‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 17 sur 69 · Adélaïde-Félicité, née en · texte numérisé non relu

Adélaïde-Félicité, née en

4. Depuis 1754. Il avait été reçu conseiller au Parlement en 1748.

5. Dans Y Almanach royal de 1789, il est intendant du Commerce, mais toujours pour le département des péages, lequel, en 1786, — à prendre l’année du plein de la liaison, — relevait des Finaqces,

d’années avant, il parut fréquemment à l’Opéra, et particulièrement au Concert spirituel, et seule dans une grande loge, une inconnue se faisant appeler Mme Campinados, couverte de diamants, ayant équipage, venant du pays étranger, ayant bien l’air d’une fille entretenue, mais laissant ignorer la source de ses dépenses. C’est la même personne qui, depuis la Révolution, a reparu sous le nom de la Dlle Théroigne de Méricourt. »

Les auteurs des Portraits intimes du xvme siècle s’étaient fiés sans doute à un mot d’Esquirol : « célèbre courtisane». Pourtant ils connaissaient la chronique galante de l’époque, où il se trouverait bien sur la courtisane, si elle avait marqué, une anecdote ou une épigramme. Puis ils devaient savoir qu’en 1789 et 1790 aucun des hommes de lettres et des Constituants qui fréquentèrent chez elle ne soupçonna même la révolutionnaire d'avoir été ce qu’il y avait si peu qu’elle n’était plus. Ils devaient savoir, enfin, que les pamphlétaires royalistes de la Révolution ne purent soutenir leurs fantaisies sur le passé de Théroigne d’une parcelle quelconque de vérité. — Du moins, tout ce qui fut connu de certains de ces ennemis, dont nous dirons les inventions bouffonnes ou obscènes, c’est qu’elle avait voyagé. Encore témoignent-ils d’une ignorance bien remarquable en ne la faisant pas venir à Paris avant 1789. Et, pour tous, sa renommée de courtisane commence avec sa réputation de patriote. Même dans le pamphlet qui lui attribue le plus d’aventures avant la Révolution et les plus ignobles, dans le Précis historique sur la vie de Mademoiselle Théroigne de Méricourt , ce n’est qu’en prenant pour amants les députés les plus populaires de 1789 qu’elle s’illustre comme femme galante.

THEROIGNE DE MÉR1CÔURT

Et voilà de quelles plaisanteries, assez misérables, sortit la tradition qui fit écrire à Esquirol avec une entière bonne foi : « Téroenne ou Théroigne de Méricourt était une célèbre courtisane...» Car, nous avons eu tort peut-être de ne pas donner tout de suite l’explication, les mots célèbre courtisane s’appliquaient, dans la pensée d’Esquirol, non particulièrement à la lillc entretenue d’avant ia Révolution, mais aussi et surtout à l’héroïne, qui, on le verra, fut chaste. Du reste, Esquirol n’avait que vingt et un ans quand Théroigne disparut de la scène politique. Il ne la vit qu’à la Salpêtrière.

Mais les diamants étalés au Concert spirituel et à l’Opéra par la prétendue « Campinados », son équipage, tout le train de maison qu’on peut lui supposer, ce serait donc enfin l'illustration des soupirs de ia « bourse » du marquis ! et la preuve qu’en trois ou quatre ans il put être ruiné. Nous appuyant sur des traditions de famille, que l’arrière-petit-neveu de cet Anne-Nicolas Doublet de Persan nous a permis d’utiliser, nous distinguerions volontiers entre les deux questions. En effet, à tout ce luxe, à toutes ces dépenses qu’il devait soutenir, la fortune du marquis aurait peut-être résisté, si, à l’époque où il s’éprit de Théroigne, la très considérable fortune avait été intacte ; mais il est à croire qu’elle ne l’était plus; qu’il avait fait plus d’une folie pour d'autres amours; que luimême avait un train excessif, et qu’en définitive la future amazone acheva seulement la ruine du galant dissipateur. Encore devons-nous préciser, car il y a ruine et ruine. Celle du marquis ne fut pas totale. En 1790 ou 1791 il dut vendre le château de Persan (près de l'Islc-Adam), et certainement ce fut le plus amer

sacrifice; mais, en 1793 et 1794, il possédait encore, dans la Creuse, un château magnifique, le château de Saint-Germain-Beaupré, deux fois historique, d’abord par un séjour de Henri IV, qui l’avait fait reconstruire, ensuite par un séjour de la Grande Mademoiselle : terre et château où l’ancien protecteur de la Luxembourgeoise put demeurer caché pendant la Terreur; où même, selon Henri de Latouche, il aurait un moment donné l’hospitalité au girondin proscrit Grangeneuve. ( Grangeneiwe , roman, 1835, t. II, p . 270-279). Lorsqu’il mourut — à quatre-vingthuit ans (1816) — il n’avait plus que l’hôtel de la rue des Petits-Augustins (rue Bonaparte) qu’il habitait quand il connut Théroigne. C’est là qu’il mourut. Mais on n’a pu nous dire à quel moment il vendit Saint-Germain-Beaupré; et, de ce dernier grand sacrifice, il serait au moins téméraire de vouloir rendre responsable, même indirectement et partiellement, la protégée de 1785-1788.

Puis, est-il sûr que Théroigne ait menti, à Kufstein, en se disant riche de 200.000 livres lors de son arrivée à Paris? Et une observation assez piquante, c’est que peut-être elle n’aurait pas menti non plus en assurant avoir prêté au « vieillard » une somme de 40.000 livres1 — à distinguer de celle, fictive, de 50.000 inscrite dans Pacte notarié de 1786. Deux raisons nous ont inspiré l’observation. 1° L’invention du prêt de ces 40.000 livres s’expliquerait aussi mal que se conçoit bien la fidélité de la prisonnière à la fiction de l’acte ; 2° il y a dans l’avant-dernière lettre du marquis (octobre 1787) un passage pouvant faire supposer qu’en effet elle

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