‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 18 sur 69 · Les Confessions , p · texte numérisé non relu

Les Confessions , p

était venue sérieusement en aide, un jour, à l’homme qui lui avait été généreux, comme il Fa écrit, « au-delà de ses forces ». Voici le passage, après trois lignes sur la rente de 5.000 livres constituée par l’acte : « Accordezmoi un an pour le reste... Je paierai de six mois en six mois avec l’intérêt, ainsi que votre rente ». [Les Confessions , p. 178). A cette date, les embarras d’argent de M. de Persan étaient déjà considérables ; au contraire, si prodigue qu’elle fût, Théroigne put placer « dans les fonds publics », l’année suivante, 40.000 livres — peut-être les mêmes qu’elle aurait prêtées au marquis et qu’il aurait rendues. Elle en eut « à 8 pour cent » une rente de 3.200 livres, dont nous aurons à reparler, moins, heureusement, que de la rente de 5.000, autour de laquelle s’engagea et se poursuivit, du commencement de 1789 à la fin de 1790, un combat lamentable entre les deux anciens amants. De plus les diamants et l’« argenterie » de la jolie fille représentaient bien à ses yeux « 30.000 livres ». ( Ibidem , p. 89).

La catastrophe dont les embarras du marquis dès 1787 étaient le prélude fut du reste morale par contrecoup. C’est-à-dire que, selon toute apparence, on le força de résigner ses fonctions. Dans Y Almanach royal de 1790, son nom ne se trouve plus sur la liste des maîtres des requêtes et ne se trouve pas sur celle des maîtres des requêtes honoraires; et il n’est plus intendant du Commerce, il n’est plus rien. Mais, on Fa vu par l’âge jusqu’où il vécut, il avait un tempérament d’une élasticité merveilleuse; et ceci nous ramène à la phrase où Beaulieu accuse Théroigne d’avoir ruiné plusieurs personnages, car c’est « de plus d’une manière », jette-t-il gauloisement, qu’ils auraient été sa proie. Incidente que précisent — d’une précision

superflue — ces mots tout de meme intéressants : « A l’époque de la Révolution, fatiguée des jouissances qu’on lui avait trop bien payées... ». Beaulieu savait que la patriote n’eut pas d’amant ; mais d’abord il se vengeait d’avoir à en convenir en enveloppant l’aveu dans ce portrait : « La plus innocente galanterie lui fait froncer le sourcil (en 1789-1790), et la voluptueuse Gypris est... métamorphosée en une grave et sévère Minerve. Cette adroite grimace en impose... à tout le monde, pique l’amour-propre, agace meme le cœur de ceux qui l’ont trouvée jolie ». ( Essais historiques ) h Puis son royalisme voulait s’expliquer la métamorphose surtout par une lassitude de la chair aux excès répétés du plaisir : et, ainsi, la légende était vraie de la vie de « débauche » dont avait parlé Peltier. Mais Peltier et, à sa suite, Maton de la Varenne donnaient une raison péremptoire du changement de leur débauchée ; Beaulieu, qui, évidemment, ne croyait pas aux « maladies honteuses » de l’ancienne courtisane, se payait de mots. Si Théroigne avait été une mangeuse d’hommes, en meme temps qu’une dévoreuse de fortunes, ce n’est pas à vingt-six ans qu’elle se serait refroidie. A vingt-six ans, une Messaline est encore presque une débutante, son passé de « jouissances » fût-il déjà copieux. Et le certain, c’est que, pour un homme que l’ardente « Gypris » eût épuisé, le vieux marquis dura bien longtemps. Mais — ces amours, où elle n’aima pas, mises à part — il faut enfin y insister : quand bien même, de 1780, environ, au commencement de la Révolution, Théroigne aurait eu plus d’aventures, voire beaucoup plus, qu’on n’a le droit de lui en sup-

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