VI INTRODUCTION
pléter. Aussi, complétant et rénovant l'esprit mosaïque par les enseignements christiques, les chefs de l'Église naissante conservèrent-ils les observances rituelles de la sj'nagogue, leur superposant ce qui devait les marquer du caractère de la Loi nouvelle, ou mieux, de la Loi transformée.
Puis vint le choc d'abord, ensuite la compénétration des idées juives et helléniques, qui faillit diviser le christianisme dès son origine, et le collège apostolique lui-même, jusqu'à ce qu'il en résultât enfin l'essor définitif de l'Église à travers les nations.
On l'a bien des fois exprimé : les formes extérieures de la religion chrétienne doivent donc nécessairement être imprégnées aussi bien de l'ancien idéal hébraïque, que de celui des Grecs. Mais, ajoute-t-on ordinairement, pour la musique en particulier, — sans doute parce que l'histoire de cet art est encore mal connue, — il faut nous borner à constater ce qui doit être, ne pouvant parvenir à pénétrer ce qui est.
Pourquoi? je le demande. Alors qu'en théologie, en littérature, en discipline ecclésiastique, on a fait la part de l'hébraïsme et de l'hellénisme, pourquoi ne le pourrait-on dans cette partie importante de la liturgie qu'est le chant ? Pourquoi ne pourrait-on déterminer ce que la musique liturgique doit aux arts antérieurs, et ce qu'elle a elle-même développé ?
Il le faut dire toutefois: les points de comparaison nous échappaient, il y a quelques années à peine. Les recherches scientifiques faites sur ce sujet n'étaient en possession que d'un outillage restreint, et les découvertes modernes n'étaient pas encore venues compléter nos sources d'informations.
Aujourd'hui, les bénédictins français, héritiers de l'esprit et des méthodes de leurs devanciers, nous ont donné le résultat d'admirables travaux : ce furent d'abord Les Mélodies grégoriennes et les éditions de Solesmes, œuvres de Dom Pothier, bientôt appuyées des reproductions phototypiques de la Paléographie musicale : les belles études de Dom Cabrol et de Dom Leclercq, leur Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, et les impérissables Monumenta Ecclesiae liturgica. En dehors de nos bénédictins, des travaux similaires se sont, ou inspirés de leurs idées, comme les revues : la Revue du chant grégorien, la Tribune de Saint-Gervais, les études de divers liturgistes et musicographes, dont les ouvrages seront cités tout au long de ce volume ; ou développés parallèlement, comme les pénétrantes recherches de Mgr Foucault sur la rythmique grégorienne, les si remarquables Origines du culte chrétien, de M""' Duchesne, et la belle Histoire du bréviaire romain, de M'"' Batiffol, qui ont rénové l'histoire liturgique, pour ne citer que les plus importantes de ces œuvres, et celles dues à nos com-