‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 19 sur 65 · Et doiiiiiiabitiir, Milan, i'. de l'offertoire · texte numérisé non relu

Et doiiiiiiabitiir, Milan, i'. de l'offertoire

18. Et iiomen ejiis. Milan, reprise du Psalmelliis de la Vigile id.

iq. Beiiedicliis Doi)!iii!is,M[\iin, J\'i^-ilii!ellus de la \'igilc et du jour de l'Epiphanie.

A Rome il ne subsiste que le graduel Beuedicliis, avec le verset .S;/scipiaii/, mais ce verset est chanté avec les vocalises et les ornements du y. Jii.xla est du psaume 33, qui appartient aussi à un même fonds musical.

Il est peu décompositions psalmiques auxquelles on puisse restituer autant de versets unis par les mêmes caractères musicaux, et partagés ainsi entre Rome et Milan. Cependant, à défaut d'un tel nombre de versets, nous retrouvons encoresuffisamment de textes chantés rentrant dans les mêmes conditions, pour appuyer les conclusions auxquelles nous nous sommes déjà arrêté. Voici les exemples que nous croyons caractéristiques :

Psaume () ; plusieurs graduels en sont tirés (six versets) : Scptuagé-

sime, IIP dimanche de Carême et samedi de la 4^ semaine (i); peut-être doit-on rattacher aussi à cette même composition l'offertoire du mardi de la Passion (2).

Psaume 33 ", graduels du XIP après la Pentecôte et du commun d'un martyr (Clamaverunt) (quatre versets). Ces versets-graduels, en plus de leur caractère tonal uniforme, offrent seuls la particularité d'employer des formules et mélanges de formules de toute espèce de modes (3).

Peut-être cette remarquable particularité est-elle due à une fonction spéciale? Vers la fin du iv' siècle, quand on institua léchant de la communion, on se servait en effet du psaume 33 (4). Cette composition a peut-être été faite à cette destination. Une seconde composition, appartenant au même mode, mais d'un style différent, forme un offertoire : Immittit (neuf versets du psaume) ; malgré l'emprunt de ces versets (5) au psaume 33, on ne saurait donner à ce choix la même origine qu'au précédent ; le transport solennel des espèces consacrées qu'on faisait au V" siècle à l'offertoire (6) suffit à justifier cet emploi de textes.

Psaume 34, graduels du Lundi et du .Mardi saints (à Milan dimanche des Rameaux), et psalmellus [ = graduel) de tierce, le Samedi saint, à Milan (six versets,).

Psaume 44 ; s,ra.â'àt\s Specie tua et Diffusa est (trois VLrst:t> , tous deux employés autrefois au mois de janvier, pour la station du i'''' janvier et la fête de sainte Prisque. Encore actuellement le verset Propler est commun à ces deux chants. Une autre composition remarquable est Afferentur (maintenant Off^erentur) du i''"ton, à la fête de sainte Agathe dans la liturgie actuelle. Dans l'antiphonaire grégorien, c'est à sainte Agnès que se rapporte ce chant, où il est employé comme offertoire, ainsi qu'à Milan, où on le chante entre les lectures. Cette dernière fonction est la plus ancienne. Or, la fête de sainte Agnès a été empruntée à Rome par l'Eglise de Milan au iv° siècle, et saint Ambroise composa le traité De virginibus. où il parle d'elle (7). A la même époque, le pape saint Damase fait graver un poème en son honneur, et d'ailleurs sainte Agnès était au nombre des saints commémorés solennellement vers le milieu du iv^ siècle (8).

Déjà du reste, la basilique de son titre, sur la voie Nomentane, avait

(i) Nous avons public une partie de cei ensemble dans notre Cours théorique et pralique,

(t) Répété le III« dimanche après la Pentecôte ; et, à Milan, lell'-de l'Avent-

(3) Cours cité, p. i 14- 1 1 >.

(4) Voir page 73, note 1.

(5) Un seul dans la liturgie actuelle.

(6) Voyez III' partie, i.

(7) Une hymne remarquable, Agathae sacrae virginis, chantée à Milan, est aussi attribuée à saint Ambroise, mais cette attribution est discutée par plusieurs auteurs. Cependant" elle en est, ou à peu près, contemporaine.

(8) Depositio viarlyrum, dans Ruinart. .-1 1.7.1 sincera, i6Sg, p. 69 j.

été construite, sur Tordre même de Constantin, dit le Liber Poiiti/icalis [i], a. la demande de sa fille sainte Constance, que Ton considérait comme la fondatrice de cette église et près de laquelle son admirable mausolée est conservé. De bonne heure, et certainement dans le cours du v^ siècle, un monastère de femmes fut adjoint à cette basilique (2).

On voit parla que V A ff'erentu?- virgines propre à la fête de sainte Agnès peut remonter à une très haute époque (3), et qu'il aura été d'abord un psaume avec les lectures, comme il l'est resté à Milan. Quand les chants d'od'ertoire furent institués, on adapta assez naturellement V Afferentur à cette cérémonie.

Psaume 90 ; deux oflértoires : Laetentur à Noël, et Confessio. à saint Laurent, qui emprunte tous ses versets (sauf le premier) au Laetentur. Saint Laurent est un des saints les plus anciennement honorés à Rome.

Psaume 117; tous les graduels Haec dies de la semaine de Pâques. En certains manuscrits très anciens, par exemple celui publié par Pamclius (4), tous les versets sont inscrits au jour de Pâques; cf. la rubrique de l'ordo V que nous avons mentionnée page 70.

Un rapprochement des plus curieux à faire est la disposition respective des formules mélodiques, surtout vocalisées, dans les chants ornés des psaumes de l'antiphonaire grégorien, et celle des tamim cantoraux du texte hébreu. En prenant une mélodie au hasard, on risquerait de n'aboutir à aucun résultat ; choisissons donc ce chant du psaume 1 17 (hébreu 118) qui a formé les graduels delà semaine de Pâques, dans lesquels nous avons déjà observé de bonnes marques d'antiquité. On pourra en prendre le chant dans le graduel de Solesmes, en remarquant que précisément il roule sur un ensemble de formules mélodiques répétées soit dans le même ordre, soit dans un ordre divers, sur plus de cent versets-graduels, au cours de Tannée ecclésiastique. Dans ce travail de dépouillement nous représentons ces formules par un numéro d'ordre, en mettant le chiffre sur la syllabe où la formule se développe : on verra que c'est presque constamment l'accent tonique. Au-dessus encore, nous plaçons le signe hébreu qui affecte les mots correspondants : on verra avec surprise de curieuses concordances s'établir. Sans que ces mêmes signes correspondent aux mêmes chiffres, ils sont cependant placés, presque tous, au même endroit de la phrase ou du mot.

Aux deux versets 16 et 26, la formule mélodique est semblable da>is le

{i)Ed. Duchesne, i, p. iSo.

(2) L'étude la plus complète faite sur sainte Agnes est celle de M. Paul Allard, dans le Dictionnaire d'arck. clir. et de lit., col. 905 et s., à laquelle on joindra la suivante, de Dom Leclcrcq, sur le cimetière de Sainte-Agnès.

(3) Sans oublier le rapport étroit entre ce chant et le passage de la passion de cette sainte, rapportant qu'elle serait apparue à ses parents entourée d'un chœur de vierges.

(4) Réédité par les Bénédictins de Saint-Maur, et depuis dans Patr. L^j/., LXXVIII. Voyez pour les détails, III* partie, 1.

chant grégorien, et les signes hébreux ont également (sauf un) le même ordre; les formules rares 12-7 et 14 correspondent également, dans le texte hébreu, à des signes d'un emploi rare. Une singularité plus étonnante est que le signe j correspond cinq fois à un podatus de la notation grégorienne, dont la graphie est la même ; les autres fois, il correspond en général à une élévation mélodique. Ces constatations, rapprochées de ce que nous avons dit sMvVhirmos, prennent une certaine valeur. C'est peu comme résultat : il nous semble cependant que c'est déjà quelque chose, surtout pour un psaume consacré, dans la Synagogue et dans l'Eglise, à la même fonction liturgique de Pâques (i). (V.

page 8, note 2.)

I-^t^rsc^/ /. Confitémini Domino, quôniam bonus : quôniam in saécu-

lum misericôrdia eius. — V.2. Dicat nûnc Israël (2) quôniam bonus : etc.

— V. 4. Di'cant nùnc qui redémpti sunta Domino (3).. — V. 16. Déx-

tera D(3mini fécit virtùtem : déxtera Dômini exaltdvit me. — V. 22-23.

Ldpidem, quem reprobavéruntaedificàntes: hic fàctus estincâputanguli.

A Domino factum est l'stud, et est miràbile inôculis nôstris. — V. 24. \- J A . \. -J

ly 20 iS (. 7 8 bis

Hœcdies quamfécit Dôminus, exultémus et laetémur in ea. V. 26^-2']'^. J \. J A ■ ~ < y

Benedictus qui vénit in nomine Dômini : Déus Dôminus, et illûxit nobis.

Il est remarquable que ce psaume se présente ainsi avec le même rôle que dans la liturgie hébraïque ; ses formules mélodiques, dont plusieurs se retrouvent dans le chant juif, sont, comme celles des traits, répétées sur des quantités de textes, pour les répons-graduels.

Ps. 11'^ ; a formé deux séries d'offertoires, les uns du viii" ton, les autres du m", chacune avec ses formules particulières ; vin" ton : Révéla (actuellement Levabo)., au premier lundi de Carême ; Benedictus es, au

(i) Nous indiquons le numérotage des versets d'après le texte hébreu ; le verset Uaec dies est replacé à son rang normal. Saint Augustin a parlé plusieurs fois du chant de ce verset entre les lectures de la semaine pascale, Scrw., ccxxiii, ccxxvi, cclvui (Pcitr. Loi., XXXIX, 1092, 1099,

! 180 et s.). Le signe A est celui qui indique la médiantc du verset.

(2) Il est assez remarquable que le chant romain mette la partie de la formule 2 qui revêt d'ordinaire les accents toniques sur la syllabe m de Israël, qui est longue dans le texte hébreu, à cause delà médiante ; quôniam bonus est une duplication du verset i, qui n'a pas lieu dans l'hébreu, où on reprend tout de suite le quôniam in saecuhim.

(3) Ici, le texte reçu a fait confusion entre le verset original Dicant nunc qui liment Dominum : quôniam, etc., donné par les plus anciens mss., et celui-ci, emprunté au psaume luO.ConJitemini Domino quôniam bonus, quôniam in saeculum misericôrdia eius. Dicant nunc qui redémpti sunt a Domino, quos rciemit, etc. C'est pourquoi nous n'avons pas poussé plus loin la comparaison.

So LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN

vendredi de la Passion ; Gressus meos, au o' samedi de Carême ; m*^ ton : Beiiedictus es, à la Quinquagésime, et Domine, vivifica, au vendredi après les Cendres. On peut observer que le partage des éléments de ces deux séries s'est effectué seulement dans les messes du Carême et de la période préparatoire.

Aces psaumes on peut ajouter quelques compositions qui sont également de même mode et de mêmes formules, et qui échangent quelques-uns de leurs textes :

Ps. 20 ; Offertoires In virlnte et Desideriuin. au commun actuel des confesseurs.

Ps. jo ; Offertoires Doiniîic in juxilinm, xvi' dimanche après la Pentecôte, et Domine ad adinrandum, i\' jeudi après les Cendres (i).

Ps. 88 ; Offertoires Inveni et Veritas, pour les martyrs et les confesseurs pontifes. Ces deux offertoires sont marqués dans les livres ordinaires, le premier du vin' ton, le second du ii% à cause de leurs finales, so/ pour le premier, la pour le second (2/ ; cependant, leurs formules sont analogues, et le Veritas est souvent, dans les manuscrits les. plus anciens, pris pour verset d7H7'<?H/. Les versets du Veritas s'accordent parfaitement, du reste, avec V Inveni et ses versets.

Nous considérons donc toutes ces compositions comme antérieures, et de beaucoup, à la recension grégorienne du chant romain : l'état de découpage de tous ces psaumes en divers offices nous est un garant de leur unité préexistante.

Sans doute y en a-t-il d'autres ? il est actuellement difficile de les déterminer. En tout cas, on peut rattachera ce même genre de composition les versets d'alléluias déjà mentionnés, savoir :

Ps. t)4 ; Venile exiillemits ;

Praeoccupemiis (n'est plus en usage).

Quoniam Deiis.

Ps. ()2 ; Dominus regnaril, dccoi-cm, avec peut-être les deux autres versets prescrits par les antiques ordos romains : Parafa et Elcravcriint.

Ps. 1 1 7 ; Haec dies.

Ps. I 12 ; Laudate piieri et .S;7 nomcn (3).

Ces deux derniers chants sont des mélodies de type hirmique répétées sur beaucoup de textes ; elles ont un grand rapport de style avec les traits, tandis que les versets du psaume 94 en ont surtout avec ceux des psaumes 33 et 71 ci-dessus mentionnés. C'est aux mélodies des versets Haec dies et Laudale que nous attribuerons surtout ce que dit saint Grégoire le Grand sur les origines du chant de l'alIeluia à Rome, à l'époque de saint Damase.

(1) Voyez III" partie, ii.

(2) Pour la tonalité grégorienne, voyez pages 127 et s.

(3) Nous avons public ce double verset dans la Tribune de Saint-Cei vais,';' année, igoi.p. 271.

LES FOiniES ORIGINELLES DE LA MUSIQUE CHRÉTIENNE 8'

Est-il possible de déterminer d'une manière plus précise la période d'origine de ces cliants ainsi que des autres ? Nous ne le pensons pas. Les documents nous ont laissé trop peu de faits pour en profiter dans toute la mesure possible ; cependant nous ne pourrons mieux faire que reproduire ici les meilleures traditions romaines du Liber Pontijicalis et du Oiialiter [De praiidio) sur les progrès de la liturgie et du chant il Rome depuis l'époque de saint Damase jusque dans le vi'^ siècle.

Après Damase, nous rencontrons la mention du pape saint Célestin (422-432), qui « ordonna de psalmodier avant le sacrifice les i5o psaumes, ce qui ne se faisait pas auparavant » (i). On voit par les gloses mêmes de la seconde édition du Liber Pontificalis que cette mention regarde l'introït; on l'explique, soit par l'institution de tout l'introït luimême, soit par l'addition de psaumes aux chants d'entrée déjà existants. Nous penchons plutôt pour la première hypothèse. « Après lui le très bienheureux Léon pape (440-461 ) institua tout le chant annuel; ensuite le bienheureux pape Gélase (402-496) e'crz>z7 pareillement tout le chant annuel ; après lui le pape Symmaque (498-514) i/iZ/a lui-même pareillement, son chant annuel (2). »

« Hormisdas (5 14-523) composa un clergé et lui apprit les psaumes (3) ». « Encore après lui le pape Jean lui-même (523-526) écrivit en ordre le chant annuel du cycle (liturgique) ; après lui le pape Boniface (53o-532), par l'inspiration du Saint-Esprit, et écrivit une règle, et ordonna la cantilène du cycle de l'année (4). »

Enfin vint saint Grégoire le Grand, qui « édita noblement le chaut du cycle de l'année (5). »

Il ne sera peut-être pas inutile de faire ressortir la gradation ascendante de ces mentions diverses. Après les premières prescriptions générales de Damase et de Célestin, c'est à Léon qu'on attribue l'institution du chant annuel, c'est-à-dire de l'organisation des mélodies pour l'année liturgique ; puis, successivement, nous voyons ce chant écrit, édité, le clergé apprenant la psalmodie, ensuite le chant mis en ordre, faisant l'objet d'une règle et d'une nouvelle ordonnance, enfin édité « noblement ».

Il est impossible de ne pas être frappé de ces états successifs mention-

(1) Caclestinus constituit psalmi CL ante sacrificiuin psalii, quod ante non tiebat. Lih.Poiil., 1,

(2) Post hune beatissimus Léo papa annalem canium omnem inslituit : cleinde bealus Gelasius papa similiter omnem annalem canium conscripsit ; post hune Symmachus papa similiter et ipse annalem suum eantum edidit. Qualiter, 1. c.

{-5) Hormisdas clerum composuit et psalmis crudivit. Lit. l'ont.. I, 269.

(4) Iterum post hune Johannes papa ipse annuum eirculi eantum et omni ordine conscripsit ; post hune Bonifacius papa, qui, inspirante Sancto Spiritu, et regulam conscripsit, etcantilenam eirculi ordinavit. Qualiter,

(5) Cantiim anni eirculi nobile edidit Id.

nés par les vieilles traditions du vi'et du vu" siècle ; elles correspondent admirablement à ce que nous savons sur le développement du chant liturgique pendant toute cette période.

Nous essa3'erons plus loin de déterminer, dans la mesure du possible, quelques-unes des stratifications mélodiques que la critique interne de l'antiphonaire nous révèle, et qui correspondent à ces divers états. Il nous faut dès à présent passer à l'examen de la plus importante figure qui domine les musiciens chrétiens du mo3'cn âge : saint Grégoire le Grand.

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