DEUXIÈME PARTIE l3l
Ainsi, la propagande civique par les conférences populaires ne tarderait pas à devenir une arme aux mains des déchristianisateurs .
Projets de fêtes civiques émanés de simples particuliers. ■ — La Législative se sépara avant que son Comité d'instruction publique lui eût soumis un projet de décret pour organiser les fêtes nationales. Mais l'idée faisait son chemin que la Patrie devait avoir ses solennités particulières, distinctes de celles des religions, et que ces solennités seraient une école de civisme et de fraternité.
Dès avril 1792, les simples citoyens adressent à l'Assemblée des projets de fêtes patriotiques, tel ce Duport- Roux, citoyen actif de Romans, qui écrivait ceci au Président de la Législative, le 27 avril 1792 :
« ... La tolérance religieuse, dont la raison fait un précepte, est un des articles de la charte constitutionnelle.
Le Luthérien, le Calviniste, ne peuvent pas être obligés à quitter leurs temples, ni le juif à sortir de sa synagogue pour se parjurer dans les églises.
Le non-conformiste ne mèlera-t-il point sa joie à celle du conformiste, parce que leurs opinions religieuses ont quelque différence ?
L'Assemblée Nationale a, ce semble, à s'occuper d'un mode de jubilation et d'actions de grâces qui puisse être commun à tous les citoyens, qui ne laisse pas apercevoir la diversité des croyances ou l'uniformité exclusive d'un culte, qui, en respectant la liberté des consciences, excite le patriotisme à prendre tout son essor.
Voici celui que vient soumettre à l'Assemblée législative un citoyen qui aime véritablement sa patrie, et qui, redoutant tout ce qui peut diviser les esprits, désire avec passion ce qui tend à unir les sentiments.
Les directoires des districts indiqueront à chaque fête nationale un lieu de rassemblement dans chaque canton.
Les municipalités s'y rendraient avec l'écharpe, au milieu de leurs gardes nationales respectives sous les armes.
l32 LES ORIGINES DES CULTES REVOLUTIONNAIRES
Un feu de fagots qui aurait été dressé, serait allumé par les maires et par les officiers municipaux de cliaque commune.
Cette cérémonie sérail précédée de cette invocation qu'adresserait à l'Être suprême le maire doyen d'âge, qui ne serait le ministre d'aucun culte .
« Père commun des hommes, qui les avez créés frères, recevez l'hommage de vos enfants, et répandez sur eux l'esprit de vérité, de justice et de paix. »
Pendant que le feu l)rùlerait, les citoyens formés en chœurs, accompagnés d'instruments de musique, chanteraient les dix-sept articles de la Déclaration des Droits*... »
Vers le même temps, le a sieur Poyet, architecte de la ville de Paiis », dans un Projet de cirque national et de fêtes annuelles -, demandait à son tour à l'institution des fêtes civiques la sauvegarde du nouveau régime :
« Il tant que l'empire des mœurs s^unisse à celui des lois, il faut que l'homme apprenne à chérir autant qu'à comiaître les bienfaits d'une bonne législation ; il faut que l'esprit public se forme et détermine avec autant de rapidité que d'énergie le sentiment du bien commun et le général amour de la prospérité publique. . Si nos mœurs restent les mêmes, si le peuple ne s'instruit pas, nous aurons bâti sur le sable un édifice imposant mais peu solide... Rien ne tend mieux à ce but que l'institution des fêtes publiques. Au sein des grands rassemblements qu'elles produisent, les citoyens s'unissent, se jugent, se connaissent, une bienveillance commune les anime, l'imagination s'exalte, le courage s'élève, l'âme s'ouvre à Tamour de la chose publique et à celui de ses semblables....»
Un curé philosophe, qui Unira dans la Théophilanthropie, Charles Chaisneau, curé de Plombières, près Dijon, proposait, pour faire naître les bons citoyens, les héros,