II. — L'école romaine, du vr siècle à la fin du i\- siècle
Le nom de la Schola cantoruvi n'apparaît dans les documents qu'à partir de l'époque grégorienne, et son rôle liturgique y est nettement marqué.
Jusqu'alors les textes ne mentionnent que les diacres et les jeunes lecteurs, avec un diacre et un archidiacre pour primicier ; à Rome, comme en Orient, les moines basilicaux paraissent avoir rempli dès l'origine un rôle important dans le chant de l'office divin (3).
Déjà, on nous parle des prescriptions de Damase ordonnant le chant du cursus psalmodique aux moines comme aux prêtres et aux évèques. Du temps de Sixte (432-440), on trouve pour la première fois la mention d'un monastère in Catacumbas (4) ; du temps de saint Léon (440-4Ô1), la fondation d'un monastère à Saint- Pierre (5); sous son successeur Hilaire (461-468), un monastère est établi près de la basilique de Saint- Laurent-hors-les-Murs. un autre encore dans la ville même, au lieu dit « Luna » (6).
A la même époque, existait aussi au moins un monastère de femmes, à Sainte-Agnès (7).
Le terme technique employé pour désigner ces corporations était
(i) Voir page io6.
(2) Ordo I, loc. cit.
(3) Cf. Dom Cabrol, Les éi;lises de Jérusalem, etc. Paris, 1895, in-8", sur les moines et les vierges attaches au service des basiliques, p. 38; Rahmani, Testomentum D. N. J. C, Mainz, 1899, 1. I, xxvi, p. 55 ; 1. II. xxu, p. 1.^3, mentions du chant des vierges dans l'office divin : notre article sur Antioche {lituigie d') dans Dicl. d\irclt. dirét. et de lit., c. 2427 et s.
(4) Lib. Pont., I, 231 ; cf. p. 23b, note 13.
(5) Id., 1,239.
■ (6) Id., I, 245. Sur ce simple renseignement, l'auteur de l'ouvrage déjà cité sur la cantiléne romaine (page 60) a échafaudé la «fondation d'une Scola cantorum sous Hilaire I" (461)»! (7) Voyez pages 77-78.
SAINT GRÉGOIRE LE GRAND ET LES MUSICIENS ROMAINS Io5
Schola; les jeunes lecteurs formaient la Schola lcctorum[i) ; saint Benoît rappelle à ses moines qu'ils font partie de la doiuiiiici Schola serj'itii. Les moines des basiliques romaines faisaient en cette qualité partie du clergé papal, et, chargés du chant et de l'office divin, ils devaient fournir la principale partie du chœur de chant avec les lecteurs et les diacres.
Toutefois, aucune tentative d'organisation définitive ne paraît avoir été faite jusque vers la fin du vi^ siècle pour constituer en un corps ces éléments divers et traditionnels ; les traditions recueillies sur les travaux liturgiques et musicaux des papes du v"" et du vi"^ siècle ne mentionnent rien de semblable (2).
On a vu, par le témoignage précis de Jean diacre, que cette organisation était attribuée à saint Grégoire le Grand. Antérieurement à cet auteur, la Schola cantorum apparaît de temps en temps en divers documents, tantôt sous le même vocable, tantôt sous des désignations diverses ; cependant, les écrits proprement techniques, tels que les Ordos, ou une lettre pontificale, par exemple une lettre de Paul I" au roi Pépin le Bref, lui donnent toujours son nom de Schola cantorum.
La vie de la Schola cantorum nous est révélée par ces documents comme conçue au triple point de vue du recrutement, de l'organisation intérieure et de l'exécution du chant sacré.
La base du recrutement était un choix fait parmi les enfants des écoles, d'après leurs dispositions vocales et leur habileté dans le chant ; admis à la Schola cantorum, ils en devenaient pensionnaires, et étaient ensuite attachés comme cubiculaires à la Chambre Pontificale (3) ; les enfants des familles nobles, sans être tenus à la pension commune, étaient reçus directement cubiculaires. A la Schola cantorum et h la Chambre Pontificale, ils recevaient l'instruction complète des « sept arts libéraux », selon les deux cycles d'étude alors en usage. Nous avons un très curieux décret de saint Grégoire le Grand sur le service intérieur de ces cubiculaires et la proportion de clercs, de moines et de laïques qu'ils renfermaient (4).
C'est pendant leur passage à la Chambre Pontificale qu'ils recevaient, « quand et où le pape le juge bon », les ordres mineurs jusqu'au sousdiaconat (5).
(i) On trouvera d'intéressants renseignements dans de Rossi, BulUtino di archcologij cristiana, Rome, 1883. 19 et s.
(2) A Constantinople même, c'est sous Justinien, c'est-à-diredu vivant de saint Grégoire, qu'on organise les chœurs de chant de la Grande Église.
(3) Primum, in qualicunque schola reperti fuerinl pueri bene psallentes, tolluntur inde et nutriuntur in Schola cantorum, et postea tiunt cubicularii. Si autem nobilium filii fuerint. statim in cubiculo nutriuniur. Deinde, sicut sacramentorum codex continet. quando et ubi libitum fuerit domino episcopo, usque in subdiaconatus officium ordinantur. Ord. Rom., IX, n" r.
(4) Décr. cit.
(5) Ord. IX, id., etSacramentaire. (La référence au Sacram. est indiquée par l'O. lui-même.)
A une certaine époque, peut-être à cause de la difficulté du recrutement, un orphelinat fut adjoint à la Schola canlorimi (i) ; il existait déjà au cours du vu'" siècle, mais ne subsista point. Dans la première moitié du ix" siècle, l'orphelinat n'était plus qu'un souvenir et avait donné son nom à l'un des bâtiments de la Schola (2).
Les enfants étaient probablement répartis dans les deux principales propriétés de la schola : une maison attenante à Saint-Pierre de Rome et une autre dépendant du Latran, annexes sans doute elles-mêmes des monastères liturgiques dont nous avons parlé. Ce dernier monastère cependant, fondé avec l'aide de saint Grégoire par les bénédictins du Mont-Cassin, ne dura point: il dut disparaître au moment où Serge I" (687-701) fixa la résidence pontificale, d'une façon définitive, au palais de Latran, qui prit le nom de Pairiarchiinn. Dès lors, la Schola caiitorumy eut aussi son siège principal, et c'est là que l'on conserva la férule, l'antiphonaire et le lit de repos de saint Grégoire.
Les enfants de la Schola étaient sous la direction de quatre paraphonistae ou chefs de chant, tous quatre sous-diacres ; le premier portait le titre de primiceriits ou de maa;istcr (on le trouve aussi désigné sous le nom de priinus) ; puis venait le secimdicerius, qui le remplaçait quand cela était nécessaire, et prenait sa succession; les deux autres étaient simplement nommés tej-thts et quartus.
L(j titre de paraphonista était également donné aux enfants les plus habiles, tels que ceux qui exécutaient les soli de VAllclnia, dirigés par un des quatre sous-diacres.
Le primicier était le directeur de l'enseignement et du chant. Il avait au-dessus de lui Varchicantor (3) ; ce personnage était l'abbé du monastère de Saint-Pierre, ou d'un autre monastère papal, depuis que saint Grégoire avait déchargé les diacres du soin du chant (4).
L'abbé, et sans doute le primicier, en dehors de la direction du monastère et de la Schola cantoriinu devaient avoir les aptitudes et la science nécessaires à la composition musicale.
Sur l'enseignement dans la Schola, nous savons de précis ce que la tradition des maîtres de chant grégorien nous a livré, et a continué d'enseigner pendant plusieurs siècles après la dilïusion de ce chant dans les diverses nations; mais, comme cet enseignement, soit théorique, soit pratique, reposait dans tous ces pays sur les mêmes bases, nous devons en conclure que l'explication et l'exposé traditionnels des
(i) Nous donnerons les textes plus loin.
(2) Lib. Pontif., in Sergio 11, éd. cit., t. Il, p. 86 et 92.
(3) Il y avait aussi Varchiparaphonista ; ce titre désigne-t-il Varchicantor ou le primicier? ou seulement le chef de chant de service, tel que celui des sous-diacres qui dirigeait les enfants? Lc.s rares textes ne sont pas clairs sur ce point.
(4) Cet abbé était donc à la fois comme le praecentor ou « grand-chantre » de nos églises françaises, tandis que le primicier était comme le succtntor ou le « maître de chapelle ».
mélodies liturgiques étaient, selon le témoignage même des auteurs, ceux que les chantres de la Schola romaine avaient enseignés dans les divers pays (i).
Au premier degré du cycle, un enseignement élémentaire apprend aux jeunes lecteurs à bien lire, marquer l'accent, et chanter les leçons liturgiques (2).
Dans l'enseignement des mélodies, on apprend celles-ci par cœur. Un instrument vient en aide au maître, le monocorde, dont les sons principaux sont désignés par les lettres de l'alphabet.
Pour la théorie, on enseignait à celui qui voulait faire des études complètes les correspondances et les divergences des échelles tonales, la valeur mathématique des intervalles dans les trois genres, et il devait apprendre à distinguer dans la mélodie les « pieds » et le « nombre » qui s'en partageaient le rythme (3).
La durée complète des études, tant théoriques que pratiques, pour faire un bon chantre, était de neuf ans, temps nécessité par l'habitude d'apprendre par cœur les mélodies. Le soliste n'avait donc pas besoin pour l'exécution d'une notation complète, mais seulement d'un aidemémoire, une sorte de tachygraphie : les neumes.
Lorsque la Schola doit aller chanter à une basilique stationnale, les enfants, tête rasée et revêtus de la grande chasuble (4), marchent sur deux rangs, les paraphonistes sous-diacres en dehors, vêtus de même. Les autres chanteurs partent sans doute sous la conduite du primicier et de l'abbé.
Dans l'église, les chanteurs gardent au chœur, entre l'autel et le peuple, le même ordre: sur deux rangs, encadrés des chefs de chant. C'est à ce moment, tandis que le pontife, à la sacristie, revêt les ornements sacrés, que le sous-diacre de service vient s'informer près du primicier des noms des solistes, pour les dire au pape. (V. ce rite, p. io3,)
Le quarlits scholae, cependant, attend à la porte de la sacristie le moment de l'entrée du célébrant ; quand le pape est prêt à officier, il commande aux acolytes, placés près de la porte, d'allumer leurs flambeaux, et retourne au chœur, où, saluant le primicier, il lui dit : Maître,
(i)Voir les auteurs étudiés au chapitre suivant.
(2) Alcuin, Carmina, ccx.xvm.
Candida Sulpicius post te trahit agmina lector, Hûs regat et doceat certis ne acccntibus errent. (Patr. Lai., Cl 781 c.)
(3) Id. Instituit pueros Idilhun modulamine sacro
Utque sonos dulces décantent, vocesonora,
Quot pedibus, numeris, rythme stat musica, discat. (^) Ce vêtement, maintenant réservé aux évèques et aux prêtres, et, en certaines circonstances, lux diacres et aux souo-diacres, était porté habituellement aussi par les autres membres du clergé.
ordonne^. Le primicier alors entonne Panticnne de l'entrée, poursuivie par les chanteurs, tandis que le pontife et le clergé s'avancent vers l'autel et, après avoir prié et s'être donné le baiser de paix, prennent place sur leurs sièges.
Nous ne décrirons pas ici le détail des relations liturgiques du chant avec les rites cérémoniels : disons seulement que tout est réglé pour la plus parfaite correspondance des uns et des autres. Ainsi, le psaume de l'entrée est poursuivi jusqu'au moment où le pape a terminé, à genoux, les premières prières, dites à voix basse : quand il se relève pour monter à l'autel, le primicier entonne le Gloria Patri.
Ainsi encore, celui qui chante le répons-graduel ou V Alléluia observe les mêmes cérémonies que le sous-diacre et le diacre, pour les autres lectures saintes.
Les jours de fête, lorsque le pape officie, un certain nombre de privilèges liturgiques sont réservés aux membres de la Schola cantorum. A la bénédiction des fonts, pendant la vigile de Pâques, le second, secundicerius, a l'honneur de présenter au pontife le vase d'or, tenu de la main gauche, et qu'il ne touche qu'avec sa chasuble, où est renfermé le chrême, bénit trois jours auparavant, et destiné à sanctifier l'eau des catéchumènes. La même nuit, c'est le primicier qui chante VAcccndite, signal de l'illumination de l'église avec le feu nouveau.
Nous avons déjà vu le quartus remplir un rôle près du pontife : il est chargé aussi de porter et de placer Voratorium sur lequel s'agenouille le pape pour prier.
A l'offertoire, lorsque l'oblation est prête, l'archidiacre envoie le sous-diacre sequens (« à la suite ») chercher l'eau pour mêler au vin. C'est un privilège du primicier de la Schola de l'offrir. Quand un simple évêque officie, il charge l'un de ses jiiniores de la porter au sous-diacre ; mais quand c'est le pape, il offre lui-même la <.\î;;»a d'eau, enveloppée d'une petite nappe. L'offrande de l'eau par les chantres est-elle un symbole de la pureté de la voix ?
A la communion, douze chanteurs reçoivent le pain consacré au trône même du pontife, avec les plus hauts dignitaires. Enfin l'office terminé par la proclamation du diacre : Ite missa est, le primicier s'avance avec ses chanteurs h la rencontre du pape et entonne : Jubé, doiniie, bcnedicere ; celui-ci donne la bénédiction, la Schola répond Amen, dit la rubrique, ciim strepitu, avec un grand bruit.
A la sortie, qui se fait cérémoniellemcnt, c'est immédiatement après les prêtres que les moines et les membres de la Schola cantorum prennent place, laissant derrière eux les autres corporations mi-ecclésiastiques, mi-civiles, comme les notarii, les dcfeusores, etc. (i).
(i) Tout ce qui précède est transcrit de l'Ordo I, l'ordo grégorien.
A une certaine époque du moyen âge, le pape donnait, les jours de fête, des gratifications aux principaux membres de la cour pontificale ; encore au xi^ siècle, le primicier de la Sc/iola canlorum touchait autant que les cardinaux et les archidiacres, trois sous d'or et une « main » [i), le second et les autres, deux sous d"or ( i ).
Une critique s'est élevée de notre temps, au sujet du sens esthétique des mélodies exécutées par la Scliola, des chants ornés, en particulier, et on a été jusqu'à dire qu'ils convenaient plus à des chapelles qu'à de grandes églises. Cela, c'est un point de vue moderne. En eftet, pour quels locaux ont été faites ou coordonnées ces mélodies ? Précisément pour les basiliques romaines, surtout celles où se célébrait solennellement le service papal. Une partie de ces basiliques existe encore : si celles de second ordre sont d'une médiocre grandeur, les principales rivalisent avec les plus grandes églises qu'on ait jamais construites.
L'ancienne basilique Saint-Pierre, où se faisait un des services quotidiens de la Schola cautorum, sans atteindre l'immensité de l'édifice actuel, était, avec ses cinq nefs de vingt-trois travées, non compris le transept et l'abside, la plus grande église de la chrétienté. Saint-Paulhors-les-Murs, Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure, qui sont conservés dans leur forme primitive, ou ont été relevés sur les mêmes plans, sont de fort vastes basiliques. C'est dans leur enceinte que s'exécutaient ces répons-graduels, ces alléluias ornés, qui avaient été pour la plupart composés à ce dessein.
Il faut en conclure que si les mêmes mélodies ne nous paraissent plus autant ;< sonner » dans les mêmes édifices ou les édifices analogues avec nos chœurs habituels, c'est que les voix de la primitive Schola étaient choisies et cultivées avec un soin tout particulier. Cependant, ses chantres proprement dits n'étaient pas nombreux, et leur nombre ne dut jamais dépasser une vingtaine ou une trentaine (2) ; mais c'étaient de ces chaudes, puissantes et souples voix italiennes qu'on avait peut être cherchées bien loin (3).
On conçoit que l'entretien de la Schola caiitorum représentait d'assez fortes dépenses, auxquelles elle suppléait, partie par des fondations,
(i) Ordo XI, n" 22 ;Mabillon,A/as. liai., p. 129 ; Patr. Lat., LXXVIII, 1034. Primicerio canlorum, m solidi et manum ; secundicerio canlorum, n soliJi ; unicuique cantori, 11 sotiJi.
(2) A Sainte-Sophie de Constantinople, ils étaient vingt-cinq. Novell. III, i.
(3) Dans toutes les grandes églises du moyen âge et de la renaissance, il en fut de même. Même après l'introduction de la polyphonie, les chœurs d'église étaient restreints. Au temps de Palestrina, il y avait trente-trois chantres pontificaux servant par quartiers, et encore ce nombre n'était-il pas régulier, puisqu'il ne devait pas dépasser vingt-quatre : à Saint-Jean-de-Latran, Palestrina n'eut jamais dans sa maîtrise plus de trois ou quatre enfants, qui avec leur maître et un autre chanteur e.'iécutaient la musique. Dans nos grandes églises de France, comme à Notre-Dame de Paris, quatre à six était le nombre moyen des enfants de chœur ; seulement, pour trouver des voix convenables, on allait les chercher jusqu'aux extrémités de la Krance.
I lO LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN
partie par des dons. Le diacre Jean nous a appris qu'outre ses deux maisons elle possédait, par donation de saint Grégoire, de nombreux champs. Lorsqu'on adjoignit à la Schola un orphelinat, de nouvelles fondations suscitèrent des difficultés : à la suite de faits que nous ne connaissons pas, dans le cours du vu" siècle, un pape, qui ne nous est connu que par une ordonnance du Liber diiirnus. dut entreprendre une action énergique pour faire restituer des biens de l'orphelinat, détenus indûment par un tiers (i).
« Lorsque la demeure, par suite des nécessités de la vie, » dit l'acte en question, « se fait plus étroite, l'affluence des enfants cesse, la bienfaisante providence leur manquant. De peur donc que l'ordre des chantres ne s'épuise et qu'il en résulte du mépris pour l'église de Dieu, ayant examiné les endroits en question détenus sans raison, nous ordonnons de les restituer à ce lieu vénérable : on juge en effet que les pupilles aident, par la louange de Dieu, ceux qui les nourrissent, tandis que ceux-ci s'occupent du soin de leur vie extérieure. »
La partie des immeubles de la Schola canloriim où se trouvait « autrefois » l'orphelinat, tombait en ruines vers l'an 843. Ce bâtiment fut reconstruit en meilleur état par les soins du pape Serge II (844-847), qui fit également divers dons (2) à la chapelle de Saint-Etienne, de la même Schola.
Serge II était, du reste, un ancien élève de la maison, qui, depuis sa fondation, avait fourni à l'Eglise romaine non seulement des musiciens de carrière, mais encore des prélats et des pontifes.
Les écrits du vu" et du viii'' siècle nous ont, parmi ces musiciens romains, conservé les noms des abbés de Saint-Pierre, Catalenus, Maurianus, et Virbonus, qui revisèrent les éditions du « chant pour le C3'cle de l'année » nécessitées par les additions liturgiques faites au cours du VII' siècle (3); de l'abbé Jean, qui donna en Angleterre une série de cours sur le chant romain, en l'an 680 (4) ; de Georges, primicier de la Schola cantoriim au temps d'Etienne II et de Paul I'^'" ; il mourut en 757, tandis que Siméon, secondicier, était venu à Rouen instruire les moines dans le chant grégorien; malgré les instances de Pépin le Bref et de son frère l'archevêque de Rouen, Remedius ou
(i) Dumque necessiiate victus arctatur locus, trequeniia cessavit infantium, quibus deerat c.\pansae providentia. Ne ergo cantorum deficeret ordo, atque hinc Dei Ecclesiae comumelia irrogetur, eadem curiose inquirentes loca, et quibus ultra rationem detincbantur, praecipientes venerabili reslituimus loco : justum fore cémentes, ut pro laude Dei pupillos nutrientibus ministrarent, quae usibus excolebantur exterorum. Lib. diurnus, c. vu, xix (ou 97) (Pair. Lat., CV, 1 16.)
(2) l.ib. Pont., éd. cil., 11,86 et 92. Voir les textes plus loin.
(3) Catalenus abba, ibi dcserviens ad scpulchrum sancti Pétri, et ipse quidem annuum circuli cantutn diligenlissiiiie edidit ; post hune quoque Maurianus abba, ipsius sancti Pétri apostoli servicns, annalem suum cantunn et ipse nobite ordinavil\ post hune vcro dumnus Virbonus abba et omnem cantum anni circuli magnifiée ordinavit. Quatitcr in monasteriis cité.
(4) Nous avons donne plus haut les détails d'après Bède, page 89.
Remigius, le pape rappela Siméon à Rome en qualité de primicier, mais il accepta que des moines rouennais vinssent à Rome pour étudier, SOUS la direction du nouveau primicier, « la modulation de la psalmodie et l'enseignement de la cantilène ecclésiastique» (i).
Enfin on nomme encore Théodore et Benoît, comme deux des chantres envoyés à Charlemagne par le pape Adrien vers la fin du vin"' siècle (2).
Nous ne connaissons point dans le détail les œuvres de ces musiciens, ni de ceux dont nous n'avons point les noms : Amalaire, cependant, nous apprend que c'est aux « maîtres de l'Église romaine » de cette époque qu'on doit les superbes répons ajoutés, pour le temps de la Passion, aux anciens répons extraits de l'Evangile ou des Prophètes (3).
Sur les papes du même temps, les notices du Liber Pontipcalis, les épitaphes, des documents divers nous renseignent d'une façon fort intéressante. Ces sources cependant ne s'attachent pas seulement à ce qui a trait à l'éducation musicale, mais aussi au goût et à la science de ces pontifes : on nous excusera donc de donner avec quelque mélange le tableau des papes qui, à partir de saint Grégoire le Grand, appartiennent, durant plus de deux siècles, à l'histoire musicale, à un titre quelconque.
C'est trois ans après la mort de Grégoire que son successeur Boniface, en 607, dédie, le III des ides de mai, le vieux Panthéon, en l'honneur de la sainte Vierge Marie et des martyrs : Sancta Maria ad martyres. C'est à cette occasion que fut composé le chant de la messe et de l'office passé depuis aux autres dédicaces.
Les mélodies n'en diffèrent pas très sensiblement des autres mélodies grégoriennes, et cependant présentent vis-à-vis de celles-ci quelques particularités tonales, telle la communion Domus mea ; ou bien une légère variété de st3de, surtout dans les répons. Au point de vue du texte, c'est le premier office dont les paroles soient prises indistinctement dans les divers livres de l'Écriture sainte, et le répons-graduel qsi aussi le premier qui ne soit pas extrait des psawnes.
(i) « Comperimus exaratum quod praesentes Deo amabilis Remedii germani vestri monachos SiMEONi Sdiolac Ciintorum priori contradere deberemus, ad instruendum eos in psalmodiae modulatione, quam ab eo apprehendere, tempore que illic in veslris regionibus exstitit, nequiverant. Et quidem, benignissime rex, satisfacimus christianitati tuae, quod nisi Georuil's qui eidem Scholae praefuit, de hae migrasset luce, nequaquam eumdem Simeonem a vestri germani servitio abstrah'ere niteremur. Sed defuncto praefato Géorgie, et in eius idem Simeon, ulpote sequens, illius accedens locum, ideo pro doctrina scholae eum ad nos accersivimus. Propter quod et praefatos vestri germani monachos saepedictos contradidimus Simeoni, eosque opiime collocantes, soleni industriaeamdem psalmodiae modulationem instrui praecepimus et ecclesiasticae doctrinae cantilenae disposuimus, efficaci cura permanere. Patr. Lai., LXXXIX, 1187.
(2) Nous en parlerons plus loin.
(3) De ordine antiph., c. xlui. [Patr. Lat., CV, ijg2.)
On nous signale ensuite Deusdedit (6i5-6i8), qui, « nourri dès son enfance dans la bergerie de Pierre..., passait ses veilles à chanter des hymnes au Christ (i) », dit son épitaphe, composée par son second successeur Honorius (2). Evidemment, on ne saurait conclure que ce pontife fut élève de la Schola caiitoj-iitn^ son âge s'y opposerait, mais il le fut, d'après ce texte, de la Schola lectorum qui y avait donné naissance. •Il a pu, étant diacre, se trouver sous la direction de saint Grégoire.
Puis c'est Honorius (025-638), dont nous avons déjà étudié l'épitaphe (page 1)3), le pontife qui, « s'efforçant de suivre les traces de Grégoire », fut un « pasteur excellant dans le chant divin ». Honorius fut peut-être aussi, enfant ou adolescent, au nombre des clercs romains dirigés par saint Grégoire le Grand, et on vient de le voir célébrer Deusdedit.
Martin (649-653}, parait-il, d'après des traditions recueillies par un moine frank ou germain à la fin du vii*^ siècle ou au viii"^, aurait donné une édition du livre de chant romain pour le cycle annuel (3).
Il est fort remarquable que les chantres romains n'aient conservé le souvenir d'aucun autre nom de pape, après saint Grégoire, en dehors de Martin, comme ayant collaboré aux mélodies sacrées. Tandis qu'auparavant on nous a cité plusieurs pontifes comme s'étant occupés activement du chant, de questions qui y touchent, ou de la publication du cycle annuel, les papes que nous connaissons depuis cette époque sont surtout des amateurs de musique ou des critiques.
Il y a là une singulière et nouvelle présomption confirmant la tradition ; si, après saint Grégoire, et encore est-ce dans un texte obscur, on ne nous cite plus qu'un seul nom de pape qui ait touché au livre de chant, c'est que ce livre était précédemment fixé, donc par saint Grégoire (4).
Après Martin, nous trouvons Léon II (682-683), Sicilien d'origine, « savant en latin et en grec, émérite dans la cantilène et la
(i) De Rossi, Bullctino d'archeologia cristi,ina ; Rome, iSS'j, p. 19. Hic vir ab exortu Pétri est nutritus ovili, Sed meruit sancti pastor adcsse gregis.
Pura fides hominis, votis fundata benignis, Excuvians Christi canlibus hymnisonis.
(2) Lib. Pont., éd. cit., I.
(3) Qualiter in monasteiiis, sup. cit.
I4) C'est Vitalien, successeur de Martin, qui ordonna le moine romain Théodore archevcque de Canterbury, où il trouve Putta, qui avait appris le chant romain des élèves mêmes de saint Grégoire. La mission de Jean, abbé de Saint-Pierre de Rome, eut lieu en 680 sous Agathon, prédécesseur de Léon II : il est fort probable que ce Jean a eu part à l'éducation musicale du pape Serge. Le diacre Jean, dans sa vie de saint Grégoire, place la mission de l'abhéjcan sous Vitalien, II, 8 ; son texte, mal compris, « susceplum muJulationis organum », fut la cause de 1 affirmation de certains auteurs, tel Ekkchard V de Saint-Gall, imaginant que le pape Vitalien avait non seulement réorganisé léchant liturgique, mais encore introduit l'usage de Vorg^num (vocal) dans l'oflice divin ! (C'est toujours au sens vocal qu'il faut entendre l'expression organum dans les anciensauteurs.
psalmodie, et, par un exercice très approfondi, très fin à les comprendre » (i).
Benoît II (684-685), Romain, « se montra tel, aussi bien dès son enfance que devenu prêtre, dans la cantilène elles divines Écritures, qu'il parut vraiment un homme digne de son nom {benedictus, béni, Denoît), en lequel la grâce et la bénédiction d'en haut étaient surabondantes » (2).
Serge (687-701), S3'rien de nation, « venu à Rome au temrs du pontife Déodat (672-676), fut inscrit dans le clergé de l'Eglise romaine; et, comme il était très travailleur et capable dans l'exercice du chant, il fut confié au primicier des chantres pour l'étude. Il statua qu'au moment de la fraction du corps du Seigneur, le clergé et le peuple chantassent : Agnus Dei, etc. » Sans aucun doute, c'est la mélodie simple sur laquelle nous le chantons encore aux jours ordinaires : fait assez intéressant, ce petit récit est à peu près semblable à une des psalmodies ordinaires du rit grec (3).
« Il ordonna aussi que les jours de l'Annonciation du Seigneur, de la Dormition et de la Nativité de sainte Marie mère de Dieu et toujours vierge, et de Marie et de saint Siméon, que les Grecs nomment Ypapanti, une procession aurait lieu (4). »
On a conservé à cette dernière fête l'usage de la procession prescrite par Serge; les antiennes que l'on y chante ne sont pas d'origine latine, mais grecque (5), et ne sont pas composées dans le style grégorien. Plusieurs conclusions s'imposent : r la différence de style, vis-à-vis des œuvres contenues dans Tantiphonaire grégorien, est une présomption d'antiquité en faveur de ces oeuvres ; 2° donc, le recueil devait être clos depuis un certain temps, pour qu'une différence de style fût sensible avec les nouvelles compositions ; 3" les versions mélodiques étaient donc bien nettes, et la tradition a été fidèle à les conserver ; 4° la coexistence de la version latine et de la version grecque est un moyen certain de critique, qu'on pourra mettre en œuvre pour l'étude détaillée des pièces de l'antiphonaire.
Enfin, à ces détails donnés par le Liber Pontijîcalis, et qui visent
(i) Lih, Pont., éd. cit., I, 359. Natione Siculus, graeca latinaque eruditus, caniilena ac psalmodia praecipuus, et in earum sensibus subtilissima exercitatione limatus.
(2) Id., ^63. Natione Romanus, se in divinis Scripturis et cantilena a puerill aetate et in presbyterii dignitate exhibuit, ut decet virum suo nomine dignum, in quo vere supernae benedictionis gratia redundavit.
(•5) Cf. Tribune de Saint-Gervais, y année, 1^97, page 70.
(4)Id. 371. Natione Syrus. Hic Romam veniens subsanctae memoriae Adeodato pontifice [67 j- 676] inter clerum Romanae Ecclesiae connumeratus est ; et quia sti'diosus erat et capax in officio cantilenae, priori cantorum pro doctrina est traditus
Hic statuit ut tempore confractionis dominici corporis .Ig-ni/s Dei, etc., clero et populo dccantetur. Constiiuit autem ut diebus Annuniiationis Domini, Dormitionis et Nativilatis sanctae Mariae Deigenitricis semperque virginis, .Mariae ac sancli Simeonis, quod Vpapanti Graeci appellant, laetania exeat.
(5) Dans les manuscrits les plus anciens, ces antiennes sont alternées en grec et en latin.
des actes perdus, il faut ajouter ce que nous dit le célèbre Alcuin dans sa préface au supplément du Sacramentaire grégorien :
« La partie précédente du livre des sacrements a été éditée par le bienheureux pape Grégoire, excepté ce qui a trait à la Nativité et h l'Assomption de la bienheureuse Marie, etc. (i). »
Donc, sont également plus récents les chants qui regardent ces fêtes, dont la célébration est regardée par tous les liturgistes comme se rattachant à l'œuvre de Serge. De fait, le caractère gréco-latin, byzantin, si l'on préfère, des chants visés plus haut, se retrouve également dans les textes et les mélodies chantées à ces offices.
Le contraste est d'autant plus frappant avec les autres pièces romaines que les chants de la jncsse, pour ces fêtes, sont empi-nntés presque iitléfçralement aux messes de l'antiphonaire grégorien (2) ; donc, deuxième constatation que ce recueil existait auparavant ; deuxième constatation de la différence manifeste des styles, dont il est facile de se rendre compte en étudiant les mélodies des offices de ces fêtes dans un antiphonairc (3).
Aces fêtes il faut ajouter également celles de la sainte Croix, dont les chants offrent aussi les mêmes caractéristiques que les précédents.
Grégoire II (715-731), Romain, « fut élevé au Patriarchium dès son jeune âge, au temps du pape Serge de sainte mémoire (4) ; devenu sousdiacre et sacellaritis, le soin de la bibliothèque lui fut confié. Il institua pendant le Carême la célébration des messes dans les églises le jeudi, ce qui ne se faisait pas auparavant. » Or, comme les précédentes, les messes des jeudis de Carême, instituées par saint Grégoire II, empruntent leurs chants (à part peut-être un introït et un graduel) aux séries plus anciennes, et particulièrement aux dimanches après la Pentecôte ; pas plus que Serge, ce pape n'a ajouté au fonds du recueil grégorien (5).
(1) /'iitr. Lat., CXXI, 798, Le texte est publié à tort sous le nom de Grimald, le scribe du manuscrit.
(2) Par exemple : l'Annonciation, chants empruntés aux offices des Quatre-Temps de l'Avcnt, excepté l'offertoire, Houve/Ze com/)os//ioH; l'Assomption, introït et offertoire empruntés au i'^'' janvier, graduel et communion en partie calqués sur des mélodies préexistantes ; la Nativité, tout emprunté aux fêtes précédentes; la sainte Croix, introït, graduel, alléluia, empruntés au Jeudi saint et au Temps pascal, communion calquée sur une communion de Carême, offertoire seul nouvellement compose. Nous tablons sur les messes anciennes, telles qu'elles sont données par des manuscrits primitifs ; voyez le dernier chapitre de ce livre,
(3) Par exemple, les antiennes de Ma^nii/tCitt et de Uenedictus pour l'Assomption, la Naiiviié, la sainte Croix ; paroles et musique sont d un style sensiblement différent des offices plus anciens.
(■^) Lib. Pont.,cô. cit , 396. Natione Romanus, qui a parva aetatc in Patriarchio nuiritus |sub sanctae memoriae domno Sergio papaj, subdiaconus[atque sacellariusjfactus, bibliothecae illi est cura commissa. Ilic quadragcsimali tempore, ut quintas ferias missarum celebritas fieret inecclesias, quod non agcbatur, instituit. (Les mots entre crochets sont de la seconde rédaction.)
(5) C'est au temps de Grégoire II que vivait Chrodegang, évêquc de Metz ; au témoignage de Paul diacre, » il était instruit, ainsi que son clergé, dans la loi divine et la cantiléne romaine, et ordonna de suivre l'ordre et le rit de 1 liglise romaine ». Seipsumquc clerum abundanter legis divinae romanaeque imbutum cantilcnae, morcm alque ordinem Romanae Ecclesiae servare pracecpit. Vila episc. Metensium, Càp. 50-51 . (Pafr. Lai., LXXXIX, 1055, ou XCV, 709.)
SAINT GREGOIRE LE GRAND ET LES MUSICIENS ROiMAINS I I D
Etienne II (752-757) et Paul I" (757-767), son frère, furent tous deux « confiés » dès leur jeune âge « au Patriarchium de Latran », «à la vénérable Chambre du Latran » (i) pour l'étude de la science ecclésiastique et de la tradition apostolique. Ces deux frères étaient sans doute dans le cas prévu par les statuts de Fordo IX sur l'admission des fils de noble à la Chambre pontificale.
C'est aux papes Etienne et Paul que l'on doit l'introduction en France du chant grégorien (2).
Etienne, venu demander secours à Pépin le Bref, en 754, lui laissa, sur sa demande, des clercs romains (3) ; parmi eux était Siméon, le scciiudiceriits de \s. Schola cantot'inu, dont nous avons déjà parle, et qui accompagna à Rouen l'archevêque Remedius (ou Remigius), frère du roi. Mais bientôt Etienne mourut : son frère Paul, qui lui succéda, n'abandonna pas ses projets, et envoya à Pépin, entre autres présents, un antiphonale et responsale (4) ; c'est quelque temps après que Siméon était appelé à succéder au primicier Georges, qui venait de mourir.
Adrien I"' (772-795), à son tour, seconda activement les desseins dont Pépin avait transmis l'héritage à Charlemagne, son fils. La réalisation de ces desseins fut l'objet de diverses tentatives et démarches, avant qu'elle eût son plein effet. Comme témoins contemporains, nous avons, outre les textes relatifs à l'envoi du sacramentaire grégorien, l'assurance d'Adrien « que la sainte Église catholique et apostolique a reçu du saint pape Grégoire lui-même l'ordo des messes, solennités et oraisons » (5), ce qui, semble-t-il, contient implicitement l'organisation du chant. Cependant, à propos du travail d'Adrien sur le chant, nous avons le témoignage du savant Amalaire, qui avait étudié un livre de chant grégorien envoyé alors de Rome en France, au monastère de Corbie ; ce livre portait en tète, << écrit par ordre de l'apostolique Adrien :
(1) In venerabili cubiculo Lateranensi pro doctrina apostolicae traditionis permansit.
Ab ineunte aetate in Lateranensi patriarchio cum proprio seniore germano Stephano praedecessore eius pontifice, pro eruditione ecclesiasticae disciplinae traditus est, temporibus domni Gregorii II pontificis. Lib. Pont., éd. cit.
(2) Cf. notre Histoire du chant liturgique à Paris, sup. cit., p. 51-52.
(3) Cantilenae vero perfectiorem scientiam, quam pane jam tota Francia diligit, Stephanus papa, cum ad Pippinum patrem Caroli magni in pi'imis in Francia venisset, per suos clericos petente eodem Pippino, invexit, indeque usus ejus longe lateque convaluit. Walafrid Strabon, Ûe reb.eccles., 25 {Patr. Lat., CXIV, 956). On a fait étal d'un texte de la chronique deSaint-GalI mentionnant que le pape Etienneaurait envoyé à ce sujet douze clercs en France ; ce texte repose sur une fausse interprétation d'une notice du Lib. Pont., éd. cit., I, 4-18. Du reste, le chroniqueur lui-même nous met en garde contre le récit qui courait à Saint-Gall : Ferturque, —sed non satis adhuc credam, nisi quia patrum veritati plus creJendum est, quam modernae ignavae falsitati, — [quod Papa Régis] bonae voluntati et studiis divinitus inspiratus assensum praebens, secundum numerum XII apostolorum de sede apostolica duodecim clericos doctissimos cantilenae ad eum direxit in Franciam. De gestis Caroli Magni, I, x, de caniu romano.
(X) Direximus etiam excellentiae vestrae et libros, quantos reperire potuimus, id est, antiphonale et responsale. Voir II!" partie.
(5) Cette lettre est de l'an 794. [Patr. Lat., XCVIII, i2 52;Jaffé, n«248;.)
Il6 LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN
Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, commencement du responsorial pour le cours de l'année, au temps du trois fois bienheureux et apostolique Adrien pape, pendant la septième indiction. Et de même à la tin : Cette œuvre a été retouchée par le souverain pontife Adrien : en mémoire éternelle » (i).
Le texte d'Amalaire est d'autant plus utile pour l'étude du contenu des livres de chant grégorien qu'il étudiait les divers exemplaires qu'il pouvait se procurer, précisément dans le but de donner une édition définitive de la partie qui contient les chants de l'office : il a comparé ces divers recueils, noté leurs différences, et résumé ses recherches dans un travail auquel nous avons déjà emprunté, et qui est des plus précieux pour l'étude critique de ces pièces (2).
On a aussi attribué au pape Adrien 1er un petit prologue en vers, pour l'antiphonaire, chanté autrefois dans la plupart des églises avant l'antienne de l'entrée, au premier dimanche de l'Avent. Mais le texte sur lequel est basée cette attribution est fort douteux ; nous nous abstiendrons donc de la soutenir. Un fait cependant incontestable, c'est que si ce prologue n'a peut-être pas pour auteur le pape Adrien ler, il est au moins de son temps, se trouvant en des manuscrits appartenant, sans aucun doute possible, à la seconde moitié du viii' siècle (3) ; variant de longueur et de teneur dans les divers manuscrits qui le contiennent, il commence invariablement par deux vers dont le sens est : « Le pontife Grégoire, digne de son nom par ses mérites, monta au suprême honneur où son sang le conduisait » (4). Le reste de la pièce raconte comment Grégoire fut le restaurateur des monuments laissés par les Pères, et comment il fit le livre de l'art musical de la Scliola cciutoriini pour le cycle de l'année. Ce texte représente donc bien la tradition romaine, et s'il ne sort pas de la plume d'un pape, il nous parait fort vraisemblable qu'il soit originaire de la Schola elle-même (5).
Très vivants sont les récits que nous ont transmis les chroniqueurs, sur les rapports entre le pape Adrien et Charlemagne, au sujet du chant grégorien, encore qu'ils ne concordent pas dans tous leurs détails.
(i) Hic inscrimus quomodo invenimus scriplum deauctorilale Adiiani aposlolici : « In nomme Domini nostri Jesu Christi incipit responsoriale de circule anni. Temporibus ter beatissimi et apostolici domini Adriani papae, per indictionem scptimam. » Item, in fine ; « Hoc opus summus réparât pontifcx dominas Adrianl's, sibi memoriale per saecla. » De ord. Antiph. {Pair. Lat. t. CV, c. 1246.)
(2) Le De ordine antiplwnarii. {Pair. Lat., t. CV.)
(3) Comme le cantatorium de Monza Ivoir 111'' partie).
(^) Gregorius pracsul, meriiis et nomine dignus,
Undegenus ducit, .summum conscendithonorem.
(5) On en trouvera la mélodie dans la Revue du chant grégorien, 2' année, iSçS, p. 51, article dcDom Pothier : Prologue à lAiitiphonstrt dt saint Grégoire. Le même auteur a publié un arricle historique sur le même sujet : Del prologo citesi cantava in altri tcmpi adonore di S. Cregorw avanti l'Introito delta /" domenica d'Avvanto, dans la Musica sacra. Milan, mars 1890, p. 38.
Le meilleur est le récit de Jean diacre, placé du reste à la source des renseignements :
« Entre les autres nations de l'Europe, dit l'auteur romam (i), les Germains et les Gaulois ont pu remarquablement apprendre et réapprendre la douceur de cette modulation [des chants grégoriens]. Mais, cependant, ils ne purent la conserver pure, tant par légèreté de caractère que par leur naturel fruste,- et mêlèrent du leur aux chants grégoriens (2).
« Or Charlemagne, notre patrice et roi des Français, froissé, pendant un séjour à Rome, de la dissonance qui existait entre le chant des Romains et celui des Gaulois, laissa au pape Adrien deux de ses clercs les plus studieux : lorsqu'ils furent suffisamment instruits, ils furent appelés à Metz pour la douceur de la vieille modulation. Mais quand ceux qui avaient été instruits à Rom.e furent morts, le très prudent roi, voyant le chant des églises des Gaules être à nouveau très éloigné de celui de Metz », demanda au pape d'autres chanteurs. « Alors, touché des prières du roi (comme aujourd'hui encore, [en 872J, plusieurs peuvent en témoigner), le pape Adrien lui envoya en Gaule deux chantres. »
Ici le moine d'Angoulême, l'historien français de Charlemagne, qui avait sans doute eu connaissance de détails dont Rome n'avait pas conservé la mémoire, nous donne le nom de ces deux « chantres très savants de l'Eglise romaine, Théodore et Benoît, qui avaient été instruits par [l'école de] saint Grégoire » ; il ajoute que le pape Adrien, les envoyant en notre pays, « leur donna des antiphonaires de saint Grégoire, qu'il avait lui-même notés en notation romaine (3).
« Le roi Charles, étant revenu en France, envoya l'un des chanteurs à Metz, l'autre à Soissons, ordonnant aux inaîtres de chant de toutes les villes de France de leur confier leurs antiphonaires à corriger, et d'apprendre d'eux le chant.
(< Le principal magistère en fait de chant resta à la ville de Metz : autant l'enseignement romain surpassait le messin dans l'art de la canti-
(i) Hujusergo modulationis dulceclinem inter alias Europaegentes, Germani, seu Galli, discere, crebroque rediscere insigniter potuerunt, incorruptam vero tam levitate animi, quia nonnulla de proprio gregorianis cantibus miscuerunt, quam feritate quoque naturali, servare minime poluerunt.
Sed et Carolus, nosler patricius, rex autem Francorum, dissonantia romani et gallicani cantus Romae offensus, duos suorum industrios clericos Adriano tune episcopo dereliquit : quibus tandem satis eleganter instructis, Melensem metropolim ad suavitatem modulationis pristinae revocavit. Sed cum, defiinctis his qui RoiniiefueratU educati, cantum gallicanarum ecclesiarum a metensi discrepare prudentissimus regum vidisset, [peiiit ab Adriano papa cantores alios]. Tune, régis precibus, sicut hodie quidam veridice adstipulantur, Adiianus papa permotus, duos in Galliam emisit. Vita S. Gregorii, loc. cit.
(2) Jean diacre nous parait ici servir des rancunes nationales.
(3) Cf. le texte d'Amalaire, plus haut cité.
llN LF.S ORIGINES DU CHANT ROMAIN
lène, autant le chant messin surpassait celui des autres Scliolae des Gaules (i) ». Jean diacre nous donne cette même appréciation.
On trouve encore une autre histoire du même genre dans un auteur très postérieur à ces annalistes, mais suspect dans la plupart de ces récits : la poétique histoire de Petrus et de Romanus, qu'on racontait à Saint-Gall au xi" siècle, nous paraît une légende, bien qu'elle ait été admise par d'excellents érudits (2).
Après Adrien, c'est Léon III (795-81G), le pape qui reçut Charlemagne à Rome. « Elevé et instruit dès son enfance au Patriarchium du Latran, il brilla tant dans la psalmodie que dans les divines Écritures » (3). Il distingue à son tour parmi les enfants de Rome le jeune Serge, et « le confie à la Sc/iola cantoriim pour l'étude des lettres et des mélodies de la cantilène douce comme le miel ; il en surpasse tous les autres enfants ».
Le jeune chanteur protégé de Léon III devient plus tard le pape
(i)Theodorum et Benedictum, Romanae Ecclesiae doctissimos cantores.qui a[scola] sancti Gregorii eruditi fuerant, tribuitque antiphonarios heati Gregorii quos ipse notaverat nota romaim. Domnus vcro Rex Carolus reveriens in Franciam, misitunum cantorcm in A/e/is civitate, alterum in Suessioiiis civitatc, praecipiens de omnibus civitatibus Franciae magislros scholae antiphonarios eis ad corrigendum tradere, et ab eis discere cantare ....Majus autem magisterium cantandi in Métis civitate remansit; quantumque magisterium romanum superat Metcnse in arte cantilcnae, tante superat Metensis cantilena caeteras scholas Gallorum. — Monachi Engolism. : P'idi Caroli Msgiii, dans Duchesne, Hisl. Franc, t. II.
(2) EUUehard IV, Casus Sancti Galli, m. (Pertz, Mon. Germ.,Sciiptores, II, p. 102.]
Plusieurs raisons nous font suspecter la véracité de cette histoire : 1» l'auteur a écrit ses Casus sans aucune critique ; ce sont simplement les récits que l'on contait à Saint-Gall de son temps ; 2" les chroniqueurs et personnages sangalliens des temps antérieurs, plus prés par conséquent des origines, en parlant de la musique, ne font aucune allusion à cette histoire, par exemple Notker, qui nous donne les noms de ses maîtres, en plein milieu du ix" siècle, sans souffler mot du prétendu Romanus ; 3° le même Notker explique des particularités de la notation de Saint-Gall, des litUrae significativae, qu'on a, deux siècles après lui, attribuées a ce Romanus, sans parler de cet auteur; 4° le moine de Saint-Gall qui écrivit à peu près à la même époque la \ie de Charlemagne, nous parle très longuement de ce qu'a fait cet empereur pour le chant ; non seulement il ne dit rien de l'histoire en question, mais il affirme que le chant de son abbaye avait de grandes divergences avec léchant romain, ce qui est confirmé par l'examen des manuscrits; 5'' le manuscrit 359, qu'on supposa pendant longtemps, sur la foi d'EUkchard, une copie authentique de l'anliphonaire grégorien apportée de Rome par les envoyés d'Adrien, ne peut pas remonter plus haut que la seconde moitié du ix= siècle ; 6» le Petrus du récit d'Ekkehard, prétendu fondateur de l'école de Metz, n'a aucun lien avec ce que nous savons par ailleurs sur cette école ; 7° les prétendues séquences tnctenses et sangalliennes ne se rencontrent que dans Ekkehard. On pourrait critiquer très longuement tout ce récit sans parvenir à y découvrir autre chose que des faits suspects, sans lien avec les faits avérés et connus, à part l'envoi de chantres romains à Charlemagne par Adrien ; peut-être, en résumé, celte histoire a-t-elle simplement comme origine la venue ou le passage à Saint-Gall d'un chantre romain, cantor romanus, àonl on a fait «le » chantre Romain, cantor Romanus : c'est tout ce qu'il est permis de tirer de l'analyse du récit d'Ekkehard. M. le D'' Wagner, directeur de 1 Académie grégorienne de Fribourg, et le savant qui connaît le mieux l'histoire musicale et les manuscrits de chant de Saint Gall, est absolument d'accord avec nous sur le caractère purement légendaire de Petrus et de Romanus. Neumenkunde. Fribourg en Suisse, 1905, ch. xii, p. 251 et s. ; Unsprung und EnivHMung d. Liturg. ges., Fribourg, 1902, ch. xui, ou édit. française, Origine cl développement du eh. liturg. trad. J. Bour), Tournai, 1904.
(3) A parva aetate in vestiario patriarchii cnuiriius et educatus est, tam in psalterio quamque iri sacris divinis Scripturis pollens. I.ib. l'ont., éd. cit.
Serge II (844-847), et prend à cœur la reconstruction de bâtiments de la Schola qui tombaient en ruine. Il paraît avoir affectionné la vénérable école où il fut élevé, et les Gestes des pontifes nous ont conservé le souvenir de quelques-unes des donations faites par lui à l'oratoire de la Schola : « un voile de fundato primo avec une bordure (?) de tyreo (étoffes inconnues) ; une patène et un calice d'argent très pur, pesant ensemble deux livres deux onces » (i).
N'oublions pas que c'est au temps de Grégoire IV (827-844), prédécesseur de Serge II, que la fête de la Toussaint, déjà fortement prônée par Alcuin, commença à être officiellement célébrée. Ce fut également Grégoirel'Vquifitl'élévation ducorps (=canonisation) desaint Grégoire le Grand, cérémonie qui donna lieu à de nombreuses histoires de translations de reliques fausses du même pontife en France, et fut l'occasion des premiers offices propres composés en son honneur. C'est précisément pour les lectures rituelles de la fête nouvellement établie que le diacre Jean, quelques années plus tard, écrit la vie du saint pape.
Enfin, Léon IV (847-855), que nous avons déjà vu proclamant la beauté et l'esthétique du chant grégorien, avait été élevé dans l'école d'un des monastères romains, Saint-Martin-hors-les-Murs, où ses parents l'avaient « spontanément confié ». C'est lui qui institua « la célébration publique des vêpres dans la basilique de Saint-Paul, à son jour natal (2), par tout le clergé et la Schola (3) ».
Ce sont les derniers textes (4) qui concernent l'institution de nouveaux
(1) Léo ni, generositatem huius praeclari pueri reminiscens, eum Scholae cantorum ad erudiendum communes tradidit litteras et ut mellifluis instrueretur cantilenae melodiis... Omnes ipsius praecellit scholae puei-ulos... Ipse vero almificus et beatissimus papa Scholam cantorum (quae pridem Orphanotrophium vocabalur) cum prae nimia vetustate iam emarcuerat, a fundamentis in meliorem, ut olim fuerat, statum noviter restauravit. Caeterum etiam et in oratorio beati Stephani protomartyris, quod positum est in ipsa Schola, fecit vélum de fundato I cum periclisin de tyreo ; similiter ubi supra fecit patenam et calicem de argento purissimo, qui pensant simul libras II et uncias II. IJb. Pont., II, 86, 92.
(3) Cette expression doit-elle s'entendre du jour anniversaire du pontife ou de la fêle du saint ? Nous croirions volontiers que ce texte se rapporte à la fondation (à la composition mélodique, par conséquent) des vêpres propres de saint Paul, telles qu'elles sont encore prescrites par une rubrique spéciale, quoique non originale.
(3) A parehtibus ob studia litterarum in monasterii beati Martini... sponte concessus est... Hic quidem insignis et pius antisies in basilica beati Pauli apostoli, superno fretus amore, vespertinas publice a cuncto clero et a schola constiluit die natalis eius psallere laudes. Id.
(4) Il y a bien encore le texte fameux de l'abrégé de Limoges (Bib. nat., Paris, latin, 2^00, f» 138-151) sur Adrien II (867-872). Sans que ce te.vte soit en lui-même invraisemblable, il émane d'un auteur suspect, Adhémar de Chabannes. (Mgr Duchesne, Lib. Pont., p. clxxxii et s.) C'est à ce texte que nous avons fait allusion à propos du prologue Gregorius praesul, et c'est précisément sur ce prologue que l'on pourrait trouver un premier argument contre l'authenticité de cet abrégé. Adrien II aurait ordonné « le chant d'un prologue en vers hexamètres à la grand messe le premier jour de l'Avent ; ce prologue commence comme celui plus court d'Adrien I''"', mais se compose de beaucoup de vers ». Il n'est pas prouvé que le prologue court soit d'Adrien I"', mais en tout cas un prologue très long, commençant de même façon, était déjà usité au vni'^ siècle ; nous ne connaissons pas de manuscrit qui donne le chant du prologue attribué à Adrien II. 2» D'après le même texte", ce pape aurait « augmenté en divers endroits l'anliphonairc grégorien, comme l'avait fait Adrien It » ; or, il
offices avec la vitalité et l'importance de la vieille Schola cantorum. C'est l'époque où, sous de tels égides, Jean diacre en recueille les traditions les plus autorisées, et cite les privilèges et les actes de fondation de cette école des chantres romains, qui dut, sinon son origine, du moins son organisation, au « plus zélé » d'entre eux : saint Grégoire le Grand. Après ce temps, la décadence vient, et nous ne savons plus rien, pendant six cents ans, des protecteurs ni des maîtres de la Schola cantorum.
existe de» manuscrits datant précisément de ces temps-là, nous n'y avons rien trouvé qui justifie cet accroissement de l'antiphonairc. ^^ Il aurait en outre « permis dans les monastères, à la messe principale », l'emploi des trofes, à l'introït et au Gloria in excelsis ; il aurait « également autorisé les mélodies chantées avant lévangile, qu'on appeWe séquences ». Ici, l'auteur paraît avoir cité réellement une source ancienne ; en effet, de son temps, les séquences étaient depuis longtemps chantées avec paroles, et les tropes s'étaient répandus dans toutes les parties de la messe ; ce fut également au temps d'Adrien 11 que vivaient à Saint-Gall les compositeurs de tropes, tels que Tutilon : il y a là évidemment un texte qui demande à être sérieusement étudié, mais l'auteur le gâte en faisant intervenir ensuite Charlemagne et saint Grégoire. 4" Enfin, « il ordonna que les clercs romains instruiraient les pauvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nos frères, à ne pas demander l'aumône dans cette ville de Rome, les trois jours avant Pâques, autrement qu'en chantant à haute voix sur les places, devant les monastères et les églises : Kyrie eleison », et toute la suite d'une prière qu'on nous donne. Ce passage est le plus sérieux, et a toute apparence d'authenticité : nous avons le texte et la mélodie de cette prière qu'on nous cite dans son état premier ; or. à la fin du .\" siècle, elle avait déjà reçu des additions. Cf. la très intéressante étude de Dom Pothiersur ce sujet : Chant de la Litanie avec tropes ou versets à l'office des Ténèbres, dans la Revue du chant grégorien, ii' année, p. 133 et s. Voici les textes:
Adrianuspapa... Antiphonarium gregorianum, sicut anterior Adrianus, diversa per loca corroboravit, et secundum prologum versibus hexametris ad missam maiorem in die primo .Xdventus Domini nostri Jesu Christi decantandum insiituit, qui similiter incipit sicut anterioris .-Vdriani prooemium quod ille ad omnes missas in eadcm dominica prima -Adventus Domini decantandum strictissimum confecerat, sed pluribus iste constat versibus.
Hic constituit per monasteria ad missam maiorem in solemnitatibus praecipuis, non solum in Hymno .\ngelico Gloria in excelsis Dto canere hymnos intcrstinctos quos Laudes appcllant, verum etiam in psalmis davidicis, quos intruïtus dicunt, intcrserta cantica decantare, quae Romani Festivas Laudes, Franci Tropos appellant
Mclodias quoque ante evangelium concinendas tradidit, quas dicunt Sequentias.
Hic constituit ut clerici Romani instruercnt paupcres Domini nostri Jesu Christi, fratres nostros, ut ante dominicum sacratissimum dici Paschae tribus diebus, hoc est, Domini Coena, Parascevc, et sancta sepultura Domini nostri Jesu Christi, non aliter peterent elcemosynam per urbem hanc rontanam, nisi e.\celsa voce cantilcnam dicendo per plateas et ante monasteria et ecclesias nuiusmodi : Kyrie eleison, Christe eleison. Domine miserere, Christus Dominus faclus est obediens usqae. ad mortein.