REVUE D HISTOIRE DE L ÉGLISE DE FRANCE
chronique de Saint-Gilles, de la date de 818 à celle de 817 peut être due simplement au fait que le chroniqueur de Saint-Gilles avait déjà assigné à l'année 817 une note attribuée d'ailleurs par d'autres soit à 815 soit à 816 ^. De cette divergence de date dans les deux manuscrits de la Notice, on n'est même pas en droit de conclure que l'annaliste du xiii^ siècle l'a tirée d'une chronique différente de celle que représente le manuscrit de Sirmond.
Le préambule et la finale ont été composés librement par un historiographe qui choisit, abrège et rédige cette note annalistique suivant ses habitudes de style ^. Il ne rapporte que quelques-unes des données que contenait la scedula ^. Des erreurs d'interprétation en modifient légèrement la portée ^. La plume du rédacteur y a fait figurer des termes qui lui sont familiers, mais qui ne pouvaient se rencontrer dans la pièce officielle ^.
D'autre part, il puise de nombreux renseignements et fait même des emprunts textuels à la scedula. A sa connaissance, à une date qui concorde avec ces premières années du règne où Benoît attire l'attention de l'empereur sur les charges qui accablent certains monastères, le « serenissimus augustus » a réuni « divina ordinante providentia » une grande assemblée à Aix ^. L'annaliste
1. La notice de 817 de la chronique de Saint-Gilles est datée de 815 par le chroniqueur de Moissac, de 816 par celui de RipoU-Aniane.
2. M. Pûckert a raison quand il observe (p. 63-64) que ni VEinleitung, ni le Schlussatz ne revêtent les formes que donne la chancellerie de Louis le Pieux aux capitulaires ou aux rescrits ; toutefois, nous montrons plus loin que maintes expressions du préambule de la Notice ont dû être empruntées à celui de la pièce officielle.
3. Il fait un choix évidemment « inter ceteras dispositiones impcrii » que Louis, écrit-il, a prises dans l'assemblée. La Notice n'emprunte en effet qu'à la troisième partie de la scedula, à l'article qui classe les monastères suivant leurs charges.
4. Nous avons vu plus haut (p. 462-463) que le rédacteur fait probablement erreur, quand il écrit que les monastères dispensés des dons et de la milice ne sont tenus qu'à des prières. Une inexactitude plus grave résulte de l'omission des données qui d'avance excluent de la liste diverses catégories de monastères, comme on le verra plus loin. L'auteur de la Notice, en effet, sans souci des nuances, annonce simplement la liste des monastères répartis suivant leurs charges. Il semble qu'il s'agisse de tous les monastères de l'empire indistinctement ; on est très loin de compte (cf. plus loin, p. 470 et suiv.).
5. En particulier sedes regia (cf. plus haut, p. 456, noie 3).
6. Cette formule « divina ordinante providentia », qui n'est luiUemont du style d'une chronique, est empruntée évidemment au préambule officiel
n'ignore pas que le règlement qu'il reproduit fait partie d'un important ensemble de dispositions diverses {inter cèleras dispositiones imperii). C'est l'empereur qui a fait écrire le document dont la Notice rapporte la teneur. Elle ne renferme pas seulement des noms familiers à un moine aquitain, mais aussi ceux d'établissements sis au voisinage du Rhin, en Alémanie, en Bavière ^, noms souvent sans doute inconnus du rédacteur de la Notice, que parfois peut-être il lit et orthographie maP, et dont il eût été incapable de dresser la liste s'il avait aligné des noms à sa fantaisie. Il s'agit ici des dona et de la militia dus ou non dus par ces monastères dont, suivant Ardon, on examina la condition infortunée, parce qu'ils étaient « munera militiamque exercentes ». Comme le biographe de Benoît, le chroniqueur écrit que les charges seront proportionnées au pouvoir. L'équilibre ainsi établi a permis aux moines, écrit Ardon, de prier en toute liberté d'esprit pour l'empereur « pro eo, ejusque proie, tociusque regni statu ^ ». Suivant la Notice, qui reproduit
de l'acte (cf. Const. pro Hispanis, CapituL, t. i, p, 261, 263 ; Proœmium générale des assemblées de'819, p. 273). M. Pûckert observe (p. 63, note 38) que, dans ces pièces officielles, dwina ordinante proi^identia précède imperator augustus, tandis que, sous la plume du rédacteur de la Notice, Hludowicus vient après cette formule et avec l'épithète de serenissimus augustus ; mais cette même épithète, inusitée chez les chroniqueurs méridionaux, se retrouve précédée de Hludowicus dans le préambule des Capitula legi addita de 816 : « In nomine Domini nostri Jesu Christi, Hludowicus... serenissimus augustus » (p. 267; cf. Capit. ital. de 801, p. 204). Le rédacteur de la Notice a fondu la formule annalistique ordinaire anno incarnationis (cf. plus haut, p. 450, note 4) avec celle de la pièce officielle. Il ajoute en effet Domini nostri Jesu Christi, contrairement à ses habitudes et conformément aux usages de la chancellerie ; il emprunte au préambule de la scedula cette formule ainsi que serenissimus augustus et dii>ina ordinante prowidentia.
1. M. Pûckert (p. 61-62) est lui-même frappé de ce fait et croit de source pure les noms des monastères allemands, qui sont tous en effet des monastères d'empire ; ce sont là, à ses yeux, les Fseden qu'un tardif rédacteur a empruntés au document authentique. Ce rédacteur, tardif ou non, l'avait donc sous les yeux.
2. Il en est deux qu'on n'a pu identifier. Ils ont été vraisemblablement mal lus, soit par le rédacteur primitif de la Notice, soit par les copistes qui ont reproduit son ouvrage. Comme les manuscrits de Sirmond et de Ménard donnent pour ces deux noms la même leçon fautive, elle peut être imputée à l'ancien historiographe aquitain. Ces noms n'appartiennent naturellement pas aux séries des monastères des pays sis au sud de la Loire, que l'annaliste, croyons-nous, aurait ajoutés et dont les noms lui sont familiers. ; ,