c'est surtout dans la morale de cette Constitution que doivent se puiser les élémients de ces nobles institutions. Il vous proposera donc des fêtes en l'honneur de la Liberté, et d'autres en l'honneui* de la Loi, véritable tlivinité de l'homme libre... » J. Guillaume, ibid., p. 284.

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ces conférences aux sociétés populaires et Français (de Nantes) aux municipalités, Condorcet réclamait le même service des instituteurs. Son projet de décret contenait un article ainsi conçu :

« Tous les dimanches, l'instituteur donnera une instruction pul^lique, à laquelle les citoyens de tout âge, et surtout les jeunes gens qui n'ont pas encore prêté le serment civique, seront invités d'assister.

Ces instructions auront pour objet :

i» De rappeler les connaissances acquises dans les écoles :

2° De développer les principes de la morale et du droit naturel :

3o D'enseigner la Constitution et les lois dont la connaissance est nécessaire à tous les citoyens, et en particulier celles qui sont utiles aux jurés, juges de paix, officiers municipaux, d'annoncer et d'expliquer les lois nouvelles qu'il leur importait de connaître ' ».

Quand il réimprimera son rapport en 1798, Condorcet donnera à sa pensée une forme plus précise. Il écrira alors que les conférences hebdomadaires, faites par les instituteurs, auront surtout cette utilité de préserver le peuple « des sorciers et des raconteurs de miracles ». — « Je voudrais même, dit-il, que les maîtres en fissent de temps en temps quelques-uns [des miracles] dans les leçons hebdomadaires et publiques : un canard de verre qui vient chercher le morceau de pain qu'on lui présente avec un couteau, la réponse à une question que l'on fait trouver dans un livre tout blanc, le feu qui se montre au bout d'une pique, le bûcher qui s'allume en arrosant la victime, le sang qui se liquéfie, les miracles d'P^lie ou de saint Janvier et mille autres de cette espèce ne seraient ni coûteux ni difficiles à répéter. Ce moyen de détruire la superstition est des plus simples et des plus efficaces * ».

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