‹ Les origines du féminisme contemporain; trois femmes de la Révolution; Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose LacombeChapitre 40 sur 69 · Les Confessions , pp · texte numérisé non relu

Les Confessions , pp

TTÏÉROIGNE DE MÉR1COURT

qu’on ait examiné les dépositions des généreux chevaliers français on me traite fort bien. Je ne suis plus en prison, je suis dans une maison particulière où on a tous les égards possibles pour moi. Je puis me promener partout, aller dans les endroits publics accompagnée ; je crois même qu’on m’y laisserait aller seule, sur ma parole; mais, malgré que je sente tout le prix de ce qu’on fait pour adoucir mon injuste situation, j’avoue franchement que je n’en suis pas moins malheureuse: rien ne m’est agréable sans la liberté, et, d’ailleurs, quoique je puisse aller parlout, parlera toutle monde, je suis pourtant isolée, ne pouvant parler à qui que ce soit de mes affaires, ni dire mon nom, pas même V endroit où je suis... Cependant le dénouement de cette intrigue approche. J’espère qu’on ne surprendra plus la religion de l’empereur, que la vérité et la justice triompheront ; ... car je défie qu’on puisse me trouver le moindre tort, à moins qu’on ne m’en attribue sur mes opinions, ce dont on est bien éloigné; d’ailleurs on sait que ce serait un mauvais moyen de corriger du patriotisme en gênant la liberté...

Et, dans un post-scriptum, qui est lui-même comme une petite lettre, elle revenait sur la défense qu’on lui avait faite de dire où elle était1.

C’est vers la fin d’octobre qu’elle réussit à voir l’empereur2. Elle avait été reçue deux fois par le prince de Kaunitz. ( Les Confessions , p. 190). Le 24 novembre, M. de Blanc, au nom de Léopold II, lui remit six cents florins; et le même jour, ou le lendemain, elle partait pour Bruxelles. p]lle y était au commencement de décembre.

1. Cette lettre du 15 septembre 1791, publiée parles Goncourt, est maintenant au musée Carnavalet. Elle fut envoyée secrètement au banquier parisien par un oncle queThéroigne avait retrouvé à Vienne, le banquier Campinado. ( Les Confessions , p. 184).

2. Si la légende est vraie. Dans la lettre de M. Winter, que nous n’avons pas citée entièrement, il y a : « Léopold 11 n’a jamais eu une conversation avec Mllu de Méricourt, »

Le 5 janvier 1792, elle écrivit, de Bruxelles, à Perregaux :

Monsieur,

A présent que je suis libre, que je suis sûre que je puis aller où je veux, si je suis contente de la justice de l'empereur, je dois aussi dire que, pendant tout le temps de mon injuste détention, on m’a traitée avec douceur.

Quant à vos aristocrates, ils ont employé les moyens les plus bas, les intrigues les plus infâmes pour tâcher de me faire perdre la liberté pour toujours. Je vous assure que, s’il n’avait tenu qu’à eux, je serais encore dans la forteresse de Kufstein. Des chevaliers français tel est le caractère.

Je vous serais obligée, monsieur, de m’envover de l’argent, trente louis que vous échangerez à Paris. Si vous n’avez que des assignats, j'y perdrai moins qu’ici. Je vous prie en grâce de m’envoyer ce que je vous demande par le même courrier, car je n’ai pas un liard pour payer mon logement ni ma pension. Vous adresserez votre réponse poste restante, à Bruxelles.

Lu attendant, je suis avec estime, monsieur, votre servante,

Théhoignk 1 .

Le 15 septembre, elle Lavait prié « d’envoyer incessamment » vingt louis à son frère aîné, et elle en avait demandé quarante pour elle, ajoutant : « Je tâcherai de vous dire où vous me les ferez parvenir. » Elle l’avait prié aussi de « faire vendre » ses diamants du Mont-de-Piété qui la ruinaient « en intérêts ».

C’est d’ailleurs l’occasion de marquer où Théroigne en était, à cette date, avec le Mont-de-Piété de Paris. On a vu que tout ce qu’elle y avait engagé en 1789 avait élé ou retiré par Perregaux ou vendu par l’établisse-

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