‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 36 sur 65 · I. — Le cursus hL'bdo)7:adairc et quotidien · texte numérisé non relu

I. — Le cursus hL'bdo)7:adairc et quotidien

Nous avons laissé précédemment de côte la formation de l'office romain, après en avoir fixé le point de départ, pour nous occuper des personnes et des méthodes. C'est qu'aussi bien cette étude rentre dans la critique interne des textes liturgiques, et qu'il est impossible de fixer historiquement dans le détail tous les développements de l'ofHce romain depuis saint Damase jusqu'à saint Grégoire, c'est-à-dire depuis le troisième quart du iv" siècle jusqu'au début du vu"". Mais, à défaut de cette critique extérieure, l'étude interne de l'ancien livre du chant romain pourra nous servir à établir les époques respectives qui ont vu la composition des diverses parties de ce livre.

Cependant, nous ne sommes pas dépourvus de toute documentation : les formules canoniques en usage du v"^ au viii" siècle ( i ) nous donnent un intéressant détail : les évéques sacrés à Rome s'engageaient à suivre chez eux au moins l'office nocturne (établi par saint Damase (?), diii noctuque {2), suivant l'ordre de l'Eglise romaine, savoir :

En été : trois antiennes, trois leçons avec trois répons.

En hiver : quatre de chaque espèce.

Les dimanches et fêtes, en toute saison: neuf antiennes, neuf leçons et répons.

L'office romain actuel qui, de toutes les liturgies, garde le mieux la teneur antique sur ce point, a maintenant, sans distinction de saison :

En semaine : six antiennes avec douze psaumes, trois leçons avec trois répons.

Les dimanches et fêtes : neuf antiennes (avec dix-huit psaumes le dimanche, neuf aux fétes\ neuf leçons et huit ou neuf répons.

On voit donc que la disposition générale est la même ; et nous avons, par la règle bénédictine, l'assurance que beaucoup de détails se sont également perpétués.

(1, Liber Jiurnus. c m, tit. vu (de l'édition Garnier) ; Pair. L.il., C\', 71. (2) V. page 51.

2o8 LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN

Cette organisation de l'office nocturne paraît avoir eu lieu concurremment avec celle du chant antiphonique (i) ; l'office de la vigile et l'office matutinal, héritage de la Synagogue, se fondirent rapidement en un seul (2).

I. — Le Maliiliuum : a, les nocturnes. — La première modification à cet office vint de l'usage des solitaires ; ils récitaient le psautier entier, divisé en trois nocturnes, avec quatre séries de douze psaumes, pendant la nuit, et réservaient les derniers psaumes ou laudes pour les dire à l'aurore après le canon des cantiques de l'Ecriture.

Lorsque les églises, à l'époque qui nous occupe, imitèrent les nocturnes des solitaires, elles se bornèrent à un choix de psaumes, généralement douze ou dix-huit, qu'elles combinèrent plus ou moins heureusement avec l'antique office matutinal, auquel ils furent ainsi incorporés (3).

A Jérusalem, au déclin du iV siècle, l'auteur de la Peregrinatio ne nous donne pas le nombre des psaumes et l'ordonnance des vigiles, qui paraissent avoir été longues, mais, à l'aurore, on ne dit que les trois psaumes des laudes proprement dites, suivis, bien entendu, de la lecture, de l'oraison et de la bénédiction, essentielles à toute réunion liturgique (4).

En Egypte, vers le v' siècle, les religieuses, suivant le livre De virginitate, faisaientprécéder du cantique Benedicile et du psaume matutinal 62, Detis, Deus meus, ad le, les alléluia des laudes; après la lecture, l'hymne Gloria in excelsis (5).

Les solitaires ouvraient l'office par le psaume bo, Miset'ere, suivi du 62, Deus, Deus meus, et du 90, Domine, refugium. et enfin du Laudate Dominum de coelis et la suite, sans préjudice, vraisemblablement, du Gloria déjà mentionné (ô).

SurcLUX du Sinaï, dans le courant du même siècle, nous avons un texte intéressant nous donnant l'ordre assez détaillé des vêpres, nocturnes et matines du rit qu'ils suivaient, et qui est encore à peu près celui de l'Eglise grecque (7).

Nous savons qu'à la même époque, et jusqu'au viu"' siècle, on disait dans les Gaules le Miserere, suivi, le dimanche, au moins du cantique Benedicite, et des laudes (8).

(i) Saint Augustin, dans un texte déjà si souvent mentionné, le dit formellement à propos de saint Ambroise, loc. cit., v. page 56.

(2) Voyer page 1 2.

(3I Le titre de Matutinum applique à l'ensemble de l'office des nocturnes et des laudes nous révèle par là l'organisation très ancienne de l'office du matin, avant qu'on y ait intercalé le ou les nocturnes, donc bien avant le v« siècle. Cf. notre Uisloire du ch. liturg. à Paris, p. y\ et s.

(i|)Cf. dom Cabrol Les églises de Jérusalem, op. a/., passim.

(5) Patr. Gr , .XXVIII, 266-jCS.

(6) Cassien, De coenob. instit., II, J, /'. L , XLI.X, 78.

(7) Voyez page 9.

(8) Grégoire de Tours, Vita S. C.illi, dans Vilae Patiiim. VI, n" 7. {Pair. Lat.. lAXl. loj.).)

Dans la Provence, le cantique prenait place avant, entre, et après les psaumes alléluiatiques 14?, 14(3, 147 (comme à l'office hébraïque) et 148(1).

A Milan, on intercala les nocturnes entre les cantiques (2).

Enfin, comme nous l'avons déjà dit, la Règle écrite par saint Benoît pour les moines (3) renferme tant de détails, qu'en l'absence de documents purement romains, et par la comparaison avec les antiphonaires postérieurs, nous pouvons nous faire une idée relativement précise de l'organisation de l'office romain.

Mais il faut, a priori, distinguer entre l'office quotidien et celui du dimanche et des fêtes.

A ces dernières au moins, la formation des vigiles nocturnes modifie, suivant les églises, comme on vient de le dire, l'ordonnance antique de l'office du matin, a\ec lequel elles sont souvent confondues, et qui en sont comme un développement (4).

Ainsi, dans le rit sinaïtique du v' siècle, comme dans le rit grec actuel, Vhexjpsali}ios correspondant aux psaumes du SchacJirith hébraïque est célébré avant les staseis et kathisiuata du psautier nocturne.

Au contraire, selon l'usage romain et l'usage bénédictin, les psaumes analogues sont répartis, dès le vi" siècle, et jusqu'à nos jours, entre les six jours de la semaine. Il en est de même pour les cantiques de l'Écriture, dont le canon était diten entier par les églises grecques, les dimanches et fêtes, et qui n'est récité que successivement dans l'office romain de la semaine.

Aux fêtes, la troisième partie des nocturnes était toujours chantée avec l'antienne j/Zt^/w/iT ; il en subsiste d'importaats vestiges dans nos offices (5).

11 est hors de doute que le chant des antiennes et des psaumes des nocturnes était développé dès les environs de ran4oo. puisque Cassien nous parle des mélodies (vocalises) ajoutées à la fin des antiennes par les moines égyptiens, et que, cent ans plus tard, Cassiodore dit que « dans la nuit silencieuse, par la psalmodie des choeurs, la voix humaine se répand musicalement, et, par des paroles modulées avec art, remonte à celui de qui, pour le salut du genre humain, vint le Verbe divin (6) ». Les récitatifs solennels des tons de psaumes existaient donc ; et le même raisonnement peut s'appliquer, à plus forte raison, au chant des versets de répons.

(i) Aurélien d'Arles, loc, cit., v. pages 9 et 10. (2) Cf. page 10.

(5; Et les autres règles italiennes, comme celles des clercs de saint Augustin, celles des saints Etienne et Paul, etc. (Pair. Lat., XXXII, i^^g ; L.\VI, 995.)

(4) Pour tous les détails qui suivent, se reporter au tableau de la page 10.

(5) Voir les thèmes donnés page 58.

(6) Praef. in Psallerio. [Pair. Lai., LXX, 10.)

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