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En buste, la tête tournée vers l’épaule gauche ; robe bleue, ouverte; fichu croisé; ceinture blanche; grand bonnet sur les cheveux (Fig. grand, nat.).
Nous ne savons à qui il appartient aujourd'hui, mais la maison Braun en possède une photographie qui nous a paru mériter d’être reproduite. Sous le bonnet de gaze, le visage — d'une femme d’environ vingtcinq ans — respire bien « la vivacité » et « l’audace » signalées par Dulaure comme les caractéristiques de la physionomie de Théroigne. C’est le Smart martial air dont fut frappé John Moore. Il y a, d'ailleurs, autant d’intelligence que d’énergie dans le regard. La taille est fine, l’ensemble a de l’élégance. Mais beaucoup de femmes, au début de la Révolution, purent avoir sous ce grand bonnet cet air joli de vivacité impétueuse. Même l’attribution à Greuze serait discutable1.
M. Marcellin Pellet fit reproduire en tête de son étude un portrait qu’il avait « découvert », et qui, « dessiné d’après nature au physionotrace », devait être considéré non seulement comme une image authentique, mais comme « une image absolument ressemblante » de la célèbre étrangère. 11 le décrivait dans ce passage à citer tout entier : « Théroigne est de profil, à gauche, en robe de linon ouverte sur la poitrine, les cheveux bouclés tombant sur les épaules, la tête coiffée d’un bonnet. Elle a ainsi un faux air de Mme Roland. La figure intelligente, chitfonnée, l’œil pétillant d’intelligence, le nez retroussé, c’est bien la
1. En 1865, l’Intermédiaire des chercheurs demanda si quelqu’un connaissait le portrait de Théroigne par Ducreux. Elève de La Tour et peintre de Marie-Antoinelte, Ducreux a laissé des portraits remarquables de Mirabeau, Barnave, Bailly, Robespierre, Saint-Just, Gouthon, etc... Faudrait-il penser que la toile dont il s’agit ici lui avait été attribuée quelque temps, avant de l’être à Greuze?
femme que nous dépeignent tous les contemporains. » Il ajoutait : « Il existe, paraît-il, un second portrait d’elle au physionotrace, en habit d’homme à larges revers, avec une ample cravate, les cheveux à la Titus. Le profil, obtenu par le meme procédé mécanique, est identique1. » Malheureusement, on le sait, ce n’est pas tous les contemporains qui dépeignent Théroigne avec le nez retroussé et cette figure chiffonnée. M. Marcellin Pellet n’a même, en réalité, pour garant que le très suspect Duval. Si donc la ressemblance de ce portrait au physionotrace avec la jolie fille des Souvenirs de la Terreur prouve seule qu’il représente Théroigne, cette preuve est comme nulle ; et l’on doit bien penser que M. Marcellin Pellet, s’il avait pu justifier sa confiance par quelque autre raison, n’eût, pas gardé pour lui ce qui eût persuadé son lecteur. Quant au buste dont il parle aussi, — pour en dire, sans doute, que l’authenticité en est « très contestable », — buste en terre cuite qui faisait partie de la collection du comte de La Béraudière et qui fut, lors de la vente de cette collection (1885), porté au catalogue comme portrait de Théroigne, on peut le voir aujourd’hui au musée Carnavalet avec cette inscription : « Buste de femme xvme siècle, don de Mme la marqse Arconati-Visconti ». L’erreur a donc été reconnue. Il était, du reste, absurde de vouloir retrouver l’héroïne, ou plutôt la courtisane que fut d’abord Théroigne, dans cette femme bizarrement laide, au visage anguleux et démesurément long sur un long cou maigre, au sourire grimaçant sous un nez de ruse morose, aux seins maigres et bas.
1. Ces dernières lignes s’appuyaient, au bas de la page, des mots que voici : << Note manuscrite du temps, au dos du portrait au physionotrace que nous possédons. »
Il y a, dans la môme salle du musée Carnavalet, deux portraits à l’huile, achetés en 1897 comme étant probablement des portraits de la célèbre révolutionnaire. M. Georges Cain, conservateur du musée, est même convaincu de leur authenticité. Nous lui avons demandé l’autorisation de reproduire celui qu’il attribue à Vestier, et qui représente, de face, une jeune femme jolie, l’air triste, les cheveux poudrés et retenus sur la tête par un ruban, — cheveux châtains sous la poudre, encadrant mollement le visage allongé, jusqu’aux épaules cachées par un fichu de gaze à la Marie-Antoinette. Ce fichu est jeté sur un corsage jaune. Les yeux sont grands, avec on ne sait quoi d’un peu hagard dans leur mélancolie. Le nez n’est pas retroussé, mais assez long et fin ; la bouche fine, de longueur moyenne, lèvres closes; le menton un peu de travers à droite; le cou mince, assez long. Ce portrait, qu’il soit ou non de Vestier, et que M. Georges Cain ait raison ou tort d’y voir Théroigne, est l’œuvre d’un artiste ; seulement il a été retouché et de façon peu heureuse. Il pourrait être de 1788 ou de 1789. Le second, anonyme aussi, sur fond noir, et lui-même sombre, est d’une main lourde. La femme représentée a le chapeau de feutre patriotique ; de la main droite elle y attache une plume blanche, elle tient de la main gauche une petite glace; le haut de la gorge, assez largement découvert, en laisse deviner la rondeur sous un corsage-cuirasse qui fait pointe sur le ventre ; et de la taille ainsi emprisonnée jaillit une jupe en ballon. La figure est gracieuse avec un air de coquetterie mutine. Elle ne ressemble pas de façon frappante à celle de l’autre portrait. Cependant nous devons noter que le menton est aussi légèrement de travers à droite.
Quant au pseudo-portrait gravé par Raffet pour Y Histoire des Girondins, il n’y aurait pas à en parler si l’œuvre n’était — et presque trop — charmante. Sous un chapeau à la Henri IV, aux longues plumes, les cheveux tombant sur les épaules, le poing gauche sur la hanche, une paire de pistolets à la ceinture et la main droite serrant la poignée d’un sabre nu incliné vers le sol, cette Théroigne de fantaisie, au visage délicat, est un peu, dans son élégante amazone, une madone guerrière — qui pose.
Eniin, le musée de Lille possède un tableau de L.-L. Boilly, Triomphe de Marat après son acquittement, où se trouve, au premier plan, debout, une jeune femme habillée en homme qui serait Théroigne, d’après une tradition assez ancienne. Mais nous avons pu voir chez Braun une photographie du tableau, et la tradition nous a paru inadmissible. Cette jeune femme mince est très grande ; elle est vêtue d’une carmagnole, et aucun témoignage ne permet de supposer que Théroigne porta jamais la carmagnole. Singulière idée, aussi bien, celle du peintre qui eût fait de la Brissotine une Maratiste.
Et, pour conclure, le seul portrait authentique étant celui de la folle de 1816, on peut, certes, s’intéresser à l’actuelle iconographie prétendue de la courtisane ou de l’héroïne ; mais il faut avoir le courage de revenir aux textes, et aux véridiques, malheureusement si brefs ou si peu artistes