III. Chants gnosliques et magiques
En dehors de l'orthodoxie juive ou chrétienne, il a existé tout un monde d'à-cotà, toute une zone mal définie où les doctrines, les idées, les coutumes s'inspiraient tantôt de celle-ci, tantôt de celle-là, en les amalgamant avec le plus grossier matérialisme ou le panthéisme le plus extravagant.
Ces sectes bizarres, qui ont eu parfois du bon, semble-t-il, au milieu de leurs maladives élucubrations, faisaient un grand usage de pratiques magiques, ou simplement superstitieuses. Chez elles, était venu aboutir le résumé de tout ce que l'ancienne magie attribuait aux incantations, aux carmina, autrement dit aux formules conventionnelles destinées à conjurer les esprits, à écarter les maux, h se rendre favorables les influences célestes, terrestres ou infernales.
i) Mgr Duchesne, Origines du culte chrétien.
{2) Nous plaçons ces gammes dans leur diapason naturel.
{3) G. Dalman, op. cit.
(j\) Cela ne veut pas dire, qu'on le rccnaïquebien, que nous rejetons en bloc toute la tradition actuelle; ce qui a été dit plus haut protesterait contre cette interprétation ; nous-mùme, dans la suite de ce volume, faisons appel aux transcriptions modernes qui répondent le mieux aux régies critiques que nous avons formulées.
La rvw(7[;, la Science, tel est le nom que se donnait à elle-même la plus fameuse de ces sectes ; son origine obscure, ses pratiques étranges, ont tenté les recherches de plus d'un savant, et, si l'on n'est pas parvenu à percer complètement le voile qui l'entoure, on est arrivé du moins à reconnaître quelques-unes de ses origines égyptiennes; on est parvenu à discerner l'influence qu'elle exerça sur les fidèles chrétiens et juifs (i) par l'intermédiaire de ses formules magiques et de ses amulettes préservatrices. Certaines de ces sectes sont même directement issues du christianisme.
L'étude de la magie et du gnosticisme est donc encore un des éléments où nous pouvons puiser des références inattendues sur les mélodies religieuses des premiers siècles de notre ère.
Précisément, au moment où nous faisions cette étude, un cours sur « la musique et la magie » commençait au Collège de France, et les textes allégués par l'éminent professeur (2) venaient confirmer nos recherches sur cette question.
« L'homme primitif, dit M. Combarieu, est surtout un cro3'ant (cela ne veut pas dire, d'ailleurs, qu'il soit religieux, au sens élevé du mot). Par des témoignages comme les tablettes ass3'riennes toutes chargées d'incantations et de recettes de sorcellerie, par les monuments égyptiens relatifs aux cérémonies funèbres, par les Grecs eux-mêmes, pourtant si avancés en civilisation, nous pouvons avoir une idée de ce qu'a été le primitif... Par la magie, il croit, sans avoir besoin de la force ou du contact direct, posséder un pouvoir supérieur sur la nature et sur les êtres vivants... Cette superstition a des racines tellement profondes, qu'elle continuera à régner à côté des religions constituées, et qu'elle leur survivra... Aussi une prière, une invitation, enfin un ordre, formulés dans de certaines conditions et en termes convenables, ne peuventils rester sans effet; et si on va jusqu'au chant, le résultat sera plus sûr encore, puisque le chant élève la parole à sa plus haute puissance Nous arrivons donc à cette double conclusion : Le chant pur et le chant sur une formule ont une action spéciale et directe sur les choses réelles (3). »
Nous souscrivons absolument à ces paroles de M. Combarieu, et elles résument admirablement tant la doctrine exposée par les écrits spéciaux que les conclusions à tirer des formulaires d'incantation (4).
Mais, pour restreindre cette étude si curieuse à l'objet de nos
(i) On consultera en particulier pour la part judaïque du gnosticisme : Friedlânder, Der voichristliche jûdische Gnosticismus, Gottingen, iSgS, in-8".
(2) M. J. Combarieu, Introduction à l'histoire générale de la musique : Li musique et la magie ; cours publiés dans la Revue musicale, Paris, 1905.
(3) Revue citée, pages 410, 411, 416.
(4) Cf. P. Scheil, Un psaume de pénitence chaldéen (vui'^ siècle avant notre ère), dans la Revue biblique internationale, t. V, p. 75. Paris, 1896, in-8".
recherches, nous voyons d'abord comment, dans l'ancienne EgA'pte, — où il faut peut-être chercher l'origine de la magie gnostique, — la pratique des incantations avait influé sur le culte. Le texte, assez connu, est même, croyons-nous, le seul témoignage précis que nous ayons sur la musique des Egyptiens primitifs; le voici :
« En Egypte, les prêtres chantent les dieux sur les sept voyelles, en les mettant à la suite Tune de l'autre, et, à la place de Vaulos ou de la cithare, c'est le son de ces lettres qui se fait entendre d'une manière agréable (i). »
Ce texte est du m'' siècle avant notre ère.
L'usage de ces groupes mélismatiques sur des voyelles est fort près, on le voit, delà vocalise juive ou chrétienne. Toutefois, à y regarder mieux, il y a une différence : dans le culte hébraïque, ou la liturgie chrétienne qui l'a complété, la vocalise est employée, quoique partie intégrante du chant, dans un but de musique pure. Son effet, disent en résumé les Pères anciens, c'est d'exprimer la joie profonde de l'âme perdue en Dieu, et, par là même, d'inciter l'élévation de l'âme à Dieu : c'est un exercice ascétique.
« Celui qui jubile, dit saint Augustin (2;, ne dit pas des mots, mais un son joyeux sans mots : car c'est la voix de l'esprit perdu dans la joie, l'exprimant de tout son pouvoir, mais n'arrivant pas à en définir le sens. » — « Et (3) à qui convient cette jubilation, sinon au Dieu ineffable? Ineffable (4), c'est en effet ce qu'on ne peut dire : or, si tu ne peux le nommer et que tu ne doives le taire, que te reste-t-il, sinon de jubiler, afin que ton cœur se réjouisse sans paroles et que l'immensité de ta joie ne connaisse pas les limites des sj'Uabes? »
Il est difficile de s'exprimer plus êloquemment sur ce sujet que le Docteur d'Hippone. Les autres Pères professent la même doctrine (?).
Mais cette admirable élévation du sens vocalique, propre aux serviteurs du Dieu unique, encore qu'elle dût peut-être son origine matérielle aux vieilles superstitions, était distante de la vocalise des Egyptiens païens ou des magiciens gnostiques comme le ciel parait l'être de la terre :
« Les sons de chacune des sept sphères produisent un certain bruit (>). la première réalisant le premier son, et à ces sons l'on a donné les noms de voyelles .... Voilà pourquoi les théurges, lorsqu'ils honorent la Divi-
(i) Déméirius de Phalère, Traité de l'Klocution, c. i xxi.
(2) /il {silm. 99, 4 {l'jti. Lai., t. XXXVII, col. 1272).
(3) In psalm. 32. 1,8 (id., t. XXXVI, col. 283).
(4) A peu prés intraduisible en français, il faudrait indicible, qui n'aurait plus le mcme sens inejjabilis est un adjectif exprimant l"idée contraire du verbe /im.
(5) S. JérOme. In psalni. 32 (id , t. .XXVI, col. 970; ; Cassiodorc, In psalm. io.| (id., t. LX.X. col. 7.^2 et s ). Il y a beaucoup de textes du même genre.
6 A rapprocher du psaume ig (iH>, verset 5 : Leur son s'est fait enlendre p.tr toute la tene.
nité, l'invoquent symboliquement avec des clappements de langue et des sifflements, avec des sons inarticulés et sans consonnes (i). » En résumé, c'est se rendre favorable la divinité que de s'unir aux sons des astres en émettant la voyelle à laquelle ils correspondent; c'est se rendre favorables les sphères elles-mêmes que l'on fait entrer en vibration {2).
Voilà les principes qui ont guidé les auteurs des incantations magiques, et juifs comme chrétiens en ont été pénétrés, à la faveur de la gnose, dont certaines formules n'effarouchaient nullement la susceptibilité théologique des simples tidèles. On allait même jusqu'à conseiller de chanter la gamme des sept voyelles pendant la préparation d'un parfum médical (3). Aussi, voilà pourquoi, malgré les protestations des Pères (4) et les ordonnances des conciles, des papyrus magiques avec formules chantées sont parvenus jusqu'à nous.
Pendant longtemps, la partie musicale de ces papyrus demeura problématique. Les recherches modernes sont parvenues à faire sortir de leurs limbes ces curieux spécimens, et nous pouvons maintenant lire ces invocations célèbres qui nous font connaître l'art de la vocalise religieuse aux premiers siècles de notre ère (5).
La gamme de ces « mélodies liturgiques (G), » car elles le furent véritablement pour les cultes gnostiques, s'étend du ré aigu au mi grave, avec si ? constant. A chaque degré correspond une voyelle :
A ré
E ut
H si bémol
1 la
O sol
r fa
Q. mi
I"" tétracorde
tétracorde
« C'est (7) l'heptacorde de la lyre primitive, de la lyre d'Hermès, avec
(i) Xicomaque de Gérase (ii» siècle) ; dans Ruelle, ColUction des iiuteurs grecs relatifs à la musique, Paris, 1881, in-8".
(2) Cf. IVlaspéro, L'Eitnéade, dans \a Rei'ue de l'histoire des religions, i8g2, p. -57 ; Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, t. 1, p. 106.
(j) Nicolas Myrepsus. dans Fabricius, 6jè/io//î. fraec, Xlll, 7 ; cf. Ammien Marcellin, xxix, 3, 23.
(4) Irénée (11" siècle) {Patr. Gr., t. VII, col. 610 et s., 830, etc.) ; Clément d'Alexandrie (n« iif siècle). Cohortatio ad gentcs, s'adresse aux païens.
(5 Ch -E. Ruelle, Le chant des sept voyelles grecques, dans la Revue des études giecquei, i88y, t. II ; Ch.-E. Ruelle et K. Poirée, Le chant gnostico-magique des sept voyelles, in-8", Solesmes, igoi ; Dom H. Leclercq, /l//'/wf'e( vocatique des Gnostiques, dans Dictionii. d'arch. chr,, déjà cité, col. [ 2711 et s.
(6) Ruelle op. cit., p. 4 .
(7) E. Poirée, op. cit., p. 28.
ses deux tétracordes conjoints, ré-la, la-mi, tétracordes d'espèce dorienne.... Nous nous trouvons donc en présence d'une manifestation d'art qui remonte à la plus haute antiquité. »
Tantôt la mélodie est écrite sans être accompagnée d'autres paroles, sur les amulettes, par exemple (i). Tantôt elle forme la partie vocalique d'une invocation bien précise h la Divinité, à un ange, à un saint chrétien même.
Son caractère liturgique est nettement marqué. Les papyrus du musée de Berlin (2), en particulier, contiennent « des hymnes dans lesquelles on reconnaît l'influence et parfois même le mélange d'éléments juifs, païens et chrétiens, à tel point qu'il ne serait peut-être pas téméraire d'y pressentir des traductions ou des pastiches des hymnes s\'riennes de Bardesanes (3) ». A ces réflexions judicieuses ajoutons que tel ou tel fragment donne à ces invocations avec vocalises le titre de -oozsiu.ivov, donné aussi par la liturgie grecque aux versets chantés qui accompagnent la lecture de l'épître et correspondent au psahnellus ou responsorium gradale des latins, précisément aussi chant vocalisé. La même page du même papyrus donne des indications pour l'interprétation des passages en térélismes (4).
Pour l'interprétation du chant gnostique, on a remarqué que les voyelles de la notation offrent cette heureuse indication qu'elles sont toujours réunies par groupes et par lignes : groupes et lignes sont séparés soit par un espace blanc entre les groupes ou à la fin de la ligne, soit par un système de points ou de virgules.
L'interprétation rythmique n'en est guère douteuse, car, pour qui connaît les idéesdes vieux métriciens, le tempspremierétant indivisible, le groupement des notes-voyelles ne peut souffrir que deux explications :
Ou la ponctuation simple indique la réunion des divers éléments rythmiques, ou elle indique de plus la prolongation du dernier son. Que l'on adopte l'une ou l'autre manière d'interpréter, on arrive à une vocalise d'un caractère rythmique très libre. Cependant la seconde manière a contre elle une grave objection : certains papyrus et autres documents gnostiques alignent les voyelles cote à côte, sans se préoccuper de les séparer, n'en interrompant la ligne qu'à la fin des périodes. Ces considérations ont amené, dans la reconstitution musicale de ces voyelles, à adopter « le principe d'un cursus égal, pouvant être interprété librement (5) ».
(i) Dom II. I.eclercq, op. cil., avec de nnmtircux exemples.
(2J Voyez plus loin.
{3) Dom II. Lcclercq, o/>. <.i7., col. i i-',.
(.1) Id., col. 128^.
(5)E. Poirée, op. cit., p. 33.
Nous transcrirons donc à aotre tour quelques-unes de ces mélodies, en usant du même procédé ; comme pour les exemples plus haut donnés de vocalises juives, nous adoptons les croches comme temps premiers, en indiquant par leurs liaisons celles des notes-voyelles. Nous marquons par le point d'orgue la prolongation des longues finales, et par une noire les caractères isolés les uns des autres.
Nous laissons de côté, malgré leur intérêt mélodique, les formules curieuses des amulettes, le groupement rythmique faisant défaut (i). D'autres vocalises, dont nous ne pouvons d'ailleurs, vu les lacunes des textes, suivre le développement liturgique, n'offrent parfois qu'un intérêt insignifiant, comme des fragments de la gamme magique mis bout à bout, en commençant successivement par un degré différent, tantôt en montant, tantôt en descendant.
Voici les passages les plus curieux de ces manuscrits :
Fragment (papyrus I de Berlin 2 .
i3; R^s- Ih.i- - - -
(Seigneur soleil )
Autre qu'il faut dire après la prière avant de se coucher (papyrus II de Berlin, col. 1, 1. 12-itî) :
(4) 'ETT'.zaXo'juia'! lî K'jp'. = , (;jo'./.'-u j;iv(;j' 'jijivw 700 to i^cov •/.paTo;.
(Je l'invoque. Seigneur, par une hymne ; je chanie ta sainte puissance.)
(5) voix d'homme rj 'ET:'.y.5iXoj ua'! 3e, îuz ù-o [i'/'izXw-/ }] appsvwv oujvf,* (Je t'invoque par la voix des [anges ?] mâles :)"
(i) On pourra en lire dans Dom H. Leclercq, op. cit., col. 1283.
(2) Col 3, ligne 227 ; éd. H. Parlhey, Zivei griechische Zauberpapyri des Berliner Muséum, dans les comptes rendus de l'Académie : Abhandiungen Jer Koniglichcn AkaJemie der Wissenscha/len zu Berlii, iS6j, Philoi.-histor. Klasse, in-.|°, Berlin. i8ti6, p. 109 et s.
(3) Nous supposons que la noie de récitation est la même que la première de la vocalise (id., ligne 229).
(41 Papyrus \V de Leyde, p. ly', lignes 31-32; éd. C. Leemans, Pjpiri gr,jeci musei antiquarii publici Lugduni-BaUvi.,., in-4" : Lugduni-Batavorum, 1885, t. II, p. 77 et s. (5) Id., p. 19, lignes 13 et s.
[voix de femme r]
(Je t'invoque par la voix des [angesr] femelles: )
Fragment de vocalise 'i).
Enfin, aux intéressantes transcriptions qui précèdent, ajoutons une table assez énigmatique a'un autre papyrus (2) du même genre : c'est l'ordre dans lequel doivent être accomplis les dilTcrents actes de l'incantation. Ce tableau n'aurait pour nous aucun intérêt s'il ne renfermait justement des indications musicales :
I, tremblement du nom [sacré?], silence; 2, sifflement (3).... 10, son harmonieux (ou enharmonique?) ; 11, souffle vocal (des vo\'clIes, ou vocalise); I 2, échelle (ou ton) produisant le souffle (vocalise) ; i3, son émis avec force ; 14, forte descente de la finale (4). Le dernier terme, v.noôèj'yic/., que nous rendons par « descente », a été conservé dans la notation musicale byzantine, sous la forme ùnooior, (ou ùr.oioor,, forme plus récente); ce vocable indique deux sons lies descendants, seconde et tierce, et a été aussi appliqué à l'antique ['Motioi et au aùou.a. de cette notation (3).
(i) Paris, I5ibl. nat., grand papyrus magique (iv» siècle), f" i^',). ij2|-i.'25. Cf. W'esscly, Griechischc Zaubapapyri von Paris und I.ondoii, dans Deiiksdtri/ten Jer Kaisi;iliclie AkaJemie dcr Wisscnschitflen, t. XXXVI, 2= partie, page 75, in-.|", W'ien, 18S8.
(2) Londres, papyrus cxxi (m'' ou iv" sicclel, verso, 1. 831 ; cf. W'esscly, Neue giiccliiache ZaubeipJtyri, p. 48 ; mùme collection que ci dessus, t.XLlI, 2" partie, 1893.
(-5) A rapprocher du texte de Nicomaque de Gérase, plus haut cité : ajoutons qu'en divers endroits les papyrus que nous étudions indiquent ce sifflement par le sigma plusieurs fois répété : ajaas. Nous ne reproduisons pas ce qui suit, de 3 à 10, comme n'intéressant pas notre sujet.
(4) 0 a auvxpofjtoc t')'j ovofixTO? iiyt;. 0 p T07tn'ja|io;.
t< i çOoYYoc svapjjiovio;.
0 ta TtvEJUï tpiDvatv.
0 Ip T/X'*^ aVEfiOTCOlOÎ.
0 If tpOoYYOÇ avaY>f ""''>?• 0 10 teXeio-tjtoî avaY-^ai-iXT, aToppoia. (5) Voyez notre Paléographie musicale byzantine, Leipr.ig, 1906.
LES SOURCES PRIMITIVES 3l
Faisons, en terminant cette étude, quelques remarques capitales : 1° Comme dans léchant juif, la vocalise liturgique altenie avec des passages en récits ; quelquefois, ce n'est qu'une petite formule qui orne la fin d'un verset.
■i" De quelque façon qu'on interprète ces vocalises, nous nous trouvons en présence de phrases où la liberté d'exécution du rythme s'impose :
a) Tantôt un rythme se reproduit régulièrement ;
b) Tantôt les rythmes divers alternent.
3° Ces papyrus gnostico-magiques contiennent deux éléments que nous retrouvons, l'un, avec le 7io!/Z£t|X£Vov, son nom même, dans les liturgies grecques; le second, le térétisme, ou répétition d'un même son, avec le même nom, ou encore celui de klasma, dans le chant byzantin, et avec le nom de strophicus [nota injlatilis, vox repercussa, vox tremula) dans le chant grégorien.
4° L'existence dtune notation liturgique basée sur un principe plus certain que celle des rabbins; des lettres représentant chacune un son et un temps uniques, et groupées par rythmes.
5" Nous n'avons aucun moyen 'de connaître l'âge précis de ces mélodies que par l'âge même des manuscrits qui les contiennent; les plus anciens de ceux-ci (Leyde) sont antérieurs au iV^ siècle ; les plus récents (Berlin) ne peuvent être datés avant cette époque, ni après le vu* siècle.
Ces chants sont donc pour nous des témoins évidents de ce qu'a été la mélodie liturgique dans des groupements religieux apparentés à la fois au judaïsme, au christianisme, au paganisme, à l'époque même de la formation et du développement de la mélopée chrétienne. Leur étude permet de reculer plus encore l'antiquité des principes que nous avions déduits de l'étude des monuments juifs postérieurs à cette époque.