CHAPITRE II
I. La psalmodie aux trois premiers siècles. Les origines de la liturgie latine.
On a voulu imaginer ce qu'aurait pu être la musique chrétienne des premiers âges, aussi bien que celle qui se fixa par la suite : trop souvent, on édifia sur ce terrain des « constructions aprioristiques », ainsi que le dit excellemment un des meilleurs juges en la question (i).
En réalité, ce qu'a été le chant de l'Église ressort suffisamment de ce que l'examen des sources originales nous révèle. Le christianisme entrant en contact avec le monde gréco-romain, apportant avec lui des formes d'art judéo-orientales, se trouvait en face d'une technique et de formes musicales en partie différentes de ce que ses origines premières lui avaient légué.
Réunir les unes aux autres, expliquer au moyen des théories en cours ou appliquer à ces mêmes théories les thèmes que lui avaient transmis traditionnellement les musiciens juifs, telle fut donc la tâche des chantres chrétiens pendant au moins quatre siècles. De ce travail devaient évidemment surgir des formes nouvelles, et d'autant plus que les langues liturgiques allaient agrandissant leur cercle.
Le culte traditionnel de l'ancienne synagogue se servait de la vieille langue hébraïque pour le chant des psaumes et la lecture des Livres saints. Mais la version grecque alexandrine dite des Septante et celle d'Aquila, répandues chez les juifs hellénistiques, la version syriaque du second siècle, connue sous le nom de Peschito, d'autres peut-être que nous ignorons, tendaient à supplanter l'original hébreu.
Nous ne savons point, il est vrai, d'une façon précise, si ces versions ne servaient qu'à l'usage privé de l'Écriture sainte, à son étude à l'aide
(i) D' p. Wagner, AVuHieiiAuHi/i.', Pjljeo^'rj(<hie des Grefrorijiiischen Gesànges, Fribourg en Suisse. 1905, gr. in-8. L'.Tuieur repond excellemment aux théories imaginées par Dechevrens, llomlard etc.. en montrant, une fois de plus, quelles n'ont pas de racines dans I histoire de I art, malgré la manière ingénicuî^c dont elles sont présentées et soutenues. Une autie excellente réponse est celle de Dom Vivell, Der Gi-tgorianische Cesang, Gratz, 190^.
d"un langage plus familier, ou si elles étaient autorisées pour l'office liturgique.
Cependant, à examiner l'emploi de la langue grecque chez tant de communautés juives de la Diaspora, à voir comment une multitude de ces communautés s'est convertie à la foi chrétienne, abandonnant aux juifs de la nouvelle dispersion l'usage exclusif de l'hébreu et du chalda'ique, il est permis de supposer assez justement que lesdites communautés employaient ordinairement la langue grecque pour leur liturgie traditionnelle (i ).
Les prédicateurs de la foi chrétienne suivirent les habitudes des s3'nagogues. L'Eglise de Jérusalem, formée exclusivement d'Israélites pendant de longues années, dut conserver plus exactement que d'autres les observances originales. Quand, après la destruction de la ville par Adrien, elle se reforme dans la nouvelle ^Elia, les éléments grecs dominent et leur langue, la koivà, l'emporte sur les dialectes sémitiques : il est presque certain cependant que la tradition liturgique survécut dans sa plus grande partie. Aux siècles suivants, c'est toujours sur Jérusalem que la chrétienté fixe les yeux, et quand Rome cherche à organiser définitivement son service liturgique, et particulièrent le « cursus » psalmodique, c'est dans la ville sainte qu'elle va chercher ses modèles (2).
Il est naturel de penser que l'habitude de la langue grecque ne fut pas sans intfuer sur les cantilènes hébraïques, au texte original desquelles elle substituait sa traduction ; que, d'autre part, à de nouveaux textes liturgiques en grec, une mélopée de style grec fut unie. Enfin, lorsque Rome, au cours du m" siècle, emprunta à d'autres Eglises l'usage du latin, ces modifications durent s'accentuer.
Cependant il ne faudrait pas s'exagérer l'importance de ces transformations. Établie partout sur des bases identiques, tournant dans un même cercle, mêlant ici et là ses éléments divers, la musique chrétienne devait rester une, et les accidents extérieurs que le changement de la langue chantée amenait n'étaient en somme que des détails : l'ensemble subsistait dans ses grandes lignes.
En commençant l'étude de cette musique, il est facile de se rendre compte des conditions auxquelles elle devait obéir, c'est-à-dire ce que le dépouillement des sources d'origine nous a révélé.
Résumons donc à grands traits les résultats déjà obtenus.
La TONALITÉ est ordinairement diatonique ; rarement on emploie le chromatique et l'enharmonique, jamais dans le culte soit judaïque, soit gnostique.
(i) Cf. les passages de Philon déjà cités, pages 4 et 17. D'autres textes favorisent également cette conclusion.
(2, Dom Cabrol, Les Églises de JérusaUm. l.i Jis~:i[-li'ie d la Uluf^ie m IV' siècle, Paris, 189!^, in-H° (étude sur la Pcregrinatio).
44 '-ES ORIGINES DU CnANT ROMAIN
Les gammes sont celles que l'antiquité a classées, soit toute octave qu'on peut former sur chacune des notes de la gamme naturelle. Dans les chants directement tirés ou imités de la synagogue, tels que les mélodies vocalisées des psaumes, deux gammes l'emporteront sur les autres : celle de la, celle d'ut ou de fa. Enfin toutes ces mélodies connaîtront l'usage de la viodulalioji au moyen du si?. On emploiera également l'octave de ;;// avec ^ (page 27), qui n'est autre que l'échelle mixolydienne changée de place (base mi, au lieu de si).
La RYTHMIQUE a plusieurs points communs dans la musique juive, gnostique ou grecque.
Le temps premier est indivisible, et égal à lui-même, par exemple lap ne peut jamais se résoudre en valeurs plus petites.
Les temps s'unissenten formant des rythmes son égaux: 24-2 + 2-1-2, etc. ; 3-1-3-4-3 + 3, etc. ; 5 + 5 + 5 + 5, etc. ; soit inégaux : 2 + 3 + 2 + 4 + 7 + 3, etc. Certains chants, en forme de récitatif, suivront le mouvement de la parole, et leur rythme devient surtout sensible par Vobservation de Vaccent tonique.
Le STYLE liturgique juif ou gnostique est roca/; les Grecs emploj-ant la cithare comme principal instrument d'accompagnement, le style citharodique a pu fortement influer sur les mélodies purement vocales. Mais déjà le style musical du Temple avait subi une influence analogue, dont nous constatons l'effet dans la vocalise liturgique de la synagogue ou de l'église. Deux points réunissent ces genres divers :
a) La variation sur un thème, variation qu'on obtient soit en décomposant les valeurs longues : L* * * * **■**. à la place de f T' T, soit en amplifiant le thème au moyen de nouveaux rythmes ;
b) La liberté de la contexture rythmique.
Tantôt le chant sera récitatif, coupé ou non de passages vocalises, ou même presque entièrement vocalisé (style oriental) ; tantôt, syllabique, il se revêt d'une mélodie bien ordonnée, dont les éléments divers se contrebalancent avec une certaine égalité (style grec).
Tel est, en résumé, le cadre qu'offrait aux chantres chrétiens la source judaïque ou orientale jointe à l'art hellénique. Telles sont donc les formes qu'a suivies la mélodie ecclésiastique dès ses origines, et que nous retrouvons, hâtons-nous de le dire, dans ses développements. A fortiori, tout système qui exclurait ces éléments primordiaux, ou qui en imaginerait d'autres, doit être rejeté comme purement subjectif, sans base fondée sur la nature réelle des choses.
Ce que l'histoire nous a conservé de plus certain sur le chant chrétien primitif, c'est une documentation purement extérieure, en ce sens qu'elle ne nous donne point de détails sur la mélodie non plus que sur le rythme, mais sur le style général et la manière d'interpréter.
La base du chant à exécuter, c'est le livre des psaumes, avec les autres cantiques de l'Ecriture sainte.
Dès l'origine du christianisme, nous avons vu Paul rappeler les fidèles au chant de ces psaumes et de ces odes. Un texte S3'riaque peu connu, présenté comme la traduction d'une lettre du pape saint Clément, à la fin du premier siècle, nous renseigne sur une des façons dont les chrétiens de son temps se servaient des psaumes. Le texte est assez précieux, en nous montrant qu'il s'agit là d'une véritable exécution musicale, et même d'une exécution d'un genre particulier :
M Et ainsi dans les festins des païens ne chantons pas les psaumes, et ne lisons pas les Écritures, de peur de paraître semblables aux musiciens, citharèdes, chanteurs et diseurs de bonne aventure, qui exercent leur art pour une bouchée de pain ou un mauvais vin mêlé, quémandé de façon peu noble ; il ne convient pas que nous chantions ainsi les cantiques du Seigneur dans la terre étrangère (i). »
C'est à la même époque que Pline le Jeune, dans son rapport célèbre à Trajan sur les chrétiens de la province de Bithjmie, dont il était gouverneur, mentionne comment ces chrétiens « avaient coutume de se réunira jour fixe pour dire un chant au Christ, comme à Dieu(2) ». On a proposé de voir ici une allusion au cantique Gloria in excelsis Deo, l'un des plus anciens de la liturgie, d'autant plus que dans l'apologie d'Aristide, découverte il y a peu d'années (3), on lit : « Chaque matin et à chaque heure, à cause de la bonté de Dieu envers eux, ils le louent et le glorifient. » C'est à rapprocher en effet du Laudaimis te..., glorijicamiis te,... propter magnam gloriam, de la grande doxologie.
Mais tous ces textes, à défaut de renseignement purement musical, nous prouvent que les premiers chrétiens chantaient, et chantaient en pleine persécution.
Un siècle plus tard, Clément d'Alexandrie, très bien renseigné sur la pratique musicale, nous donne, comme l'auteur précédent, d'intéressants détails sur l'usage de la musique chez les chrétiens de son temps; s'il indique les instruments de musique comme pouvant être utilisés au délassement, après les repas par exemple, il montre qu'à l'église ils ne conviennent pas (4). Tous les Pères plus récents appuient sur cette exclusion des instruments pour le culte liturgique: la musique de l'oflice est purement vocale.
Clément d'Alexandrie condamne pareillement le genre chromatique, bon pour les débauches des courtisanes, et qui ne saurait convenir à
(i) Saint Clément, ép. ii aux vierges [Patr. Gr., I, 43 1-^33).
(2) Quod essent solili stato die ante lucem convcnirc carmenque Christo quasi Deo dicere secum invlcem. Plirii Epist. x, 97.
{■^)fTextes and studies, 1, n» 1, sec. edit., Cambridge, 1893, p. 93. Ce rapproclicment heureux a été proposé par Dom Cagin, Paléographie musicale, \\ 17.
(4) Paedagog. Il, 4 (Pa<r. Gr., t. VIII, col. 4431.
4*3 LES OKIGINl-S DU CHANT ROMAIN
deschrétiens (i). Semblable prohibition est portée par les autres Pères : on le remarquera toutefois, c'est surtout en Orient que ces abus sont visés ; jamais en O.ccidcnt il n'y eut à empêcher les chrétiens d'introduire à l'église les mollesses chromatiques et les autres habitudes de la musique païenne, tels que les chants rythmés par les claquements de main, ou composés pour des chivurs de femmes remplissant un office liturgique (2).
Laissons donc de côté ces abus où retombaient facilement les églises orientales et poursuivons l'historique de la psalmodie dans ses rapports avec les contrées occidentales.
De bonne heure. les chrétiens des pays latins firent une traduction à leur usage ; on la connaît sous le nom de l'cliis //a/j (vieille italique]; toujours conservée pour le chant du psautier à Saint-Pierre de Rome, c'est à elle et à des versions analogues que furent empruntés les textes mis en musique pour l'office romain pendant plusieurs siècles du moyen âge, sauf — et ceci est de grande importance — pour les textes choisis sous riu^ipiraliou du pupc (itx'Koire le Gt-aud, qui à l'ancienne version préféra la \'ulgatc.
La vieille italique ne parait avoir acquis droit de cité à Rome que par l'usage, au moment de la substitution, peut-être progressive, de la langue latine à la langue grecque employée dans l'usage ecclésiastique.
Le grec, qui en effet était, sinon parlé, du moins compris, à Rome, par une grande partie de la population, demeura jusqu'au cours du \\f siècle la langue religieuse chrétienne.
Les inscriptions tumulaires, les devises des vases saciés trouvés dans les cimetières souterrains, les écrits intéressant la liturgie, nous montrent l'emploi étendu du grec.
Au 1'' siècle, le pape saint Clément, écrivant en grec, insère dans une de ses lettres tout un passage de forme liturgique (3), dont une partie est conservée dans les rites des églises dépendant du patriarcat d'Alexandrie; nous retrouvons d'autres oraisons de ces rites, dont l'original est grec, dans le vénérable texte latin du livre De sjcramenlisi^). prototype du canon romain de la messe.
Encore au début du ni' siècle, les Canons d'Hippolyte, déjà mentionnés, paraissent avoir eu force de loi à Rome, et ils contiennent beaucoup de choses liturgiques, dont on retrouve certaines à la fois dans cette ville et h Alexandrie.
C'est peu après ce moment que nous croyons pouvoir constater pour
(i) P.icdjgof;., loc. cit.
(2) Comme à Antioche au m» siècle : lettre synodale pour la déposition de l'cvC-que Paul de Samosate, en 272 iMansi, Concilia, 1, 1003, 1098; ; à Milet, au commencement du iv« iThéodorct, Pair. Gr., LX.X.XII, 426).
(3) Cf. Duchesne, /. c. ; D. Cabrol, Livre Je /,i prière antique, sup. cil., p. iS;. Ui Cf. article Alexandrie (liturgie d'), Diction, d'arch. chrit., col. i 191 et s.
la première fois l'existence de la liturgie latine. Pour les différentes prières litaniques, en particulier, l'ère des persécutions s'impose, et même aune date très haute (i); il est beaucoup de cas où il en est de même. Des oraisons, des préfaces, des messes entières de martyrs, de stations à leur mémoire, sont ainsi datées parles allusions qu'elles renferment (2) ; et non seulement dans les Sacramentaires romains, mais aussi dans les autres.
Le service liturgique était donc déjà constitué au moins h la dernière époque des persécutions.
Or, si les persécutions ont duré trois siècles, le grec a été la langue officielle pendant deux. De Maxirnin (ann. 235) à Constantin, elles ont été à peine interrompues. Ce serait dans les rares interruptions des poursuites contre les chrétiens que les messes latines en question auraient été mises en usage : peut-être l'époque de Félix P'' convient-elle à cet essor.
Mais, de ce que ces messes suivent un ordre liturgique rigoureux, il s'ensuit que le cadre auquel on les appliquait leur était antérieur : cadre dont l'institution nécessite une période de calme relatif, propice en tout cas à tout genre d'organisation ; une seule série d'années répond à ce desideratum, c'est de 211 à 23?, de Septime Sévère à Maximin.
Alors régnaient les saints papes Zéphyrin, Calliste, Urbain, ouvrant pour \?i première fois une série presque ininterrompue de papes romains d'origine ; dans les temps précédents, ceux d'origine grecque étaient plus fréquents. L'Église jouissait alors d'une liberté relative, et les fidèles pouvaient bâtir ostensiblement des églises.
C'est pour nous, à n'en pas douter, le temps vers lequel a dû non seulement entrer en vigueur l'usage de la langue latine dans le service liturgique, mais encore se former Vordo latin, avec son cadre, ses lois de variations euchologiques, s'étendre dans tout l'Occident, où ses caractères spécifiques deviennent plus nettement accusés, et finalement, quand les persécutions sont redevenues plus fortes, être suffisamment en possession pour offrir aux liturgistes assez de messes à l'exemple desquelles ils puissent désormais célébrer, avec une certaine fixité rituelle, les anniversaires des nouveaux martyrs.
Et s'il fallait plus nettement préciser l'époque originelle de cette liturgie latine, nous la placerions volontiers au temps du pape Calliste.
Les documents précis et contemporains nous font défaut, il est vrai, et les traditions romaines recueillies dans le Liber Pontificalis soiit le seul guide que nous ayons sur la question. Bien que, sur divers points.
(i) Elles renferment en effet des invocations pour les chrétiens condamnés à la prison, àl'exil, aux mines (spécialement les litanies du Carême dans la liturgie de Milan). (2) Cf. Dom Guéranger, Imtit. liturg., III, pag. -'y et seq. {2^ édit., 1883;.
leur authenticité soit douteuse, ils nous révèlent cependant le fond de ce qu'on croyait à Rome aux v„ et vie siècles.
Or, c'est précisément aux saints papes Zéphyrin et Calliste qu'on fait surtout honneur de l'organisation principale de la messe (i) avec l'assistance des prêtres autour de l'évêque, de celle du jeûne solennel qui devint celui des Quatre-Temps (2'!, de l'édification d'une basilique dédiée depuis à la mémoire de la sainte Vierge, Sainte-Marie /;? 7 rastevere (3). Si la tradition, en ce qui concerne l'origine de cette basilique, est battue en brèche par l'érudition moderne, qui ne voit en elle qu'une fondation du pape saint Jules, au iv° siècle (4), iuxla aream Callisli, cWc acquiert une nouvelle force dans la présence, au rite romain le plus ancien que nous connaissions, d'une staliou liturgique en mémoire de la sainte ^'ieI"ge, le 1" janvier, en cette même basilique, et la liturgie actuelle en fait toujours mention.
Nous n'avons point le dessein de conclure à la véracité de la tradition, mais à montrer sa connexion avec d'autres faits. Le précédent en est un : en voici un autre.
En cette fête, le premier chant solennel de la messe est écrit sur ces paroles du ps. 44 : » Viilium liiiiin dcpreccibunlur, etc.: Tous les riches de ton peuple t'adoreront », et la suite du psaume continue : « ils riendront avec leurs présents ». Cette antienne, qui fait maintenant partie du commun des Vierges, était d'abord réservée à la fête du i"' janvier, et s'appliquait exclusivement à la Vierge Marie. Si nous cherchons une documentation ancienne de ce sens mystique, nous la trouverons dans les peintures des cimetières souterrainsdeRome, et particulièrement celui de Calliste ; c'est une représentation de la ^'ierge avec l'Enfant Jésus, ou parfois seule, assise sur un trône, et recevant l'adoration de trois, quatre ou plusieurs personnages richement vêtus, lui apportant leurs présents (5).
C'est, nous semble-t-il, à une peinture de ce genre que se réfère l'évêque Abercius de Hiérapolis, dans son épitaphe célèbre [6] : ;< C'est lui qui m'envoya [de l'Orient] à Rome contempler la majesté souveraine, et voir une reine aux vêtements d'or et aux chaussures d'or... Partout elle m'a servi en nourriture un poisson {7) de source, très grand, très pur, etc. «
(1) Lit. Poiiti/., éd. Diichcsne, I, 6i, 141.
(2) Id.
{3) W., p. im, noie 5 ; cf. p. 2o(>, n" 5.
(4) Id., p. 206 ; cf. de Rossi, ISulUttino d'arcli. liisI., ann. 1866, p. 9^.
(5) Cf. H. Maruchi, Eléments d\T7chcologi<:, I, jiy ; et un ar(icle du même auteur, avec nombreux fac-similés, dans la Revue du Monde catholique illustré, Paris et Rome, janvier 190'?.
(6) Voyez Abercius, par Dom H. Leclcrcq, dans le Dictiimn. d'arch. chrét.et de lit , c. 66 et s. 71 'I/'J'j;, anagramme de 'It.toj; Xs'.j-i; Bîoj 'V'.ô; lioTr^p, Jésus-Christ, Fils de Dieu,
Sauveur, symbole cher aux premiers chrétiens pendant les temps de persécution.
Quoi qu'il en soit, avec cette représentation, le texte Vitltum tinim est directement visé, et ce rapprochement était très fréquent en plein m" siècle ; au iv, il l'est beaucoup moins. A n'en pas douter, l'usage de se servir du texte Vultinn tuu>n dans ia liturgie peut remontera cette époque lointaine.
Quant à l'organisation des jeûnes solennels des samedis, on remarquera que le rédacteur du Liber Ponlificalis n'en fait pas les Quatrc- Temps, mais nous révèle ainsi que l'on avait souvenance à Rome d'une ordonnance liturgique antérieure aux Quatrc-Temps. On trouve trace de ceux-ci seulement au temps de saint Léon, vers le milieu du v"" siècle, mais les jeûnes divers réunis sous ce nom existaient bien auparavant, comme le montrent des textes que nous avons cités ailleurs (i). Les chants du samedi, dans ces jeûnes solennels, ont, soit par leur ordonnance générale, soit par leur caractère propre, une marque d'antiquité indéniable. C'est encore à l'heure actuelle la seule messe qui ait conservé, dans le beau Benedichis es, un psalmus responsoriiis en chant simple, avec son répons dit par la foule.
Nous ne disons pas que, précisément, ces chants se soient trouvés fixés dès le ni"-" siècle, mais certainement l'usage de leur texte, sur le thème musical original, peut être daté de cette époque.
IL La psalmodie au quati-ièmc siècle. Antiennes et i-épons.
C'est à la fin du même siècle ou au début du suivant qu'un nouvel usage s'établit dans l'Eglise orientale : celui du chant choral des psaumes. Jusqu'alors la récitation ou le chant modulé était réservé au soliste, le chreur se bornant à ajouter le refrain. Déjà cependant, les thérapeutes de Philon avaient-ils chanté les psaumes à deux chœurs ; mais il ne paraît point que cette habitude ait passé dans les assemblées chrétiennes, quoiqu'un historien en attribue l'introduction dans l'Eglise à saint Ignace, second évèque d'Antioche (2).
Le plus grand nombre et les plus décisifs des textes sur l'origine de la psalmodie en chœur (3) nous amènent dans les chrétientés syriennes voisines de la Perse, en même temps que naissent les hymnes à formes hirmiques et strophiques destinées à être chantées par les fidèles.
Saint Ephrem, le diacre d'Édesse, paraît avoir été le principal auteur de cette innovation, partie nécessitée pour intéresser les fidèles par
(i) Voir pages i-j et 48.
(j) Socrate, Hist. eccL, 1. VI, c. viii {P. G., LXVII, 88g).
(3; Réunis pour la première fois par Dom Cagin, dans Paléo^r. musicale, i. Vl, p. ig-20.
LES ORIGI.NES 4
5o LES ORIGINES UU CHANT HO.MAIN
leur participation suivie au chant liturgique, partie pour les détourner des hérétiques qui avaient imaginé des choses analogues.
Ce fut entre les années 848 et 358 (i) que le nouvel usage s'introduisit dans les chrétientés grecques, à commencer par Antioche, dans des circonstances analogues sans doute à celles des f^gliscs de Perse, mais pour la première fois détaillées dans les récits des historiens qui nous les ont rapportées (2).
Antioche, la ville riche et luxueuse, la grande métropole syrienne, lien entre l'Hellade et l'Orient, devait certainement avoir appliqué aux offices liturgiques une partie des immenses revenus dont, sous la persécution même, l'évéque Paul de Samosate avait si indignement usé (3), que l'empereur romain lui-même avait dû intervenir au procès entre l'église et l'évéque, au point de vue civil, tandis qu'au religieux celui-ci était excommunié (ann. 2G9).
Mais il semblait que la richesse d'Antioche et de son église dût influer sur ses pasteurs, et, trois quarts de siècle après, les hérétiques ariens peuvent entraîner toute une partie de la population sans que l'évéque Léontios tente autre chose contre eux qu'un mol essai de résistance.
Le clergé, en général, n'était peut être pas beaucoup plus zélé, quand Flavien et Diodore, membres d'une confrérie d'ascètes, et dont l'un au moins était laïque, eurent l'idée d'associer le peuple pratiquant à l'office des ascètes, qui. imitant l'usage, nouveau alors, des solitaires, se réunissaient souvent la nuit pour chanter tout ou partie du psautier.
A l'imitation de ce qu'on pratiquait dans les églises de langue syrienne, peut-être même dans celles qui appartenaient au territoire d'Antioche, les ascètes, au lieu de laisser au lecteur le récit du psaume, le confient aux fidèles, partagés en deux demi-ch(eurs alternatifs, l'un, des hommes, l'autre, des femmes et des enfants, tandis que tous se réunissent pour chanter Valleliiia, ou quelque refrain nouveau, remplaçant ou accompagnant les antiques akrotclcnlia, cphj-DiitiaJiypakoai, akroslikliiai.
Ce genre d'exécution était désigné par les anciens sous le nom à.\vitipho)iia, antiphonon melos^ « mélodie en écho » ; ce nom pouvait donc s'appliquer soit à l'alternance des chœurs, se faisant écho en répétant la mélodie à l'octave, soit à leur union dans le refrain. Ce refrain prit lui-même souvent le nom à'anliphonon ou « antienne », lors même qu'on l'exécutait seul, sans les versets du psaume.
C'est à l'occasion de Flavien et de Diodore, devenu plus tard évêque
(1) Dates de Dom Cagin, loc. cit.
(2) Théodoret, Ilht. ecd., 1. II, c. ix (P. C, , l.XX.Xn,io57); Nicétas, Thesaur.JiJ. orllioJ., 1. V, t. XXX, citant Théodore de Mopsueste {P. (1., CXXXI.X, 1390) ; Socrate, '. c; Sozomcnc , Hiit. Eccl , 1. VIII, c. Mil {P. G., LXVII. 1536- 1837).
(j) Euscbe, Hist. ecd., I. VII, c. xxx (P. G., XX, 709, 712, 719).
d'Antioche, qu'on voit apparaître le chant de la petite doxologie Gloria Palri, etc. Elle était un de ces refrains nouveaux qui se chantaient en antiphonie, et l'original a pu en être emprunté, en le modifiant, aux hérétiques. Cependant, remarquons que les Canons d'Hippolyte prescrivent déjà, un siècle et demi plus tôt, comme doxologie des oraisons : Gloria tibi Patri, et Filio, et Spiritiii Saitclo, iii saecula saeciiloriim. ^imeii. Mais rien ne nous dit que cette règle ait été connue en Syrie.
L'entreprise de Flavien et de Diodore eut un tel succès qu'elle se répandit dans toutes les contrées chrétiennes, tellement qu'un demisiècle après, c'est-à-dire vers la fin du iv* siècle, la plupart des Églises importantes l'avaient adoptée.
A Milan, l'introduction des nouveaux usages se fit en l'an 38G, sur l'ordre de saint Ambroise, dans des circonstances analogues à celles de Syrie et d'Antioche. A Constantinople, c'est saint Jean Chrysostome qui les importa en 390.
A Rome enfin, les traditions les plus certaines, éclairées par les recherches des spécialistes, fixent au pontificat de Damase (3(5(5-384) l'organisation de la liturgie et du chant :
« Il ordonna le chant des psaumes jour et nuit dans toutes les églises; il le prescrivit aux prêtres, aux évèques et aux moines (i). » — «Siri.7//e/tn'aestdit ici (à la messe), on dit que c'est le bienheureux Jérôme qui l'emprunta à l'Église de Jérusalem au temps de Damase (2). » — « Le premier, le bienheureux pape Damase, avec l'aide du prêtre saint Jérôme, institua et ordonna l'ordre ecclésiastique, décrit d'après celui de Jérusalem (3). »
Il semble donc, malgré l'absence de documents contemporains, qu'on peut admettre la tradition. Saint Damase eut, en effet, la part la plus active dans l'organisation de l'Eglise romaine à la fin du iv siècle ; saint Jérôme, qui revisa et refit les traductions latines des Livres saints, fut l'aide de Damase, qui le choisit pour secrétaire du grand concile romain de 382 ; peut-être ce concile lui-même fut-il le signal de l'adoption à Rome des nouvelles coutumes (4).
On peut noter qu'en cette occasion un nombreux clergé grec et syrien
(i) Constituit ut ps^ilmos die nocluque canerentur per omnes ecclesias, qui hoc praecepit presbyteris vel episcopis vel monasteriis. Lib. Pont., éd. Duchesne, I, pag. 2i j.
(2) Ut allduia hic diceretur, de Hierosolymorum Ecclesia e.\ beati Hieronymi traditione tempore beatae memoriae Damasi Papae traditur tractum. S. Grégoire le Grand, ep. 12 (I. IX ; Patr. Lat., t. LXXVII, col. 596).
(3) Primus, beatus Damasus Papa, adiuvante sancto Hieronymo presbytero, ordinem ecclesiasticum... instituit et ordinavit. Qualiter monasteriis in Rom. Eccl. constitutis est consuetudo [De praniio monachorum) ; édité par Gerbert, Monum. liturg-. vet. Alemann., San-BIasii, 1788 (Patr. Lat., t. CX.XXVIII, col. 13^7) ; réédité par Batiffol, Hist. du bréviaire romain, p. 349-50, Paris, 1893.
(.}) Dom Baeumer, up. cit. ; Mgr Batiffol, op. cit.
vint se réunir au clergé romain, pour fixer des points disciplinaires.
Quant à l'organisation liturgique de Rome d'après celle de Jérusalem à la même époque, c'est maintenant un fait hors de doute depuis les études auxquelles a donné lieu la publication de la Peregrinatio (Et/ieriae){i).
En résumé, le chant des psaumes donne lieu, au m" et au iv^ siècle surtout, à de nouvelles formes musicales et liturgiques.
A l'ancien chant, simple ou orné, mais réservé au soliste avec réponses du chœur {respoiisoriuw), on ajoute l'antiphonie ou l'antienne {antipliona)^ dans laquelle deux chœurs alternent avant de se réunir.
En même temps, au simple verset ou fragment de verset chanté en répons, on substitue en divers cas un texte autre que celui tiré du psaume ; ce texte peut être soit emprunté à un autre livre de l'Ecriture, soit entièrement de composition ecclésiastique.
Cette habitude nouvelle eut forcément une répercussion importante sur la musique : à l'antique répons convenait le quasi-récitatif de la psalmodie ordinaire ; au refrain plus long et mieux ordonné de l'antiphonie, une mélodie plus recherchée devenait nécessaire (2).
Sur quelles bases s'établissaient donc alors ces nouvelles coutumes ?
Est-il possible de déterminer, dans une certaine mesure, les textes alors chantés, anciens ou nouveaux, et le genre musical auquel ils donnèrent naissance ? Nous le cro\'Ons.
Aux descriptions des Pères du iv' siècle répond en etlct parfaitement l'organisation des livres liturgiques que nous ne connaissons cependant que par des exemplaires plus récents.
Prenons les nombreux passages où saint Augustin a relevé des textes chantés soit en antienne, soit en répons (3). Ces textes, surtout lorsqu'ils sont tirés du psaume, sont très courts. Or, nous en retrouvons une grande partie dans le chant romain ou dans l'ambrosien, précisément dans le fonds le plus ancien de ces liturgies.
Dans l'une et l'autre, ils sont caractérisés par un chant très simple, presque syllabique, qui ne souffre aucune difficulté d'interprétation, et est très voisin du récit psalmodique. En voici quelques-uns; nous ne pouvons affirmer que la mélodie soit contemporaine des citations faites par saint Augustin ; il y a toutefois de grandes chances pour qu'il en soit ainsi, ces très courts refrains faisant partie du fonds primi-
(:) Dom Cahrol, op. cil. Voir l'article de Dom Fcriotin clans la Revue des ijiicsttoits historiques et lapins récente thèse d'Anglade (1905).
(2) On consultera avec intérêt l'étude de Dom 11. Leclcrcq sur I'.Ih/ùhhc, dans le Dictionn. d'arch. citrét. et de lit., col. 3282 et s.
(j) Voyez la remarquable étude de Dom Cabrol sur la liturgie de l'ahcienne lîglise d'Afrique, ihême Dictionnaire, fasc. III, Paris, 1903, surtout col. 63S.
tif emprunté directement au psautier et répété fidèlement chaque semaine pendant de longs siècles, dans les églises les plus importantes. Pour nous ils représentent, à n'en pas douter, de très antiques réclames du chant, appartenant plutôt même à l'âge des répons en choeur qu'à celui de l'antiphonie. Et soit dans le répertoire romain, soit dans le milanais, on en trouve encore des centaines du même genre, exécutés ici et là de semblable façon.
Lae-te-tur cor quaercn-ti- um Do-mi- num. (Rit ambrosien, i" dimanche de rAvent){i].
Ex-surge Domi- ne et iu-di-ca causam me-ani. (Rit. romain, Jeudi saint,
aux nocturnes) (2).
fn omnem terra n ex -i- vit so-nus e- o-rum. (Fêtes des Apôtres, aux nocturnes) (3).
Lauda- bo De. um me- um in vi- ta me- a.
{Vêpres du samedi, ps. 146) (4)
Dans les textes grecs du rit byzantin, on pourrait faire un semblable relevé : bornons-nous seulement à citer les anliphona ordinaires du début de la liturgie, ceux qui accompagnent les psaumes et les cantiques du canon dominical ; on pourra consulter à ce sujet soit les livres liturgiques de ce rit, comme rOooXoYtov, soit une liste très ancienne publiée par le cardinal Pitra, rééditée et complétée récemment (5).
Dans ce rit, comme dans les rits latins, la mélodie est syllabique ou à peu près, et le texte, également en prose, rythme donc lui-
(i) Antiphonaire ambrosien du Musée Britannique (xi'" siècle), additional 34,209, p. 3. (Publié en phototypie dans la Paléographie musicale, t. VI.)
La transcription de cette pièce et de toutes les autres que nous citerons est faite d'après les principes dits traditionnels, en usage aussi bisn dans le rit romain que dans l'ambrosien de Milan, le mozarabe de Tolède, ou le byzantin. Cette tradition universelle s'accorde, dans les différents rits et les diverses notations, à donner à chaque signe simple une même valeur brève, et a n'allonger que les notes qui marquent les coupes de la phrase. Dans la partie de cet ouvrage qui étudie/.! Théorie et les théoriciens, nous examinerons les textes originaux qui représentent l'antique tradition du chant.
(2) Antiphonaire du B. Harlker (fin du x' siècle), Saint-Gall, 390-391 (publié en phototypie dans la Paléogr. music, série monumentale, dont nous citerons ici la pagination), page 179.
(3) Hartker, p. 360.
(5) IJom U. Leclercq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, fasc. VIll, Paris, 1905, col. 23oi et s. ; et P. L. Petit, art. Anliphune dans la liturgie grecjue, même ouvrage, col. 2.^67-2468.
même le chant, ainsi que dans les précédentes transcriptions (i).
Les chants psautiers, dans les divers rits, contiennent des petits textes très courts de ce genre : ils se distinguent parfois à peine du récitatif, reposant sur trop peu de notes pour qu'ils puissent souvent être attribués à telle ou telle octave modale.
A côté de ces très petites antiennes, qui ne sont, pour certains psaumes, que le mot alléluia, se trouvent des refrains un peu plus longs, formés de deux ou rarement trois petites phrases, dont le rythme et la tonalité sont très précis, dans le genre des quelques mélodies profanes que nous ait conservées cette époque (2).
De- us ma-ni- fes- 1; ve-ni- et, De- us noster, et non tarda-bit.
(Rit ambroiien, office de l'Avent) (3). Incipitciié par saint Augustin.
Ex-sur-ge Do-mi- ne, non con- for- te- tur ho- mo, iu-di- cen-tur gen- tes
in conspectu lu- o.
(id. Office du Carême). (4). Incipit comme ci-dessus.
Cette seconde espèce est apparentée à des chants du même genre non li)'L's du psaume, et usités pour les fêtes des saints. Nous pensons que la première espèce représente exactement l'antique ephyinnion ou hypakoe, et la seconde l'appoint que la création de Fantiphonie nécessita, dans la seconde moitié du iV^ siècle.
Le psautier ordinaire de Toftice romain contient des antiennes de ces deux espèces: ce qui est dit ici suffira à les distinguer (en exceptant toutefois les antiennes des cantiques évangéliqucs Ma^ni/ical et Benedictus (5) ).
Cependant, il faut se garder de vouloir trop préciser : il est telle Il ypakoe dont la coupe littéraire, très ancienne, déterminera unemodu-
(1) La mélodie traditionnelle du chant byzantin n'offre pas assez de preuves critiques de son ancienneté, même relative, pour que nous la reproduisions ici. Voici seulement un fragment tire de l'office de nuit : on voit qu'il rentre tout à fait dans le style ici étudié.
'E!p;jioXoYto'', éd. de Constantinople, page .164.
Se- Ôc X'j-pi- oc za". Èt:-é- ipa- v£v r,-fi.Tv
(3) Cf. Gevaert, Mélofce, op. cil.
(3) Edit. s. cit., p. 27.
H) li., p. 2ji.
(5) Voir le dciniei chapitre de cet ouvrage.
lation musicale plus importante qu'une autre plus moderne : par exemple le Qiioniam in aetenium misericordia ejiis du psaume i35, beaucoup plus ancien que la formation de l'antiphonie, puisque sa répétition fait partie du texte primitif du psaume.
II faut donc dire que les antiennes ordinaires du psautier, recueillies à une haute époque, nous ont transmis, avec les antiennes de formation récente, des refrains beaucoup plus antiques.
Dans les oftices actuels ou ceux qui ont été abandonnés, ces antiennes figurent pour les psaumes du dimanche et des fériés (jours ordinaires) à tous les offices. Cependant on n'y trouvera pas de refrains pour tous les psaumes, soit qu'ils n'en aient pas tous été pourvus, soit plus probablement parce que ces refrains ont disparu. Le psautier hebdomadaire ne se présente point en effet de même manière dans les divers imprimés et manuscrits. Il est partout accommodé au rit de l'église pour laquelle il a été formé ; plusieurs psaumes sont quelquefois chantés sous la même antienne ; ils y sont rangés suivant l'ordre de l'office ; souvent même le refrain primitif ne se dit plus aux jours de semaine, mais est resté fixé à quelque fête.
Ainsi, dans le rit romain actuel, sont dans ce cas : à l'office des Morts, l'antienne In loco, du psaume 22; Sana, du psaume 40 ; aux trois derniers jours de la Semaine sainte, Hxsnrge, ps. 73 (jeudi au 2'-' nocturne) ; Cai'o mea, ps. i5 {samedi au i ei' nocturne) ; etc. (i).
Un grand nombre d'antiennes du commun des saints peuvent rentrer dans cette catégorie ; la difficulté de les distinguer nous en fait reporter l'étude à un autre chapitre.