DE L ARRANGEMENT DES MOTS, SECT. XI, DE DENYS D HALICARNASSE
La section xi de ce traité renferme un important passage, auquel j'ai fait allusion page 32, sur la rythmique et la concordance des paroles et de la musique. En partie cité par quelques auteurs, on a cru bon de reproduire en entier le passage, qui intéresse particulièrement notre sujet, avec une traduction aussi serrée que possible: donner la parole à Denys d'Halicarnasse est la meilleure réponse à faire aux personnes qui tiennent encore à l'opinion que la musique doit se plier, coûte que coûte, à la forme des mots, jusqu'à en suivre les « longues » et les « brèves ». Le rhytmicien antique confirme par avance la théorie exposée plus tard par saint Augustin, par les autres théoriciens de la cantilène ecclésiastique, et mise en pratique par les anciens compositeurs.
« La musique instrumentale ou vocale se mesure au moyen des intervalles, non seulement de quinte (i), mais aussi d'octave, et forme les mélodies, de quintes, de quartes, de tons, de demi-tons, et même, comme le pensent quelques-uns, de quarts de ton ; et ce sont les paroles qui sont subordonnées aux mélodies et non les mélodies aux paroles ; parmi beaucoup d'autres exemples, je citerai surtout les inélodies qu'Euripide, dans Oreste, met sur les lèvres d'Electre s'adressant au chœur (2) :
iiya, G'.'jv. ).£'jzov ï/yoz y.oz-j/xtç,
Tôv.-.î ij.-'o /.~.jr.v.~z
'Anon'^ocKT' i/.ii^' (/-ir.ooSt y.oi-.y.z.
Or, dans « 2r/«, (jî'/a, Xrj/.ov », la mélodie suit un seul son, quoique chacun de ces trois mots ait des accents aigus et graves ; de même, « ào§vkr,ç, >> a la syllabe du milieu et la troisième sur le même ton, bien qu'il soit impossible qu'un mot ait deux accents aigus. Dans ■< Tâzi-î »,
(1) L'auteur vient de dire que la voix de l'orateur parcourt jusqu'à l'étendue d'une quinte.
(2) Cette mélodie, que va décrire Denys d'Halicarnasse, est perdue.
la première est proférée plus gravement, et les deux autres qui la suivent, sont plus aiguës et sur un même ton. Le circonflexe de n xT-J7:£tT£ » passe inaperçu, car les deux syllabes sont chantées sur la même note. Enfin, « 'ArroTTûoêaTa » ne prend point la note d'accent aigu de la s}'Ilabe médiane, mais le ton qui conviendrait à la troisième remonte sur la quatrième.
« La même chose a lieu pour les durées. Le discours, en effet, ne viole les temps ni d'un nom, ni d'une parole quelconque, et ne les change pas, mais garde aux syllabes brèves ou longues leur nature. Mais la diction rjthmiqueetla musique les transforment, soit en les allongeant, soit en les abrégeant, de manière à intervertir souvent leurs qualités: c^iv ce ne sont point les durées que l'on règle sur les syllabes, mais les syllabes sur les durées. »
otà r.vr.i ixo'JO'j^ à),).' à.r.b -oO oi« r.v.'jW ào:ay.£V/), /ai ri oià Trivra /j.£),wo£ï, •/.ai TÔ ôîà Tîffîàpojv, xai -b ôtà tovov, y,c/.ï zb -Âp-rivioy, w; Ô£ ttVcg otovTat, •/.a't r/;v oi.ini'j cf.iaOr,~aç- ■zv.n-.i XàËstg toï; \i.ù.in\.'i à^ioi, y.a.ï où Ta iJ.ù:n ~alq liiî'jvj, (à; iz a/.Àwv -.z rS/l'M (Ï-/î).ov, zat u-tùxo-.v. tcôv 'Eyotî:ioo"j p.iXoJv, à r.iT.rj'\:f:/.i T-flV 'HXizToav 'KijCiVja'j vj 'OfAa-r; Tiobç ~.6-j yooi'j-
TtScÎTE, piY] -/rJTISÏT:
'ATioTipoêat ' ixcfç' à-i-poîi /ot-raç.
'Ev '/àp ô-fl Toràtç zb '< ^i'/a, 'Jr/a, ^.i-JAb'j » èç)' évôç oOi^j-jo-j iJ.îk(x>^il-av y.ai-.oi Twv ttiwv Xh|c«v i/.àfj--/) îaodaç, tî Tàffîtç £;(£t xai ôSsiaç" xai tc « àoîù):riZ » £~t fXc'ff-/; (7-j).),ac-^ tyiv Toir/îv ôii.bzo^JOM lyjx, ÙL^-(\ya.vo'0 ôvioç îv ôvoju.a 5:;o Xaêeïv ô^sta;. Kai -.o\i « Tc5iï-i » V>arjx>-.im p.£V -i^ r^p'Jr.r, '/i'jzzui, ô'jo 5i y-sr'aùrfly o^j^tovst -s xai o;j.i'^ovot. ToO « xtu-cÎts » o r.crjtG-a.<JiJ.bi vjyaviCTaf p.tâ yà^s ai àvo auHuSaï y.é'^o-jza.i zûcei. Rai ~.b « 'ATTOTisoSaTS » où ).ap.êâv£t TYjv r^ç /J.;'':-/;; aS^lotcrj^ TrpoçwSiav oSsiav, à).).' àni rflv TjTàoTïjv c7yX)acvîy xaTaêÉc-z^xr-» -à TaTt; r^; -oir/jç. Tô S'àuic- yiva-ai xai mpi toùç p-j5 fj.G*J;. 'Hp-îV '/ap ttcÇ-à Xh^c; o'jÔîvc; ours ôyop,a-oç oOtc ^Tttj.T.-o^ (itàÇstat toùç yoi'jwc.^ oùnï a-zc/.-.iOr^'yvj, à).).' otaç TraoctXYjçjs -^ o'Jîtt Tàç oullacùç, zàç zb [j.uv.oàç, xai Ta; ^j^ayûc/.z, zoiaùzv.^ ovlàzzii. Il ok p-jOiJ.iy.-ri Xs^t; xai fJ.ou(7tXYi IJ.zzc/.Sàùlo-JGVJ a-jzà^ p.ctoi'jat xai ay&ucat, <ij<7-3 TioXXâxtç sic zàvu-jzla. fj.sza yyoïvj- où •'l'j.o zv.iç (7'jXXacatç àr.z-jOù-^o-jai zoùç yrjo-jov:, a)la zolz jroovotç zUc <j-j)l(x§âç.
Denys d'Halicarnasse, llapi G-j-jOiOzQç i-joij.âza-j^ éd. Schaefer, Lipsiae, et Londini, 1808, p. i3o-i34.