‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 30 sur 65 · partie accentuée · texte numérisé non relu

partie accentuée

Tel est donc, dans « le rythme naturel » et élémentaire de la parole, la théorie reconnue par les vieux théoriciens ; l'arsis est la partie accentuée, la thesis la partie faible de la subdivision rj'thmique. Ce sera

(i) C'est sur ce sujet del'inlluence de l'accent dans le chant liturgique que certaines personnes ont élevé des objections contre l'interprétation traditionnelle de ce chant. L'accent tonique, a-ton l'habitude de dire, était primitivement une élévation, indépendante de toute longueur ou brièveté; mais, dans les premiers siècles de notre ère, il devenait de plus en plus long, jusqu'à ce que la formation des langues romanes nous révélât que la syllabe accentuée latine avait, dans un allongement de plus en plus important, effacé même la syllabe atone : on conclut que dans le chant il faut allonger toutes les syllabes accentuées. Le raisonnement est aussi boiteu.\ que captivant en apparence II ne tient pas compte de ces faits importants : 1'' l'allongement de 1 accent et la diminution, même la suppression de la syllabe faible, étaient l'habitude à l'époque classique romaine, dans le langage vulgaire : on prononçait càue ne eus comme Caunéas ; 2" la musique — théoriciens et mélodies nous le prouvent — ne se préoccupait ni de la longueur, ni de la brièveté des syllabes ; le temps premier bref était la règle ordinaire, et l'accent se traduisait ordinairement par l'élévation — auquel il faut ajouter, plus tard, l'intensité — du son musical, lorsque le compositeur voulait le faire ressortir ; 3° les chants liturgiques, comme toute musique en général, ne se préoccupent pas de faire ressortir dans la mélodie la durée soit conventionnelle et factice, soit vulgaire et habituelle, du langage parlé; 4° ni les grammairiens ni les musiciens liturgiques n'ont tenu compte de l'allongement de l'accent dans le parler vulgaire, et la seule théorie à laquelle tous se réfèrent et qu'ils mettent en pratique, c'est celle de l'enseignement classique, auquel tous restent tidèles. Une comparaison de bon sens reste à faire : la manière dont un Italien, un Français, un Allemand moderne prononce sa langue vulgairement, dans la conversation ordinaire, est-elle reflétée dans la manière dont il mettra en musique un texte littéraire ? La durée ou le trainement de certaines syllabes pourra quelquefois influer, dans une petite proportion, sur le rythme de sa composition musicale, jamais ces éléments n'y seront reproduits.

Précisément, le cas est assez fréquent, dans la mélodie liturgique, où la syllabe accentuée n'a qu'un temps musical, et l'atone plusieurs : que devient alors le raisonnement sur le prétendu allongement de l'accent ? Dans le langage parlé, oui ; dans la musique, non. D'ailleurs, nous n'irons pas jusqu'à conclure en sens inverse, comme l'ont soutenu de très éminents grégorianistes, que la brièveté appartient â l'arsis, et la longueur à la thesis ; cet axiome est aussi faux que le précédent, et est absolument démenti par les faits. Ce qui est vrai, c'est que les musiciens ont suivi le procédé qui leur a semblé le meilleur, tantôt l'un, tantôt l'autre. En voici une preuve prise du premier chant de l'antiphonaire grégorien, l'introït Ad te levcivi ; nous indiquerons par un chiffre au-dessus du texte le nombre de temps musicaux que comptent les syllabes accentuées et les syllabes finales de chaque mot, en négligeant les autres syllabes, ainsi que les monosyllabes (voir le chant plus loin, page igo) :

Ad te levàvi ânimam méam ; Déus meus, in te confido, non erubéscam ; neque irrideant me 42222 (2) 1 41 44 32

inimici méi, étenim univérsi qui te exspéctant, non confundéntur. Soit au résumé : mots dans lesquels la syllabe accentuée a moins que la finale : 2 sur 14 {meam, Deus, où l'accent est de sa nature, bref) ; où elle a autant : 5 sur 14 {tevavi^ animam^ irrideant, meî, exspéctant) ; où elle a PLUS : 7 sur 14, la moitié [meus, confido, erubéscam, inimici, etenim, univérsi, confundéntur).

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la base de toute la poésie tonique de tant d'admirables poètes liturgiques du moyen âge.

Indépendamment du mot, le pied, pris dans son sens abstrait, est divisé de même. « Il est nécessaire de bien confier à la mémoire le sens de ces deux mots, « arsis, thesis ». Car, en battant, nous levons et posons la main; le levé a pour lui la première partie du pied, le posé

a 0 l'autre partie. Voici d'abord le p3'rrhique ^•^ qui a autant pour le levé

que pour le posé; de même, le spondée-- et le dactyle -^^ ... Voilà

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ensuite l'ïambe i; -, il a une raison simple et double, que nous retrou-

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vons dans le choriambe [trochée] -^.■.. » (i)

Nous savons d'ailleurs, soit par la suite du traité augustinien, soit par d'autres auteurs, que ces pieds ou rythmes élémentaires, pour former des rythmes parfaits, doivent s'unir au moins par deu.x, ou par trois, et les uns jouent alors le rôle d'arsis, les autres celui de thesis.

Ainsi, les rythmes ternaires, ïambe (' *), trochée (* '), tribraque (* * Ç) peuvent entrer, mêlés, dans la constitution d'une ligne rythmique, s'unir, par conséquent, dans toutes les combinaisons de deux ou de trois groupes qu'on peut former avec eux, comme : Eléments : a

Rythmes complets : a-

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