‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 27 sur 65 · III. — LA NOTATION · texte numérisé non relu

III. — LA NOTATION

Quelle a été la plus ancienne notation liturgique chrétienne? Celle que nous possédons, en tant que plus ancienne, par l'âge des manuscrits qui la contiennent, c'est celle des lectionnaires gréco-byzantins, à laquelle les spécialistes modernes ont donné le nom d'ekphonétique (2), du grec ekphonesis, désignant les passages liturgiques dits à haute voix.

Le plus ancien de ces monuments est le célèbre palimpseste d'un évangéliaire du iv'-v'' siècle, \e Codex Ep/iraetni rescriptus, ms. grec g, de la Bibliothèque Nationale de Paris ; ce vénérable fragment (3), originaire peut-être du patriarcat d'Alexandrie (4), ne renferme pas

(i) Cours cité, 2<' livre. Nous n'avons trouvé qu'un seul chanl orné où, loin dctrc évité, le mélange des formules mélodiques est la règle : celui du psaume 33, dont on a tiré, lors de la réduction des chants ornés de la messe, le graduel Benedicam, verset In Deo, et l'autre graduel Chmaverunt, verset Juxta est.

(2) Tzetzès, U èTTivôïia;; -Cw/ /.axi tov |iija'.tuvï... yt:po'ipi<fwi. Ilapvijso;, année 1885,

Athènes ; P. J. Thibaut, La notation eUphonétique, dans la ByzantiniscJte Zeitschri/t, 1898, vm, i.

(3) On en trouvera une description musicale complète dans notre Paléographie musicale byzantine. {Catalogue des mss. de musique byzantine.) Leipzig, 1906.

(4) Cf. Burney, A gênerai liistory 0/ music, Londres, 1784, t. II, p. 46-47 ; TischendorI, Codex Ephraemi Syri rescriptus, Leipzig, 1843 ; Grcgori, Novum Testamentum ad aniiq. texl, etc., prolegomena, Leipzig, 1894 ; A. Gastoué, article Liturgie d'Alexandrie, dans Dictionnaire ■xl'iirchéologie chrétienne et de liturgie, col, 1 187.

LA MÉTHODE ET LES THÉORICIENS iCl

cette notation écrite de première main, mais ajoutée au vi"= siècle. Le système qui y a présidé est, avec de légères modifications de formes, resté en usage jusque vers le xii*^ siècle ; il est basé sur ce principe : une notation formée d'accents isolés, ou combinés en signes conventionnels représentatifs d'un fragment mélodique. Leur emploi est, dans ces livres, subordonné au texte et à ses subdivisions : tels signes accompagnent ou encadrent tel ou tel genre de phrase ; c'est une yénia.h\Q ponctuation musicale, et il n'est pas indifférent que le signe ekphonétique soit placé au-dessous ou au-dessus du texte, absolument comme pour les signes analogues de la notation juive.

Toutefois ce système est restreint, chez les Grecs, aux lectures saintes, ou, du moins, il ne nous reste pas de moyen pour savoir s'il était étendu primitivement à des chants proprement dits; chez les Arméniens, l'ancienne notation liturgique, dérivée des mêmes signes ou des signes analogues, a été employée autrefois pour toute espèce de tropaires. C'est donc une notation par formules.

Les formes ordinaires des accents et de la ponctuation y ont reçu une signification en rapport avec leur rôle grammatical : Vaccent aigu (l'irga en latin) signifie un son plus aigu, plus élevé, ou indique même une phrase dont la note récitative est plus haute ; Vaccent grave (gi-avis) marque le contraire ; Vaccent circonflexe (Jlexa), droit ou renversé, indique la combinaison d'un son aigu et d un son grave, ou vice versa ; le point (punctum) indique un son de voix moyen, ou une prolongation du même son. La notation byzantine diastématique a utilisé les mêmes éléments, avec des significations diverses suivant les cas, mais où le signe simple représente une durée, qui est le temps premier, sans aucune subdivision (i).

Ces principes ont la plus remarquable analogie avec ce que nous savons du traité où le grammairien latin Censorin définit, au iii"^ siècle, le rôle musical des accents (2) ; on cite de plus un curieux passage d'un sermon du v'' siècle, écrit vraisemblablement par un évèque du midi de la France, où l'auteur parle d'un « orgue formé des diverses Jlïites des saints apôtres et des docteurs de toutes les églises ; apte aux divers accents grave, aigu et circonflexe, que le musicien, l'Esprit de Dieu lui-même, par le Verbe touche, remplit et fait résonner ; clef (= clavier) de David qui ferme et que personne n'ouvre... aux sons très doux et très suaves de cet orgue sont accourus les princes, etc. (3) »

(i) Celle-ci n'apparait d'abord qu'en ornementation, dans l'école de Koukouzélès, au xni= siècle. Cf. nos articles déjà cités de la Tribune de S.iint-Gervais, année 1899 ; et P. H. Gaïsser, tes Heirmoi de Pâques, Rome, 1905, page S et s.

(2) Cf. Cassiodore, op. cit. ; Priscien, 1. I, éd. Putsch ; et la dissertation du même Censorin sur la musique, dans le De die natali, x {Collection des aut. latins, t. III, p. 363, Paris, 1846).

(3) Pseudo-Prosper, sermon de promissionibus et praedictionibus Dei {Pair. Lat., Ll, 856). Signalé par Dom Amelli, et en partie cité dans la Paléogr. inusic, l, 100. « Restât, ut

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