‹ Les origines du chant romain; l'Antiphonaire grégorienChapitre 48 sur 65 · ÉCOLES FRANÇAISE ET ANGLAISE · texte numérisé non relu

ÉCOLES FRANÇAISE ET ANGLAISE

A. — Historiquement, après les manuscrits provenant du pays de saint Grégoire, les plus autorisés doivent être ceux du nord de la France, et de l'Angleterre.

C'est, en effet, en Angleterre que, du vivant même du saint, le chant et les codices liturgiques de Rome sont apportés par ses disciples. Malheureusement, les exemples notés réellement anciens sont devenus fort rares en ce pays, et les manuscrits qui en sont originaires ne forment point de recueils complets. On peut en citer seulement d'abord trois maintenant conservés à Rouen : un pontifical, du ix" siècle (3G8 [a-27]); le bénédictional de l'archevêque Robert, du x" (SGq [Y-7]) ; un autre livre liturgique, du xi" (i385 [v-107]); et enfin le remarquable tropaire de Wincester, de la même époque.

Cependant ces manuscrits nous permettent de constater leur étroit rapprochement de notation avec les intéressants recueils des écoles françaises. Les spécialistes anglais ont tendance à attribuer ce fait à une influence normande, et non pas à un caractère original (2).

(i) Nous avons étudié ce manuscrit dans la Raxse^na ^'regoricina, année 1905, tiré à part : Un rituel noté de la province de Milan du X' siècle. Paris, Picard. (2) Cf. lantiphonaire de Worcester, en ce moment édité par les bénédictines de Stanbrouk.

B. — Ceux-ci ont comme origine les envois faits par les papes à l'époque de Pépin le Bref. En particulier, les livres parisiens remontent à l'envoi de Paul P% vers l'an 760, et pourraient former une classe à part(i).

Une particularité des manuscrits de Saint-Denvs est qu'en divers endroits ils présentent des j'ariantes de formules mélodiques ; ces variantes n'offrent pas un caractère de corruption : lorsqu'on rencontre, dans un graduel, par exemple, une formu'e connue, on. la retrouve chaque fois avec sa variante propre. Ce phénomène est analogue à celui qu'offre le chant ambrosien vis-à-vis du chant romam : nous serions assez d'avis que ces remarquables variantes proviennent de l'ancien chant gallican. En tout cas, elles appuient ce que nous avons déjà fait ressortir tant de fois : les diverses oruemeutations d'un même thème original par formules rocalisées.

Les plus anciens fragments de cette école sont contenus dans un sacramentaire parisien du ix*^^ siècle (Bibl. nat., latin 2291); un évangéliaire de la même époque (Bibl. Sainte-Geneviève, 1260) ; un sacramentaire de Tours, également du même temps (Tours, 184 [i 01 7]) ; et divers autres, comme le beau manuscrit de Vitry-le-François (n° 36), du xr'.

Les meilleurs manuscrits de l'école française sont, pour la messe :

Paris (Mazarine, 384). fin du xo siècle

[Provenance : Notre-Dame ; origine : St-Denys ] Paris (Bibl. Nat., lat. 9436). m<= —

[St-Denys.] Paris iBibl. Nat., lat. i3252). xie —

[Provenance : Notre-Dame (?) ; orig. : St-Magloire-dans-la-Cité.] Paris (Bibl. Nat., lat. 1087;. xic —

[Provenance : Limoges; orig. : Cluny (?) ] Montpellier (Bibl. de TEc. de Medec. H. iSg). xic —

[Provenance : Toul (?) ; orig. : Dijon (?) ]

Soit six manuscrits.

Le dernier, dont la Paléographie musicale a récemment achevé la publication, est particulièrement précieux (bien qu'il paraisse avoir fait quelques emprunts à d'autres écoles) par sa double notation en neumes et en lettres, dont on connaît si peu d'exemples : c'est le plus ancien qui indique la ligne mélodique avec le plus de netteté.

Ce manuscrit offre une singularité remarquable : // n\i point été écrit pour l'office liturgique : c'est un livre d'école, où les mélodies sont rangées par tons, authentes et plagaux, et par genres, antiennes, répons, etc. Un certain nombre d'indications tonales surajoutées dans la première partie du voluinc n'ont pas encore été expliquées : elles pcaivent être rapprochées des fragments publiés avec les œuvres de Hucbald.

(i) Voyez notre Ilistuire du cli.Tit !itur:.'i.]tie â Paris, Paris, Poussielgue. igo.).

L'origine de ce livre n'est pas élucidée : nous croyons qu'elle se rattache aux réformes accomplies au xi" siècle par l'abbé Guillaume, de Saint-Bénigne de Dijon. Une adaptation postérieure pour l'oilice divin a été depuis faite, à Toul très probablement.

Les précédents, qui sont écrits avec le plus grand soin, sont remarquables par le groupement des neumes et l'indication des distinctions, par l'espace blanc, dans les vocalises des chants ornés ; ces détails concordent avec ceux des meilleurs manuscrits d'autres écoles.

Pour l'office, citons plus particulièrement :

Paris (Bibl. Nat., lat. 743). xic siècle

Paris (Bibl. Nat , lat. 12601). commencement du xi<= —

[Origine : Cluny.] Paris (Bibl. Sainie-Geneviève, 1270). fin du xic —

[Origine : Chelles.]

Soit trois manuscrits ; le premier est très pur comme liturgie ; le second, pour le chant, a quelques variantes empruntées très probablement à Saint-Gall, qu'on ne retrouve pas dans les autres livres ; le troisième, parisien, présente tout l'intérêt des manuscrits de cette école.

Page 1