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470 REVUE d'histoire de l'église de FRANCE
établissements jouissant des libertés électorales, comment aurait-il eu l'idée d'attribuer à cette liste un autre objet, d'imaginer qu'elle désignait les monastères acquittant diversement leur devoir envers le souverain? Si la cédule ne lui avait pas fourni ces données, comment un rédacteur qui ne dépend pas d'Ardon se rencontrerait-il avec lui au sujet des monastères « munera militiamque exercentes » ?
La liste authentique a-t-elle été exactement reproduite, en tout ou en partie, par le rédacteur de la Notice? S'il l'a transcrite telle quelle, comment s'expliquer qu'elle ne renferme qu'un si petit nombre de noms^ ? Il semble que le rédacteur ait ajouté de son cru les monastères d'Aquitaine, de Septimanie, du Toulousain et de Gascogne. Est-il admissible que la liste authentique de la cédule ne renfermât les noms d'aucun établissement de ces régions?
Ce sont uniquement les monastères des pays désignés par Ardon sous le nom de Francia, par opposition à V Aquitania et à la Gotia ^, qui furent confiés à Benoît par Louis le Pieux, au lendemain de son avènement à l'empire. Aux seuls établissements de Francia s'appliquent par conséquent, semble-t-il, les mesures proposées par le réformateur, adoptées dans les réunions de moines et d'abbés qui se tinrent à Aix de 816 à 819 et imposées par l'empereur. Les monastères du Midi avaient déjà bénéficié d'une réforme. Le partage en monastères de canonici et monastères de réguliers, qui ne s'opère en Francia qu'en 816 et au cours des années suivantes, est accompli au sud de la Loire depuis longtemps : Benoît y avait fait déjà l'éducation des communautés religieuses qui consentaient à reprendre la regularis forma.
1. Mabillon écrit à ce propos: « Cur multa et quidom insigniora, in hac constitutione praetermissa sint, divinare non licet » (Annal. Bened., xxviii, 64, t. II, p. 410).
2. Cf. plus haut, p. 164, note 1. h' Aquitania Gotiaque d'Ardon embrassent évidemment les quatre régions de la Notice, h' Aquitania. le Tolosanuni. la Wasconia (Novempopulanie) représentent l'Aquitaine d'Ardon, la Scptimania, la Gothie.
En Septimanie, la plupart des monastères sont revenus à la stricte observance ; les communautés réformées par Benoît vivent sous le gouvernement d'un régulier. Au bénéfice de l'Aquitaine, où tant de monastères étaient devenus la proie des fidèles royaux, le réformateur avait demandé et obtenu déjà du roi Louis ce qu'il sollicite en 819 près de l'empereur, en faveur de la Francia. Du vivant de Charlemagne, les milites de Vaula regia de Louis, les comtes aquitains ont accusé Benoît, non pas près du roi d'Aquitaine, mais auprès de l'empereur, de rôder comme un circoncellion, d'être partout en quête de richesses et d'usurper les propriétés d'autrui^. On peut conjecturer que Benoît établit en Aquitaine comme en Septimanie, dans tous les monastères qu'il réforme, des abbés réguliers, au préjudice des palatins laïques et ecclésiastiques, des comtes qui détenaient précédemment les abbayes à titre d'abbés séculiers ou laïques ^. Comme le roi d'Aquitaine les laisse dépouiller au profit des moines de Benoît et confirme à ceux-ci les libertés électorales, les intrus ainsi frustrés adressent leurs plaintes à Charlemagne, qu'Ardon représente comme très indisposé contre ce religieux fanatique. C'est en quelque sorte par miracle que le saint, qui s'attendait à être exilé, réussit à apaiser l'empereur.
En Gothie et en Aquitaine, les monastères réformés et pourvus d'un abbé régulier n'étaient astreints sans doute qu'à des charges qu'ils pouvaient supporter. Du monastère de Noirmoutier, nous savons que, même avant d'être réformé, il n'acquittait que des dons modiques 3. Louis le Pieux a fixé les charges de Sainte-Croix de Poitiers au temps où il a fait réformer la communauté.
1. Ardon, xxix : « aulae regias militum stimulât corda, quoruodam etiam comitum subvertit men-tem ;... circillionem rerumque cupidum et prediis aliorum invasorem... clamabant. Quorum vesana ssevitia ad tantum nef as prorupit ut animam serenissimi imperatoris Karoli erga eum concitare temptarent » (p. 211).
2. Saint-Maixent avait été « per benefîcium regum antecessorum nostrorum in potestate comitum » (dipl. de Louis le Pieux, 10 octobre 829 : Hislor. de France, t. vi^ p. 553) ; Saint-Julien de Brioude est aux mains du comte Bérenger (4 juin 825, p. 547).