GCCLXXIV
contemporains ; — les dépositions de la Procédure criminelle dont Mounier s’empara dans son Appel au tribunal de V opinion publique (1790) pour essayer d’établir que même la chambre à coucher de la reine avait été envahie par les « brigands » ; un contre-révolutionnaire fanatique et halluciné comme Montjoye racontant que le lit de Marie-Antoinette fut haché « à coups de sabre », n’accusent aucun de ces brigands d’avoir volé. Et, contrairement à ces récits, il est prouvé que la foule n’entra pas même dans l’antichambre. Le constituant Chabroud, dans son rapport à l’Assemblée sur la Procédure du Châtelet (30 septembre et 1er octobre 1790) n’eut que le tort d’être emphatique en aflirmant : « L’asile de la beauté et de la Majesté fut préservé de la profanation. » Certainement, donc, le collier que Théroigne avait emporté à Marcourt lui avait été donné, comme ses autres diamants, au temps de sa vie galante.
Au surplus, elle ne fut pas des envahisseurs de la demeure royale Aucun contemporain n a osé la montrer parmi ces furieux. Voici ce qu’elle fit le 6, après avoir plus ou moins vivement exprimé sa pensée dans quelques groupes ; ce qii elle fit , car, jusqu’à preuve du contraire, il est à croire qu’elle n’a pas menti dans son autobiographie en assurant que, sortie de chez elle pour aller à l’Assemblée, elle s’y rendit dès que les portes de la salle furent ouvertes. Elle s’y était même rendue en sortant de chez elle, et, si elle n’avait pas trouvé les portes fermées, elle ne se serait pas mêlée à la foule qui augmentait d’instant en instant sur la place d’Armes. De cette place, elle entendit bien « les clameurs du peuple... aux prises avec des gardes du corps »; mais elle ne put « rien voir
distinctement ». (Les Confessions , p. 121). D’autre part, c’est un fait connu que les tribunes, ce matin-là, pesèrent de leurs cris sur un vote capital de l’Assemblée lorsqu’il fut demandé à celle-ci d’aller siéger au château ; et, précisément, la prisonnière de Kufstein a raconté : « Il me parut, à moi et à tous les assistants dans notre tribune, qu’un déplacement des représentants blesserait et violerait les décrets de l’Assemblée nationale; nous fimes des réclamations: il semblait à tous plus convenable qu’on envoyât une nombreuse députation au roi. C’est ce qui fut convenu ». (Ibid., p. 122). Enfin, l’après-midi, Théroigne ne se mêla point au cortège burlesquement tragique qui amena Louis XVI à Paris. Et, pour le dire tout de suite, elle ne quitta pas Versailles avant le jour où l’Assemblée, suivant l’exemple forcé du roi, s’établit à Paris à son tour (19 octobre).
Sur la prétendue participation de Théroigne au mouvement d’octobre, il y a sans doute, en dehors des textes cités et critiqués plus haut, deux témoignages d’historiens contemporains — et royalistes. Mais, postérieurs tout de meme de plus de dix ans aux événements dont nous nous occupons, ces deux témoignages, l’un de Beaulieu, l’autre de Bertrand de Moleville, sont vagues, et le second n’est même qu’un écho de la déposition du curé Vcytard. Voici, en effet, ce que dit Bertrand de Moleville : « Les femmes les plus audacieuses, au nombre desquelles on reconnut la fameuse Théroigne deMéricourt., pénétrèrent dans les rangs (du régiment de Flandre ), l’argent à la main ». (Histoire de la Révolution de France ) L Quant à Beaulieu, il raconte 1. T. Il, p. 212.
que, pendant la nuit du 5 au 6, des hommes, parcourant Versailles, « excitaient la fureur de la populace et séduisaient par toutes sortes de moyens ceux qui devaient la contenir » ; et il ajoute : « Théroigne joua un grand rôle dans cette circonstance ». (Essais historiques) h Mais non seulement on n’a pas le droit de se fier à une allégation aussi imprécise : il semble bien, en outre, que Beaulieu a simplement résumé là, dans une ligne, en les appliquant à Théroigne, les dépositions de Cornier de la Dodinière et de Saint-Gobert.
11 est remarquable, d’autre part, que Théroigne ne soit pas nommée par les Deux amis de la liberté dans leur récit des journées d’octobre, où il est parlé de Louison Chabry et des dames Babet, Lairot et Leclerc; qu’elle ne le soit pas non plus dans le rapport de Chabroud, et que, dans Y Appel au tribunal de b opinion publique , elle ne le soit qu’une fois, tout à la lin du volume, dans cette page : « Bien ne démontre mieux la protection accordée aux crimes du 5 et du 6 octobre que le décret par lequel on a interdit au Châtelet les crimes de lèse-nation... On craignait que la continuation de la procédure et les décrets de prise de corps lancés contre plusieurs des agents subalternes des auteurs du complot, contre Théroigne de Méricourt, la femme Le Duc et les nommés Armand et Blangey, et contre d’autres personnes dont les noms n’étaient pas connus, ne procurassent de nouvelles lumières sur les crimes et sur les coupables ». (P.345)~.