BESANCON. — IMPRIMERIE JACQUIN
LES ORDONNANCES MONASTIQUES
DE LOUIS LE PIEUX
et la TsLotitia de Servitio Monasteriorum
Benoît d'Aniane avait exercé déjà à titre privé son activité réformatrice partout où l'appelait la bonne volonté des prélats ou des communautés, en Gothie surtout mais aussi en Novempopulanie, en Provence, et même près de Lyon ou dans la région de la Loire ^, quand un puissant auxiliaire s'offrit à lui en la personne du pieux fils de Charlemagne, le roi d'Aquitaine, Louis. Ce prince, auprès duquel l'apôtre de la stricte observance obtenait grand crédit, lui donna mission d'instruire tous les monastères du royaume aquitanique ^. Au dire du biographe de Benoît, un certain nombre de ces établissements suivaient les institutions canoniques mais ignoraient les pré-
1 . Au rapport du biographe de Benoît^ Ardon, Aniane devient d'abord le. caput cœnobiorum de la Gothie ou Septimanie^ puis de nombreuses autres régions {Vita Bened., xviii^ Mon. Germ. hist., Script., t. xv, p. 206). Benoît est le père nourricier « omnium monasteriorum tam in Provincia^ quam in Gotia seu Novempalitana provincia » (xix, p. 208). Il réforme l' Ile-Barbe à la prière de l'évêque de Lyon, Saint-Mesmin à la demande de l'évêque d'Orléans, Cormery à l'invitation d'Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours (xxiv, p. 209-210).
2. XXIX : « quem etiam omnibus in suo rcgno monastcriis prefecit, ut normam salutiferam cunctis ostenderet. Erant cnim quicdam monastcria instituta canonica servantes, regulae autcm prccepta ignorantes. Cujus illc obediens jussis, circumivit singulorum monasteria, non solum semel et bis, sed et multis vicibus, ostendens monita regulae eamquc cis pcr singula capita discutiens, nota confirmans, ignota elucidans » (p. 211).
Revue d'histoike de l'1':glise de France, 1920, t. vi. 11
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ccpLes de la règle. Au nom du roi et sur son ordre, Benoît les visita à plusieurs reprises, expliqua aux communautés les exigences de la règle, en discuta un à un les articles, en éclaira toutes les obscurités. Il réussit ainsi à rétablir la régularité dans presque tous les monastères de l'Aquitaine ^, s'il faut en croire le rapport, sans doute un peu trop optimiste, de son historien ^.
Sitôt que la mort de Charlemagne eut fait duroid'Aquitaine le maître de tout l'empire carolingien, l'un de ses
1 . « Sicquc aclum est... ut omnia pcnc monastcria in Aquitania si? a rcgularem suscipcrcnt formam » [loc. cit.). D'accord avec le biographe de Ijcnoît, l'auteur de la Vila Hludowici (xix, Script., t. ii^ p. 616) donne une liste de monastères réformés au royaume aquitanique. L'œuvre est attribuée par celui-ci, non pas à Benoît, mais au roi Louis. Parmi les 26 monastères ramenés à la stricte observance qui sont, dit-il, l'ornement de VAguitaniie regnum, le biographe range Donzère, au pays d'Orange (plus tard royaume de Provence; cf. R. Poupardin, Le royaume de Proi^ence, p. 8), Aniane et plusieurs monastères septimaniens. Mais les diplômes de Charlemagne et de Louis le Pieux pour Aniane (27 juillet 792 : Bôhmer-Miihlbacher, Regesta imperii, n» 318 ; 24 avril 814 : ihid., n» 524) et Donzère (31 mai 814 : ihid., nO 525) ne signalent aucune intervention de Louis et montrent que ces monastères ne dépendaient que de son père, au temps où ils furent réformés. Ï\I. Pûckert a montré [Aniane und Gellone, p. 55) que la Septimanie [Gotia) ne faisait pas partie du royaume aquitanique tel qu'il fut attribué à Louis; toutefois, il semble bien que le roi d'Aquitaine s'occupe parfois des affaires de la Septimanie (cf. Bôhmer-Mûhlbacher, Regesta imperii, n^ 328). L'erreur commise par le biographe est due sans doute au fait qu'au temps où il écrit, après la mort de Louis le Pieux, la Septimanie faisait en effet partie du regnum Aquitanicum. Le partage de 839 attribuait à Charles Aquitaine, (Jascogne, Septimanie et Provence [Ann. Bertin., éd. in usum schol., p. 21). C'est peut-être pour la même raison que le biographe range Donzère parmi les monastères réformés par Louis.
2. Le monastère de Saint-Florent de Saumur accepta en 808 le joug de la règle, sous l'abbé Albaldus [Ann. S. Florentii, éd. L. Halphen, Recueil d'Ann. angevines, p. 113). Toutefois, la réforme n'y eut sans doute pas de succès durable, car un diplôme de Louis le Pieux du 30 juin 824 (Bôhmer, op. cit., n*^ 786) attribue ce monastère à l'abbé Frotbert et à ses moines, rappelés d'Italie par l'empereur. Saint-Maixent ou bien n'a pas été réformé au temps où Louis était roi d'Aquitaine, ou bien a abandonné de nouveau l'observance; car, le 13 janvier 827, Pépin déclare avoir ramené le monastère « ad slatum pristinum » et y avoir rétabli un abbé régulier qui vivra suivant la règle de î^aint Benoît [Hisl. de France, t. vi, p. 665). C'est aussi Pépin qui, en 838, <> transtulit canonicalcm habitum in monasticum in monasterio sancti Eparchii (Saint-Cybard) Engolismœ » (Adémar de Chabannes, Chron., III, xvi, Script.. I. IV, p. 120). En 794, l'abbé de Saint-Ililaire de Poitiers, Atton. parent du roi, reçut de la bouche de Charlemagne l'ordre d'établir à Nouaillé, cella de Saint-lIilaire, des moines de stricte observance (dipl. de Louis le Pieux, 3 août 794 : Bohmer, op. cit., n^ 51 6K II ne fut pas sans doute question alors
premiers soins fut d'appeler Benoît en Francla ^. L'empereur lui attribua d'abord le gouvernement de Marmoutier en Alsace; le monastère fut peuplé d'un bon nombre de moines venus d'Aniane 2. Mais comme le réformateur était ainsi trop éloigné de l'empereur, qui ne pouvait se passer de ses lumières, Louis lui désigna, à six milles seulement du palais d'Aix, le site du nouveau monastère d'inden. Benoît y fit venir des moines de diverses maisons dont l'excellent esprit lui était connu. En présence de l'empereur, hôte ordinaire des religieux d'inden, leur église fut consacrée^, probablement en juillet 817^. La communauté vaquait déjà, au cours de la précédente année, à ses pieux exercices ^.
Au rapport d'Ardon, Benoît fut préposé au gouvernement de tous les cœnobia de Francia, c'est-à-dire dans tous les pays de l'empire carolingien sis en deçà des Alpes, à l'exception de l'Aquitaine et de la Septimanie, où la réforme était déjà faite. Benoît est chargé d'instruire
de réformer Saint-IIilaire, et si l'entreprise en fut faite plus tard, elle ne réussit pas, car, en 808, Louis le Pieux autorisa les chanoines qui voulaient vivre conformément à la règle de saint Benoît, à se retirer à Nouaillé (Bôhmer, op. cit., n^ 519). L'évêque de Saintes, Atton, qui est peut-être le même personnage que l'abbé de Saint-Hilaire, reçut de Gharlemagne le monastère de Noirmoutier avec charge de le réformer (dipl. du 2 avril 830 : Bôhmer, op. cit., n^ 846). Il n'est pas fait mention de Benoît à propos de cette réforme; mais comme on le voit plus tard inspecter les monastères en compagnie de l'abbé de Noirmoutier Arnoul (voir ci-dessous, p. 174), on peut penser qu'il n'a pas été étranger à cette entreprise. Saint-Julien de Brioude est à cette époque au pouvoir des comtes et, quand le comte Bérenger y établira une communauté, elle s'en tiendra à l'observance canoniale (dipl. du 4 juin 825 : Bôhmer, op. cit., n^ 797). Saint-Martial de Limoges n'a accepté l'observance qu'en 848 (cf. Lasteyrie, L'abbaye de Saint- Martial, p. 52). La réforme n'a donc pas été aussi étendue qu'Ardon le donne à penser.
1 . Ardon, xxxv : « Francise eum partibus ire jussit » (p. 215) ; cf. chronique de Ripoll-Aniane, 814 : « primo anno imperii sui, Benedictum abbatem de Aniano monasterio tulit propter famam vitœ ejus et sanctitatem et prope Aquis sedem regiam in Ardenna silva habitare fecit » (Martène et Durand, Ampliss. colleclio, t. v, col. 913); Ermoldi Nigelli, Carminain honorem Hludowici, II, 550, dans Poetœ latini, t. ii, p. 39.