THÉROIGNE AVANT LA RÉVOLUTION SA FAMILLE. SON ENFANCE
LA COURTISANE COSMOPOLITE. l’aSPIRANTE VIRTUOSE
Lairtuliier, dans ses Femmes célèbres de 1789 à 1795 (1840), faisait naître Théroigne en 1759. Mais, en 1851, d après une lettre de M. Warlomont, « inspecteur de l’enregistrement et des domaines pour la province de Luxembourg », le Bulletin de ï Académie royale de Belgique publiait l’acte de naissance suivant:
Anna Joseph filia légitima Pétri Theroigne et Elisabethæ Lahaye nata fuit décima tertia Augusti 1762, quam susceperunt Josephus Lahaye avunculus ex Marcour et Francisca Lahaye amita ex Magoster.
M. Warlomont l’avait découvert dans un registre de la paroisse de Marcourt, village de la province de Luxembourg, situé sur l’Ourthe, à cinquante kilomètres environ de Liège.
En 1854, un autre chercheur belge, M. Th. Fuss, professeur émérite à l’Université de Liège, publiait l’acte de mariage des père et mère de Théroigne dans le Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg :
Petrus Terwagne parochianus in Xlioris et Elisabetha Delhaye nostrâ bannorum dispensatione coram me parocho et testibus Domino Poignefert vicario et Francisca Fairon
ac Maria Joseph Lahaye quarta octobris 1761, matrimonii sacramenti fuerunt juncti in ecclesià nostrà.
Terwagne , nom très répandu dans le pays de Liège et dans le Luxembourg, se prononce Téroigne (ou Théroigne). Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait Theroigne dans l’un des deux actes et Terwagne dans l’autre.
Il l’est encore moins que la fille de Pierre Terwagne , Anne-Josèphe, ait écrit son nom de famille comme il se prononçait, car c’est bien du nom de Theroigne que sont signées toutes les lettres d’elle actuellement connues. — Au bas d’aucune de ces lettres il n’est suivi des mots : de Méricourt.
Une observation plus importante, est que le nom de Lambertine donné à Théroigne, soit comme prénom, soit comme nom de famille, dans plus d’un écrit et notamment par Lamartine, non seulement ne fut jamais pris par elle, mais ne lui fut pas donné pendant la Révolution L
Quant à la mère de Théroigne, on a remarqué que son acte de mariage l’appelle Elisabeth Delhaye et l’acte de naissance de sa fille Elisabeth Lahaye. Mais ce nom de Lahaye se trouve trois fois dans ce deuxième acte ( Elisabethæ Lahaye , Josephus Lahaye , Francisca
1. Il se trouverait, selon Lairtullier, sur les registres delà Salpêtrière. C’est une erreur. Il y a deux mentions relatives à Théroigne dans ces registres. Voici la première, à la date du 7 décembre 1807 (registres des entrées) :
Anne Joseph (sic) Theroine, âgée de 48 ans, native de Méricourt, dépar* de l’Ourthe, qui vient d’obtenir son admission sut la demande de l’agent de surveillance des Ménages :
En marge, à droite :
Morte le 8 juin 1817 à l'Inf* génale.
Et voici la seconde* à cette date du 8 juin 1817 (registres des décès) :
Theroine Anne-Josèphe, âgée de 58 ans, native de Méricourt, dépari1 de l’Ourthe, entrée le 7 X'-’e 1807.
Lahaye ), et une fois clans le premier ( Maria Joseph Lahaye). C’est donc bien Lahaye que s’appelait Elisabeth; et, au surplus, M. Warlomont assure qu’elle fut baptisée sous les noms d’Anne-Elisabeth Lahaye.
La brève mais substantielle Notice de M. Warlomont sur Théroigne de Méricourt apportait, du reste, les dates et renseignements suivants :
Pierre Terwagnc, né le 4 octobre 1731 et baptisé sous le nom de Pier Terwaine ;
Elisabeth Lahaye, baptisée le 30 juillet 1732;
L’ainé des frères d’Anne- Josèphe, Pierre-Joseph, né deux ans après elle, le 25 décembre 1764;
Un second fils d’Elisabeth Lahaye, Joseph, le 28 septembre 1767;
Le 22 décembre 1767, mort d’Elisabeth ;
Le 20 mai 1773, second mariage de Pierre Terwagne, qui épouse Thérèse Ponsard, d’Erpigny, et qui eut d’elle jusqu’à neuf enfants : d’abord un fils, le 12 mars 17741.
Un autre curieux, M. Demarteau, dans une étude sur Théroigne de Méricourt, que nous aurons plus d’une fois l’occasion de citer et qui parut en 1882 dans la Revue générale belge , ajoute que le second fils de Pierre Terwagne mourut près de Paris en 1850 et que le troisième, appelé Pierrot en famille, mourut soldat. C’est d’eux et de l’aîné, Pierre-Joseph, que parle Théroigne dans une lettre de mars 1789, datée de Gênes : « J’ai conduit avec moi (en Italie) mes trois
1. M. Warlomont ne donne pas les noms (ou le nom) de baptême de ce fils et des huit autres enfants ; il nomme seulement Marie-Thérèse, née le 10 janvier 1778, et Louise- Josèphe, née le 21 juin 1781. Il avait « personnellement connu Marie-Thérèse, morte le 30 décembre 1842 ». Quant à Louise-Josèphe, elle était encore « vivante en 1848 ». Ces deux filles étaient le septième et le dixième enfants de Pierre Terwagne.
frères; l’an étudie la peinture et les deux autres le commerce. » L’apprenti peintre était le second.
Elle ne mentait pas en se disant « fille d’un riche laboureur ». [Histoire de la Révolution par deux amis de la liberté). Pierre Terwagne était au moins, comme l’a écrit Michelet, « un fermier aisé ». Mais qu'il ait fait donner à la petite Anne-Josèphe « l’éducation des classes élevées », comme l’a prétendu Lamartine1, c'est là une légende absolument fausse. Théroigne ne se vanta jamais d’avoir reçu pareille éducation. Au contraire, interrogée, à Kufstein, sur son enfance, le 31 mai 1791, par Je conseiller aulique François de Blanc, elle déclara n’avoir appris à écrire que fort tard. Cette déclaration se trouve dans un ouvrage très curieux et, pour ainsi dire, inconnu, qui nous fut signalé par le directeur des Archives impériales et royales de Vienne, M. Winter. Le titre : Les Confessions de Théroigne de Méricourt , la belle Liégeoise, pourrait faire croire à une spéculation de librairie; mais on lit, au-dessous du titre : Extrait du proces-verbal inédit de son arrestation au pays de Liège, gui fut dressé à Koufstein [ Tyrol ) en 1791 ; et, en effet, l’auteur, M. Ferdinand de Strobl-Ravelsberg, puisa tous les éléments de son récit à la source étonnamment copieuse qu’est ce procès-verbal dont aucun historien n’avait soupçonné l’existence. Pour avoir l’idée qu’une pièce de ce genre pouvait exister, il eût suffi cependant de faire attention au passage cidessous d’une correspondance adressée de Vienne au Moniteur, le 29 octobre 1791 : « M. de Plank [en réalité, M. de Blanc), chargé des informations sur la