ORDO DE L APRES-MIDI DE PAQUES DANS L ANCIENNE LITURGIE ROMAINE
Cette fonction est extrêmement remarquable, tant par son ordre liturgique tout à fait particulier, que par les renseignements fort intéressants et les traits de mœurs vraiment curieux que donne son OrJo sur le rôle des chanteurs dans cetoffice, d'abord spécial aux nouveaux baptisés (i).
Je reproduirai ici cet Ordo en entier, d'après divers textes excellents, avec une traduction faite sur l'ensemble des variantes. En dehors des éditions primitives, qui ne sont guère à la portée des chercheurs, et sont parfois incorrectes, trois textes de cet Ordo, du viii'et du ix" siècle, ont été publiés.
Le premier l'a été par Mabillon, dans le tome 11 de son Musaeum italicum, pages 36 et suivantes, sous le no 12 de ra/j;7e/2t/i'x au premier Ordo romain (v. plus haut page 98) ; il a été établi spécialement d'après le ms. parisien Golbert 416 (maintenant Bibliothèque nationale, latin, 2339) et le ms. Vatican, Palatin 487.
Le second texte est celui du fameux antiphonaire de Compiègne (v. page 248), publié par les bénédictins de Saint-Maur dans leur édition de ce ms. ; il est presque semblable au précédent, à part deux exceptions : i» les verbes, dans les rubriques, sont presque toujours au subjonctif, comme souvent dans les rubriques grecques; s'il a, le vendredi, le samedi, et le dimanche de l'octave, ce que les autres donnent lesjeudi, vendredi et samedi, et ne marque rien de particulier au jeudi. C'est là certainement le service primitif, et il remonte au temps où l'on ne célébrait pas d'office solennel le jeudi, c'est-à-dire à une très haute époque, puisque les derniers (';•) jeudis vacants furent dotés de messes par Grégoire II, au commencement du vin* siècle. On pourrait tout d'abord conclure à une erreur de scribe : il n'en est rien : VOrdo du dimanche pascal porte en toutes lettres que ce service est célébré jusqu'au dimanche in albis ; les mss. dont VOrdo se termine au samedi anticipent donc d'un jour la clôture de cette célébration. De plus, le vendredi, c'était station à Sainte- Croix-en-Jérusalem (2}, comme on le voit par les anciens sacramentaires : or, l'avantveille de sa clôture, la fonction pascale n'a en effet que des rits et des chants consacrés à la Croix et à Jérusalem, rits et chants qui ne conviennent donc qu'au vendredi, c'est-à-dire conformément au texte de l'antiphonaire de Compiègne.
Le troisième texte, pour le jour de Pâques seulement, a été publié par Mgr Duchesne, dans ses Origines du culte chrétien, appendice de la 2e édition, d'après Vordo contenu dans le ms. latin 974 de la Bibliothèque nationale de Paris, f« 11 (3, provenant de l'abbaye de Saint-Amand, celle où vivait Hucbald. (Au Vendredi saint, cet ordo, {" 114, ne connaît pas encore le trait Eripe me, cf. plus haut, page 266.)
(i)Cf.Dom de Puniet, article Aubes biptismaUs, dans Dict. J'arch . chr. cl de lit., col, 3132 et suiv.
(2) Cf. la Station grcgoricnncdu IV'-' dimanche de Carême, p. 26.^.
On pourra cf. avec les versets extraits du ms. Vatican, latin 53 19, donnés par Dom Gaïsser, Rassegna gregoriana, i''e année, col. 124 et suiv.
Je publie VOrdo des vêpres pascales d'après ces trois textes, avec leurs variantes ainsi indiquées : [M] l'édition de Mabillon ; [G] le texte de Compiègne; [D] celui publié par Mgr Duchesne. J'ai revu les textes sur les mss. mêmes ; j'ajoute, quand c'est nécessaire, les sigles f^. pour les répons, et ant. pour les antiennes, et des extraits de divers ordos plus récents : les variantes purement fautives, comme in dominica albas, ou cum melodias, sont omises.
[Voir page suivante.)