‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 18 sur 65 · IV. — Les mélodies ornées · texte numérisé non relu

IV. — Les mélodies ornées

Pour les auteurs de Tépoque qui nous occupe, le principal chant de l'office est celui du psaume exécuté avec les lectures saintes, surtout à la messe.

Tantôt ce psaume nous apparaît comme aj-ant dû être chanté sur une assez simple mélodie dont la foule reprenait le refrain, tantôt comme une pièce de contexture très artistique et même déplo}-ant une certaine virtuosité. Nous avons déjà cité des textes — nous en donnerons d'autres,

— qui ne laissent aucune doute sur le caractère de solo vocalisé de ces pièces, dès au moins la fin du iv° siècle.

Ce dernier caractère est resté, dans les liturgies latines, aux mélodies placées sur les mêmes textes au même endroit de l'office : les traits, les répons prolixes, et surtout le répons-graduel.

Dans la synagogue, le même usage et le même stjie existent ; il semble donc qu'il y ait perpétuité de la coutume, et qu'on n'ait pas besoin

— a priori — de lui trouver d'autre documentation.

Cependant plusieurs questions ont été posées à ce sujet, et même des objections, en apparence graves, ont été soulevées. Nous ne parlerons pas de celles des musiciens qui avaient cru, dans les mélodies ornées traditionnelles, voir la traced'un orientalisme plus récent (vii^ siècle); les textes produits dans les dix dernières années nous engagent à accepter ces mélodies, sans hésitation aucune, comme la manifestation d'une des origines primitives du chant de l'Église. Il y a certes là l'héritage direct de la synagogue, que nous avons aussi reconnu dans les coutumes de l'hétérodoxie gnostique ou des fantaisies magiques des six premiers siècles de notre ère : rien d'étonnant à ce que ce vieil usage de la vocalise religieuse expressive ait persisté dans nos psaumes chantés avec les lectures.

Le choix même de ces chants et leur ordre a souvent été laissé à la liberté des chefs religieux : pour les mélodies ornées en particulier, il semble assez naturel que, selon les jours, ou le peu de temps dont on

70 l.ES ORIGINES DU CHANT ROMAIN

disposait pour la célébration de l'office, on se soit parfois contenté, au lieu du chant d'un psaume entier, d'un ou de plusieurs versets. Cette liberté existe encore dans le rit éthiopien ; elle a existé jusqu'au moins vers le ix" siècle dans un certain nombre de nos églises (i) ; elle représente certainement, et à plus forte raison, l'usage primitif.

Il ne faut point, en effet, se figurer la liturgie comme ayant toujours eu le cadre rigide que nous lui connaissons, avec des mélodies toujours simples à tel endroit de l'office, toujours ornées à d'autres ; avec des textes réduits ici à un seul verset, là répétés jusqu'à épuisement du psaume.

Cependant, malgré quelques persistances des plus anciennes coutumes, ce caractère de fixité date, on ne saurait le nier, du jour où le répertoire liturgique a été à peu près définitivement arrêté, où son ordonnance a été réglée par des motifs de convenance artistique visant à l'unité de l'action dans ce drame religieux.qu'est l'office divin. Pour le rit romain, cet état est donc contemporain de la publication de l'antiphonaire grégorien. Mais n'est-il pas permis de chercher au delà ?

Déjà, et ce n'est pas d'aujourd'hui, on a reproché à ce recueil célèbre de ne pas concorder avec un fameux décret de saint Grégoire qui règle léchant des psaumes entre les lectures (2).

Mais, en faisant cette objection, on n'a point assez remarqué : lo que l'antiphonaire grégorien contient encore plusieurs psaumes entiers ou presque entiers en chant orné — les tractus, ou traits — (3), ce qui justifierait déjà le rapprochement ; 2° que, au moment des réformes de saint Grégoire, il en contenait beaucoup plus, dont un grand nombre subsiste dans le chant milanais sous le nom de caiitus (4) ; 3° qu'outre les traits, l'antiphonaire ancien contenait plusieurs répons-graduels à plusieurs j'ersets, partie souvent très importante d'un psaume ; enfin, 4° que les chants analogues à ces graduels (ce sont quelquefois les mêmes), dans les liturgies milanaise et mozarabe, portent encore les noms caractéristiques de psalmellus, psallendo.

Il ya donc eu certainement — et il y en a encore quelques-uns — des

(1) Episcopus vero annuat magislro scliolae quando a camoribus graduale vel alléluia rcpctcre debeat. Ordo V, n" 7 (voyez sur les Ordos, page 98, note 2).

(2) Voir pages loi et s.

(3^ Citons parmi les plus remarquables : à la Septuagésime, la moitié du 129% De fiofundis (version latine de la Vieille Italique); à la Quinquagésime, le 99s Jubihie, moins dei;x versets (même version) ; au premier dimanche de Carême, le long Qui habitat, go*', moins une coupure de trois versets au milieu (même version) ; le Laudate Dominum des quaire-temps (id.) entier; au 3'dimanchede Carême, le 122", Ad tcUvavi (id.l. moins le dernier verset ; au 5' dimanche, la moitié du i2^«, Qui confidunt ; au dimanche des Rameaux, le 2\',Deus, Deusmeus (id.l, avec la moitié environ des versets : au Vendredi saint, VlCnpe me, 1 59", moins deux versets, témoigne de la persistance de la tradition liturgique, i>ien que compile au vin« siècle (v. 111" partie, 11) ; le fameux cantique de Daniel, m, 52-56, dont les liturgies offrent des variantes remarquables en face des textes de la Bible, et qui ne sont que trop ignorées des exégèies.

(,|) Voyez pages 101 et s.

chants entiers de psaumes ainsi exécutés. Si les liturgies actuelles n'en possèdent guère que des fragments, on ne saurait en conclure rien contre l'antique tradition, puisque sous nos yeux, pour ainsi dire, les offices ont été l'objet de réductions analogues. Ainsi, depuis le xvi^ siècle, l'offertoire romain ne se présente plus que sous forme d'une simple antienne, tandis que la plupart (i) des documents antérieurs nous le donnent avec plusieurs versets. Les communions sont dans le même cas ; les introïts ont encore, avec la doxologie, gardé un verset qui, remarquons-le, porte toujours, quoique unique, le nom de psalmus.

Personne ne songe à dénier cependant à tous ces chants leur antiquité, bien qu'on les ait amputés de quelques-unes de leurs parties. Il n'y a donc pas, en réalité, lieu de se demander si ces chants sont ou non très anciens, mais de chercher h quelle époque a pu se faire cette réduction de versets, sinon dans une mélodie, du moins dans un texte destiné à être chanté.

Or, bien au delà de saint Grégoire, il nous apparaît que la chose a dû être faite.

Une cinquantaine d'années avant ce pape, les évêques français qui traitent de la liturgie ne nous parlent que d'un seul cantique de l'Ecriture chanté entièrement par le diacre avec reprise du peuple — et sur un chant orné, — le Benedicitc (2) des trois enfants ; autrement, le seul responsorius de la messe est confié aux enfants, et on ne nous dit pas qu'il ait eu plusieurs versets. Dans le même siècle, les auteurs des règles monastiques (3), pour l'office, mettent sur le même pied un psaume ou sa division; au v' siècle, ou au iv", malgré les textes si précis de saint Augustin, il est bien des cas où l'on ne saurait en tirer la preuve qu'un psaume entier était chanté avec les lectures, tandis qu'ailleurs tels ou tels versets venaient d'être chantés, à l'exclusion de tous autres, semble-t-il. « Chanter le psaume » peut donc s'entendre de la partie aussi bien que du tout.

Mais, de plus, en dehors des textes qui se rattachent au chant du psaume orné proprement dit, nous avons ceux qui mentionnent l'un de ses plus fameux dérivés, V Alléluia.

Ainsi, au temps de saint Augustin, « suivant l'ancienne tradition de l'Église, on chante « solennellement » V Alléluia au temps de Pàques(4) ».

Qu'est-ce que chanter r,l//e/;//a solennellement au temps de Pâques?

(i) Nous disons « la plupart », parce que, dès le viii" siècle au moins, certaines églises se contentaient de l'anlienne, soit qu'elle suffit à leur courte offrande, soit que la grande difficulté du chant de certains versets les ait fait déjà abandonner. Le ms. de Rheinau (voir I1I« partie, i) est dans ce cas.

(2) Cf. notre Histoire du citant liturg. à Paris.

(3) Tels que saint Benoit et Aurélien d'Arles.

(4) Hom. in ps. io6, I (P. L.. XXXVII, i^ 19) ; sermons sur VAllduia (id., XXXIX, 1176 et s.)

72 I.nS ORIGINES DU CHANT ROMAIN

C'est le chanter en jubilant i \) avec inclos. Melos ou welodia est le terme conservé par les antiphonaires ambrosiens pour les longues vocalises des alléluia et les répons ; d'autre part, saint Augustin décrit la jubilation comme formée de ces mêmes vocalises dites par le lecteur du psaume (2), en opposant dans un passage célèbre des Confessions {\. X, c. Il) (3) le souvenir du temps où saint Athanase faisait faire la lecture du psaume avec des inflexions de voix si médiocres, qu'elle était plus près de la déclamation que du chant, tandis qu'Augustin se délectait au souvenir des mélodies de l'Kglise de Milan.

Saint Jérôme aussi décrit ce jubihts de la même façon que saint Augustin (4) ; Cassien parle à son tour des melodiae, des modulationes ajoutées aux chants nocturnes par les moines d'Egypte (5) ; enfin, un siècle plus tard, Cassiodore décrit en détail la vocalise de Valleluia : sa description répond parfaitement à celles que donnent les anciens antiphonaires :

« La langue des chantres en est ornée , la cour dominicale le répète, et, comme un bien insatiable, le renouvelle sans cesse en tropes variés, o « Il est bref [le mot alléluia], mais c'est pour être chanté au Seigneur avec la jubilation d'un psaume entier (6). »

h' Alléluia est donc chanté avec jubilation ; le chantre le dit, le chœur le répète, rornemente de « tropes variés », et on le considère à l'égal d'un psaume.

Ailleurs, un texte fort curieux de saint Jérôme dit : « Or, dans le psaume vu, qui vient d'être chanté sub alléluia, et comme dimanche dernier on a lu le psaume vi, que nous n'avons pu expliquer, étant souffrant, etc. (7). »

L'expression sub alléluia cantare ne peut s'entendre que de deux façons : d'un psaume chanté avec Vephymnion : « alléluia », comme dans le texte original, ou d'un psaume auquel on ajoutait Valleluia pour le dire entre les lectures; la susdite homélie de saint Jérôme vise les lectures de la messe ; mais le psaume 7, dans l'original, n'a pas d'alleluia, c'est une supplication dont le titre porte qu'elle fut chantée par David au sujet de ce que lui avait dit Chus, fils de Jemini (II Reg. xvi) ; le chant débute ainsi : Domine Deus meus, in te speravi : salrum vie J'ac e.\ omnibus persequentibus me, et libéra me. A Bethléem, au temps de saint Jérôme, on chanta donc ce verset en alléluia, a la messe. Or.cnplusicurs

(1) p. L., XXXVIIl, 197.

(2) Id.,XXXVl, j,S3 ; XXXVII, IJ72 ; XXXVllI, io8,|. V. plus haut, p. 26.

(3) Id., XXXII, 770-800.

(.|) /» fs. 32 (id., XXVI, 970).

(5) Id., LIX, 77. Cf. Wagner, o/>. cit., 32 et seq. (p. .|o de la traduction française).

(6) In fs, 104, 105 (id., LXX. 742,. 753). A l'époque de Cassiodore, on le dit aux fêtes, et non plus seulement au temps pascal.

(7) Découvert par Dom G. Morin, et donné dans Les vérit.jbles Origines du chant grégorien, .Maredsous, 1890, p. 48. Ce texte fait partie d'homélies prononcées à Bethléem.

antiphonaires anciens, le deuxièmea//e'/z//t7 pour les dimanches (au Missel romain, Valleliiia du. deuxième dimanche après la Pentecôte) a précisément pour verset le texte en question. Quant au psaume (5, pour lequel saint Jérôme ne mentionne pas d'alleluia, on le trouve aussi au même dimanche, pour l'offertoire, sans alléluia, mais il n'est chanté à aucun dimanche comme graduel ou psaume entre les lectures. La coïncidence est au moins curieuse : c'est précisément vers l'an 390 que l'on commença à chanter l'offertoire h Carthage, où les coutumes avaient tant de ressemblances avec celles de Rome (i). Dans les livres de chant romain ou milanais, la mélodie du psaume d'offertoire offre beaucoup de ressemblances, quoique d'un style différent, avec celui qui accompagne les lectures, à cause surtout de son genre vocalisé ; lors de la fixation liturgique de l'antiphonaire, un certain nombre de versets chantés en graduel ont pu passer à l'offertoire. Mais revenons à l'alleluia.

Au v° siècle, les historiens byzantins Socrate et Sozomène (2), parlant du chant de Valkluia dans la liturgie (c'est-à-dire la messe) à Rome, mentionnent qu'il n'est encore usité qu'à Pâques, ou au moins pendant le temps pascal, suivant la manière de parler de cette époque : cela correspond exactement au texte plus haut cité de saint Augustin. Dans les liturgies grecques suivies par les deux auteurs ci-dessus mentionnés, Valleluia chanté à la messe n'a jamais qu'un ou deux versets. Or, c'est sur ce genre de chant qu'on reproche à saint Grégoire d'imiter les Grecs (3j. Ce pape renvoie d'ailleurs ses contradicteurs à l'ancienne tradition romaine, au temps de saint Jérôme et de saint Damase.

A Milan, Valleluia apparaît à la plupart des messes comme une superfétation : il fait souvent double emploi avec l'antienne avant l'évangile chantée à certains jours ; il n'a point, comme à Rome, remplacé l'antique chant en trait qu'on retrouve si fréquemment (^sous le nom decantus) dans les messes du rit ambrosien ; enfin, très peu d'alleluias y sont en usage, et beaucoup se chantent sur la même mélodie. Or, presque les seuls alléluias milanais ayant une mélodie propre, et qui soient répétés aux divers dimanches de l'année, sont précisément ceux dont l'Église romaine, jusque vers la fin du moyen âge, avait conservé l'usage aux processions pascales et qu'elle répétait à plusieurs dimanches de l'année (4). Ils consistent en un ou deux versets ornés dont les melodiac ou vocalises sont dites par les enfants.

(i) Saint Augustin défend cette coutume, récente alors, attaquée par un nommé llilarus. 7\t(nii:tationes, I. II, c. u (P. L., t. XXXII, c. 6:54). en même temps que celle du chant d'un psaume à la communion. Un certain nombre de liturgies, restées sur ce point à l'état primitif, ont gardé pour la communion l'usage du psaume 33 ou d'un de ses versets, qu'onrépète àtoutesles messes. Cf. les textes, Paléographie musicale, V, 22 et s., en tenant compte que l'auteur s'est trop avancé sur le Super Cheruhint et Serafhim, cité par lui, et dont nous connaissons plusieurs autres exemples.

;2) Op. cit. Voir plus haut, pages 50 et 5 i.

(3) Voyez page 102.

(4) Voir notre dernier chapitre, § vu, 2, tes .W.eluias, et pièces justificatives.

La constitution organique du chant de Talleluia n'a donc jamais dépassé un ou deux versets ornés. Il semble qu'il a quelque parenté avec la forme du psaume orné en général, dont il imite la contexture, du moins avec une réduction des versets; les deux faits ont dû être à peu près contemporains. Si donc on peut faire dater d'une époque reculée l'usage d'un psaume entier avec une mélodie ornée, l'habitude de se contenter d'un ou deux versets, et même la réduction à ce module des anciens chants n'a pu se faire qu'aux v et vi" siècles; elle était un fait accompli lors de la fixation de l'antiphonaire grégorien.

Devrait-on cependant reléguer dans le domaine hypothétique ou considérer comme perdue la plus grande partie des psaumes ornés les plus anciens? Non sans doute, si l'on admet que les mélodies traditionnelles en usage depuis le vii*^^ siècle nous ont conservé intégralement les versets les plus remarquables de ces compositions. Mais peut-être certains esprits curieux ne se contenteraient-ils pas de cette possibilité ; un corollaire qui découle nécessairement de la thèse présentée plus haut sur la réduction du nombre des versets chantés est celui-ci : si les versets qui nous restent dans un trait, un répons-graduel, un offertoire, sont réellement une partie d'une antique composition, on doit retrouver dans un autre office tout ou partie des versets manquants.

Ce serait évidemment faire la preuve que non seulement le choix des textes, mais encore les mélodies, remontent à l'époque antérieure à la fixation du répertoire romain, c'est-à-dire aux temps de la formation elle-même de ce répertoire, qui s'étend du iv"' au vi'' siècle inclus.

Or, le dépoiiilleincnt iiiétliodiqite des chants romains, fait d'après les meilleurs manuscrits, nous révèle qu'un certain nombre de graduels^ par exemple, dont le texte est extrait du mkme psaume, ont non seulement une mélodie du même mode, mais les mkmes ornements elles mêmes formules MÉLODIQUES qu'on ne rencontre pas ailleurs dans les mêmes conditions. De plus, ces chants sont en général les mêmes où nous avons déjà signalé le caractère commun de l'emploi des formules cantorales d'une manière analogue à celle de la Synagogue. Enfin ces chants font partie d'un lot de textes et de mélodies commun aux antiphonaires de Rome et à ceux de Milan, pour des offices de caractère incontestablement ancien, avec, pour chacun de ces recueils, des variantes particulières. Il faut donc, dans cet ordre d'idées, étudier concurremment ces dernières.

Dès lors, pour ces chants ainsi sortis de rang, la question se pose (i) : l'état milanais représente-t-il l'état primitif de leurs mélodies? et l'état romain, une correction ? Ou sont-ils contemporains ? En tout cas, l'hypo-

(i) Dom G. Morin : np. cil., p. 66-67.

thèse d'une corruption du chant à Milan, mise récemment en avant par un moine érudit (i), paraît devoir être absolument écartée.

Notre sentiment personnel est que l'une et l'autre tradition contiennent des réalisations de dessins ornementaux un peu différents, faits sur un thème musical commun — absolument comme dans le chant Israélite,— ce à quoi il faut ajouter, au moins pour l'antiphonaire romain, des retouches qui lui ont donné sa physionomie une et très caractéristique : ces retouches, la forme liturgique et l'analyse des styles musicaux le prouvent, sont certainement antérieures aux compositions chantées dans les fêtes instituées au vii^ siècle. (Voir pages i 1 1, 1 13, 147.)

La découverte de chants ainsi répartis entre divers offices et appartenant incontestablement à une composition unique nous est une preuve de leur antériorité à la fixation du livre de chant romain, qu'on ne saurait faire descendre plus bas que le vu" siècle ; ils peuvent remonter au temps même où la liturgie s'organise, c'est-à-dire vers la fin du iv= siècle.

Parmi les chants ornés incontestablement primitifs, il faut placer les mélodies des traits. Il en est deux principales, l'une du second, l'autre du huitième ton.

Elles s'adaptent à certain nombre de psaumes, et suivent soit les règles que nous avons vu employer à propos de l'hirmos, soit l'échange de formules mélodiques analogues à celles des » tamim ». Les chants des traits sont bien dans le style orné le plus ancien, leur tonalité est fréquemment assez vague, souvent elle n'est qu'un des anciens récitatifs orné et brodé ; enfin, point de comparaison qui a son importance, on se rend compte, par l'examen du recueil milanais, du nombre considérable de traits qui ont dû, à Rome, céder la place devant le chant de Valleluia et du verset. Dans la liturgie de Milan, le ton des traits est encore le cantus propre (et primitivement unique) (2) de nombreuses messes fériales. Sans aucun doute, c'est bien là, à notre avis, la plus ancienne forme des mélodies ornées.

La meilleure preuve qu'il faut chercher,dans la réduction des psaumes chantés ainsi, l'origine d'un certain nombre d'autres, est la présence, dans tous les antiphonaires anciens, d'au moins trois graduels ayant

(i) Dom.Cagin, Rasse^na gregoriana, 1905, col. 289, tiré à part : Archaïsme et Progrés dans la Restauration des Mélodies grégoriennes. Dans cet article, écrit de verve, on est surpris de rencontrer sous" la plume du savant bénédictin des affirmations et des hypothèses étranges, sur les (I prétendus quarts de ton, l'ocifs tremulae, trilles, etc., s'il est quelqu'un au monde qui puisse encore dire en quoi tout cela consistait u (n" i). Comment concilier avec une telle déclaration les pensées de l'auteur, qui veut revenir à ce qu'il appelle la « leçon grégorienne » .- Car, ou la leçon grégorienne contenait tout ce qu'il rejette dédaigneusement ici, ou alors ce prétendu « texte critique » n'est pas le texte grégorien, mais une lecture qui correspond aux vues des savants qui l'ont établie.

J.i) Cf. Mgr Duchesne, Origines, passim.

plusieurs versets, et dont deux sont chantés sur des mélodies réservées depuis aux traits .: De nccessitatibiis, aux quatre-temps de Carême ; Domine exaiidi, le Mercredi saint ; et Ecce qiiam boiiiim, pour les saints Jean et Paul, et l'avant-dernier dimanche après la Pentecôte. Dans la liturgie actuelle, les deux premiers sont employés comme traits, le dernier, ramené à deux versets, comme graduel.

En étudiant la liturgie ambrosienne, nous trouvons des analogies qui montrent que d'autres pièces sont dues aux mêmes procédés. Le graduel Beiiedictus Domiiiiis, psaume 71, employé dans l'octave de l'Kpiphanie au rit romain, l'est aussi dans l'ambrosien, au jour même de la fête, avec un verset de plus ; l'offertoire, emprunté au même psaume, nous offre deux autres versets analogues comme modalité et formules.

Or, le verset supplémentaire de l'ambrosien est lui-même emprunté an canttis de la fête de l'Expectation, avant Noël : de sorte qu'on peut restituer parfaitement une grande partie du psaume 71, Detis jitdiciitm iutim, dont les versets se .sont trouvés répartis ainsi lors de la fixation des oOices :

1. Ih'iis /tidiciuDi, Milan, Cautiis, Féric de l'Avcnt, y. i,et avec or;/t'meiilation dijférenle, comme y. du psalmelliis de la vigile de l'I^piphanie.

2. Siiscipiaul /;;o;z/c',s-. Milan, (Manias ; ï^. cl \. 1 du PsabueUns de l'Epiphanie.

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